Assia Djebar...
... est le pseudonyme de Fatima-Zohra Imalayène. Elle a pris un pseudonyme lors de la parution de son premier livre (sürement un livre féministe) pour ne pas choquer son père islamiste s'il apprenait qu'elle avait écrit ce livre. Assia Djebar a gagné de nombreux prix littéraires, elle est membre de l’Académie française et a déjà plusiers fois été candidate pour le prix Nobel, entre autres en 2014 quand elle figurait sur la liste des 20 meilleurs auteurs.
‘Nulle part dans la maison de mon père’...
... est le récit autobiographique d’Assia Djebar, depuis ses premiers souvenirs jusqu’à l’âge de jeune adulte.
L’histoire de sa jeunesse se situe en Algérie pendant la période de la colonisation des Français, une période où deux cultures très différentes vivaient l’une à côté de l’autre.
Le livre est autobiographique, mais je ne pense pas que la fin soit tout à fait vraie: dans le livre Fatima se marie avec un notaire islamiste avec lequel elle reste mariée pendant 21 ans – alors qu’elle n’aimait pas cet homme, et se rend compte qu’il ne l’aimait pas vraiment. Dans la vie réele le premier mari d'Assia était un écrivain, et elle n’est restée mariée avec lui ‘que’ pendant une dizaine d’années. Peut-être qu'Assia ne veut plus écrire trop en autobiographie à partir de ce moment de sa vie, mais peut-être les émotions étaient-elles comparables?
Quoi qu’il en soit, Assia Djebar dit elle-même que le livre est autobiographique, et elle a sûrement été confrontée à toutes les émotions et à tous les problèmes décrits.
Style et structure
‘Nulle part dans la maison de mon père’ est écrit dans un style magnifique, sensuel, romantique, joli à couper le souffle.
La première partie parle de son enfance. Fatima est insouciante et heureuse dans son monde exclusivement islamiste. Elle est une enfant naïve, rêveuse et innocente, elle se sent bien dans la sécurité que ses parents et sa famille, les grands-parents, les tantes et oncles, lui offrent, sans avoir trop de problèmes avec cet islam. Uniquement lorsqu’elle ne peut pas apprendre à faire du vélo – elle a alors cinq ans - elle ne comprend plus. 'Les autres pourraient voir ses jambes’, dit son père. Fatima croit qu’il est devenu terriblement malade. Et comment, ses jambes? Qu’est-ce qu’elles ont, ses jambes, que personne ne peut les voir? Elle le ressent comme si ses jambes étaient détachées de son corps, de sa personne. Mai sinon, elle est heureuse et reste rêveuse (pour pouvoir rester heureuse? Pour échapper à la réalité? se demande le lecteur). Elle ne remarque pas la tristesse de sa mère, qui vit cachée sous un voile. Elle ne se pose pas la question pourquoi les femmes vivent séprarées des hommes, même si c’est différent chez les Français.
Dans le deuxièeme partie du livre, Fatima est adolescente et entre dans le pensionnat. Elle entreprend des escapades audacieuses avec une fille française. Elle ne se fait toujours pas de soucis. Elle ne pense pas à l’avenir. Elle sait qu’elle pourra faire des études supérieures de son père. Rien ne peut gâcher sa vie.
Mais dans la troisième partie, il arrive inévitablement la période où les garçons la remarquent. L’un d’eux ne l’aime peut-être pas vraiment, mais la voit comme une femme idéale pour lui…
L’islam?
Au début j’étais un peu confuse d’apprendre à connaître l’islam décrit par une femme arabo-berbère. D’abord, j’ai appris la grande variété de sortes d’islam. Les règles diffèrent de famille en famille, par populations, par nations, dans la ville ou dans les milieux ruraux. Il n’y a pas un seul islam.
Mais j’ai aussi été surprise par la manière dont les femmes islamistes se cramponnent à des choses de leur culture qui leur semblent agréables, et aussi aux valeurs de cette culture, alors que en même temps elles désirent tellement être libres, comme les femmes occidentales. Le livre est bien écrit, et m'a permis de comprendre cette contradiction.
Liberté
Le désir de liberté est grand, mais l’émancipation est difficile à prendre. Assia Djebar connaîtra des sentiments de culpabilité durant toute sa vie, d’abord parce qu’elle n’obéit pas à son père, plus tard parce qu’elle n’a pas osé prendre sa liberté plus tôt – oui, elle devient une femme émancipée, mais les sentiements de culpabilité et la souffrance, l’idée d’une vie perdue la poursuivent, même lorsqu’elle est vieille.
Très reconnaissable
Même si l’autobiographie se déroule dans un contexte islamiste, on peut se reconnaître dans cette histoire comme occidental, surtout comme femme occidentale, et cela m’a surpris. Je pouvais même m’identifier de façon fortement personnelle, même si je ne suis pas obligée de porter le voile. Quelques exemples:
Il y a des choses qu’onn aimerait faire comme enfant, mais on ne peut pas des parents. On ne comprend pas pourquoi on ne peut pas, mais la vérité est que ces choses ne correspondent pas à l’image que les parents ont de leur enfant.
- La lecture comme évasion, une fuite de la réalité… c’est agréable et reconnaissable, mais on reconnaît aussi que même quand on a lu énormément de livres, on n’est malheureusement pas aidé par toutes ces histoires dans la vie de tous les jours.
- Ce garçon que l’on rencontre mais avec qui on ne commence pas une relation par peur de ce que diraient les gens ou les parents, après quoi on regrette cette chance manquée pendant toute sa vie!
- Et cet autre garçon avec qui on cohabite, ou avec qui on se marie, parce que maman t’a habilement obligée, sans que tu t’en rendais vraiment compte, et avec qui la relation se termine dans un échec complet…
Lire cette autobiographie d’une fille berbéro-arabe était presque comme lire une histoire sur une fille occidentale, une histoire sur moi-même!
Que ce soit dans le christianisme, dans l’islam, dans les familles défavorisées, dans des familles riches, ou dans des familles non conformistes, apparemment partout dans le monde il y a des parents autour de notre berceau qui nous racontent ce qu’ils pensent que nous sommes, et qui nous ordonnent, sous la couverture de l’amour, comment nous devons nous conduire. Parce que nous sommes dépendants de nos parents pour notre sécurité, nous obéissons. Le réseau de sentiments de culpabilité, de normes, de valeurs, l’indoctrination cultruelle, ce réseau tissé autour de nous et dans lequel nous sommes nés est est apparemment identique partout au monde. Partout, l’humanité est confrontée aux mêmes problèmes, au même manque de liberté, physique et mentale.
Conclusion
Dans ce sens ce livre transcende la description de la fille qui grandit dans le monde islamique: essntiellement, les problèmes de toutes les personnes au monde sont les mêmes partout, et par conséquent reconnaissables.