SChapitre 1 : l'auteur évoque le poème de Guillaume de Machaut qui comporte une partie sur les persécutions infligées aux juifs. A côté de plusieurs catastrophes naturelles (pluies de pierre), les juifs sont accusés d'avoir empoisonné les puits. Le texte porte enfaîte sur la peste (que l'auteur ne cite même pas). La maladie étant tellement grave et incontrôlable, les hommes essayent de regagner une forme de contrôle sur elle en plaçant la responsabilité de l'épidémie sur les juifs. Girard passe un certain temps à rejetter la vision sceptique de l'histoire qui rejette tout le panier de pomme car une seule est pourrie : même si certaines informations du texte sont invraisemblable, d'autres peuvent quand même être vraies. Au contraire même, l'invraisemblance des accusations portées contre les juifs renforce la probabilité de persécutions et d'une crise car elle ne fait de sens que dans un contexte d'hystérie collective qui est propice à ces persécutions.
Chapitre 2 : Girard explique les différents stéréotypes de la persécutions qui permettent de reconnaître dans un texte historique l'existence d'une persécution.
1 - une crise naturelle ou sociale qui détruit l'ordre social par une indifferenciation généralisée. La foule cherche des responsables parmi la société car elle veut agir et ne peut agir sur les phénomènes naturels. De plus, l'ordre social à bien du être détruit par un phénomène social.
2 - pour expliquer cette destruction de l'ordre culturel on recourt à l'existence de crimes indifferenciateurs : des crimes qui, par là transgression de tabous ou de hiérarchies sociales (inceste, parricide, bestialité, infanticide, etc.), portent atteinte à l'ensemble de la société.
3 - on attribue ces crimes à des groupes minoritaires (religieux, ethnique, anormaux, exceptionnels, riches, pauvres).
4 - des actes de violence collective
Chapitre 3 : Girard étend cette lecture des textes historiques aux mythes. Au fond les mythes repdresenteraient aussi des persécutions collectives réelles sauf qu'elles ont été représentées à un plis haut degré d'abstraction et de simplification. Ainsi le mythe d'Œdipe montre aussi une crise (la peste à Thèbes), un être anormal (étranger, mendiant, enfant exposé, roi, boiteux), des crimes indifferenciateurs (inceste et parricide) et la résolution de la crise par la chasse de l'être anormal.
Dans d'autres mythes, la représentation sera moins aisée à distinguer. La crise sera représentée par l'indifferenciation entre le soleil et la lune, le jour et la nuit, les dieux, les hommes et les animaux. Les être anormaux sont représentes par la figure de l'étranger ou par les monstres : être physiquement et moralement monstrueux (ce qui montre aussi leur crime). Les héros, Hercules ou Thesee, sont souvent aussi anormaux et commettent des actes barbares ou pervers. Si les monstres ne nous paraissent pas comme des victimes à nos yeux contemporaines, c'est que le texte est écrit dans un style factuel et qu'il baigne dans la vision peresecutrice (on ne prendrait pas au sérieux pourtant des accusations antisémites).
Enfin Girard parle de la sacralisation des victimes dans le mythe, absent dans les textes historiques de persécution. Il introduit la notion de Bouc émissaire : le Bouc émissaire, dans un contexte de haut degré de croyance à certaines forces occultes ou magiques, est vu comme celui qui apporte un terrible malheur mais c'est aussi celui qui par sa mort ressoude la communauté dans une forme d'union. C'est le malade et le guérisseur, le destructeur et le fondateur. Ainsi il est vénéré comme une divinité, un être qui peut déchaîner la maladie ou la soigner. Les actes positifs qu'il a fait sont reproduits, les actes négatifs deviennent des tabous. L'idée de bouc émissaire existe aussi dans les textes historiques, sauf que le versant positif a peu à peu disparu avec la perte de croyance.
Chapitre 4 : Girard passe du sacré à la religion
Les rituels et les mythes d'une religion sont aussi censées représenter des scènes de violence collective originelle, représentée abstraitement dans les mythes, rejouée plus ou moins brutalement dans les rituels (on peut peut-être penser à l'eucharistie ?).
Chapitre 5 : Girard appliqué sa théorie à un mythe qui s'y prête moins, le mythe de Teotihuacan, de la fondation du monde. Crise avec indifferenciation du monde (paz de soleil, pas de jour). Pour créer le soleil et la lune deux Dieus acceptent de se sacrifier, ils se jettent dans le feu et deviennent des astres. Girard expliquent que ce sont moins des autosacrifices volontaires que des meurtres collectifs car une forme de pression sous-tend le mythe (obéissance, ordre, réticence à sauteur, unanimité des dieux, organisation menaçante des dieux devant le feux). Il lie cela aux sacrifices massifs des Azteques, qui n'étaient probablement pas plus volontaires. Critique de l'ethnologie contemporaine qui, par peur de paraître méprisante et hautaine avec d'autres cultures, tombe dans une entreprise de justification et de compréhension dont laquelle elle ne tomberait pas pour les crimes commis par sa propre culture. Appel à juger toutes les cultures comme on juge la sienne.
Chapitre 6 : l'auteur évoque des cas qui l'arrangent moins, ceux où le sacrifice, le meurtre collectif n'est pas présent dans le mythe. Il analyse trois mythes, celui de Baldr (mythologie nordique), des Kourètes et des Titans. Dans les deux premiers cas, le sacrifice est absent mais toute l'histoire créé un malaise chez le lecteur qui sent qu'un élément central manque, autour duquel toute l'intrigue est construite.
Chapitre 7 : Girard applique sa théorie non plus au meurtre collectif mais à un autre stéréotype de persécution, la faute, le crime, reproché la victime. Il explique que ce crime a été minimisé car il est difficilement pensable qu'un dieu que l'on vénére puisse avoir commis des atrocités. De plus, comment justifier la persécution contre le Bouc émissaire si il n'a rien fait de mal ? Ainsi, une forme de conservatisme religieux s'opposerait à une forme de morale, qui tient en dégoût le sacrifice originel du mythe (comme Platon). C'est cette deuxième puissance qui s'impose peu à peu en minimisant la faute commise ou en séparant dans une forme de dualisme moral, le bon dieu parfait et le démon machiavélique, qui sont au départ la même chose. Le crime est rejeté au fur et à mesure aux marges du mythe ou sur le dos d'un personnage secondaire. Il se peut aussi que c'est le dieu qui commet l'acte fautif mais qu'il n'en est pas coupable (pas intentionnel, déterminé par des contraintes puissantes, blagueur, colérique (il punit pour donner une leçon)). Girard traite de mythes fondateurs de religion ou de villes où des "rumeurs" auraient évoque des meurtres collectifs au départ, comme pour le mythe de Romulus et Remus.
Chapitre 8 : Girard se demande si sa méthode est scientifique. Il critique durement l'approche moderne qui ne voit que dans les sciences dures, mathématiques, expérimentales la vraie science et dans les sciences de l'homme qu'un mélange d'interprétations donc aucune n'est plus vraie que l'autre. Il critique cette perte de certitude dans les sciences humaines. Sa méthode serait scientifique car il étend une ancienne méthode pour les textes historiques (analyse des critères de persécution) aux mythes. Si sa théorie aujourd'hui est vue comme très incertaine, elle deviendra dans le futur une évidence. Entre ce temps, elle sera scientifique car elle pourrait être vraie sans être actuellement une évidence.
Chapitre 9 : Girard affirme avoir montré qu'une grande partie, voire tous les mythes, seraient fondés sur cette violence collective. Les religions et les cultures seraient ainsi fondés sur ces mythes, cherchant à occulter le meurtre collectif qui constitue leur fondement.
Mais à côté de cette force d'occultatopn, une autre forme existerait : la Bible. Par l'Ancien et le Nouveau Testament, la distorsion persecutrice des mythes et de la culture serait révélé, libérant ainsi progressivement les hommes de son emprise. Si le Nouveau Testament en prend l'initiale, c'est le.Nouveau Testament qui l'achèterais decisivement par la passion. La Bible mettrait l'emphase sur l'aveuglement des foules, persuadés de la culpabilité de l'innocent. Ils ne seraient pourtant pas coupables car inconscients de ce qu'ils ont fait ("Mon dieu, pardonnez-leur car ils sont ignorants").
Chapitre 10 : chapitre assez long où Girard passe assez longtemps à critiquer les mauvaises lectures de ses œuvres et des mythes. Il commence d'abord par montrer en quoi l'évangile est supérieure aux théories politiques modernes : alors que l'évangile englobe les deux pouvoirs (foule et élites instituonnelles) qui se retrouvent unies, absorbées dans leur persécution du Bouc émissaire, les théories politiques modernes ne se concentrent que sur une force qu'ils critiquent, en se fondant sur l'autre (conservateurs sur la foule et révolutionnaires sur l'élite).
Deuxième critique : inversion du thème structuré et du principe structurant. Dans les textes persécuteurs, on retrouverait un principe structurant qui ne se révèle pas (là où ses critiques voudraient voir un thème de bouc émissaire) et dans les évangiles, on voudrait un principe là où il n'y a qu'un thème. Critique des ethnologues et intellectuels qui voient trop les thèmes et pas assez les principes derrière.
Chapitre 11 : analyse de la décollation de Jean Babptiste comme meurtre collectif. L'intensité croissante du désir mimétisme contrarié d'Herodiade et d'Herode en serait à l'origine, la danse de Salomé le transmet aux convives d'Herode, qui le placent tous sur la personne de Jean-Baptiste. Girard développe plus en profondeur son concept de désir mimétique et de rivaux.
Analyse assez tirée par les cheveux, Girard semble lire dans ce passage ce qu'il veut bien y lire.
Chapitre 12 : analyse du reniement de Pierre. Pierre, qui a perdu son ancien groupe, cherche à s'intégrer dans le nouveau groupe qui se forme autour du feu dans la cour. Ma servante est offusquée par cette introduction d'un étranger, d'un potentiel danger dans la communauté. Par ses deux appels, elle asseyez de liguer la communauté contre lui, ce que le communauté fait la troisième fois. Pierre essaye de s'intégrer dans le groupe en reniant son ancien groupe et son ancien modèle, Jésus. Il se joint à l'effet de bouc émissaire général pour mieux s'intégrer. Passage intéressant sur la honte qui serait le sentiment mimetique par excellence. On ressentirait la honte de son modèle.
Deuxième partie sur l'analyse du miracle (le chant du coq). Même si cela constitue un miracle, la scène s'explique mieux sans miracle, elle ne devrait pas être considérée comme surnaturelle à cause de ça. L'explication serait que les disciples ont noté les paroles de Jésus (qui connaît les mécanismes persécuteurs, qui analyse donc logiquement le reniement de Pierre) mais qu'ils ne comprennent complètement ce qu'il dit, d'où l'intégration de miracles. Cette transmission très fidèle permet pourtant une meilleure authenticité du premier message.
Chapitre 13 : analyse d'un passage qui pourrait poser souci à Girard car il traite beaucoup de miracles et de surnaturel et peu de réalisme et de rationalité (il semble appartenir au vieux monde primitif et non au monde moderne des Evangiles). Girard voit dans ce passage un phénomène de bouc émissaire répété entre le possédé et la communauté. Chacun existe grâce à l'autre, se définit par l'autre, ce qui crée un équilibre, même si il est précaire. Quand Jésus envoie les porcs du précipice, il expulse le démoniaque, le mécanisme victimaire de la société. C'est un mécanisme inversé : ce sont les tortionnaires, la foule, qui sont expulsés et c'est la victime qui peut avoir un avenir grâce à cela.
Chapitre 14 : analyse de la scène de la guérison suivi des reproches des pharisiens. Girard propose de lire le texte de façon figure, ironique, pour échapper à son sens premier vulgaire. Jésus révèle le principe fondateur des sociétés, ce qui peut s'assimiler à Satan, l'expulsion du Bouc émissaire. Jésus parlerait à la foule et à ceux qui ont compris en utilisant une parabole. Montrer à ceux qui ne comprennent pas les contradictions de leur langage et la fin prochaine de leur univers, dans lequel ils sont enfermés.
Chapitre 15 : Girard finit le livre en exposant le processus historique qui suit la révélation des évangiles. Si les persécutions et la violence continuent, les persécuteurs subissent une défaite en ce qu'ils n'arrivent plus à imposer leur représentation presecutrice (martyrs, sorcières, régimes totalitaires). Si la religion chrétienne à pu justifier ces massacres ou à pu être vue comme une religion arriérée, cette erreur sera bientôt rectifiée.
L'Evangile elle-meme révélerait ce processus par la figure du Paraclet, l'avocat des victimes devant l'histoire. Le deuxième Paraclet après Jésus est l'Esprit qui apporte proeessivement la vérité aux hommes.
Avis : livre intéressant où Girard pointe en effet les origines de certains mythes qui se rapprochent du meurtre collectif. Le peu de mythes analyses en rapport à la totalité ne permet pourtant pas de généraliser cette origine sur tous les mythes.
En ce qui concerne les Evangiles, l'histoire de la passion semble en effet être la critique d'une persécution injuste. Mais d'autres passages semblent fortement surintpzretes par Girard qui fait dire aux textes des choses dont on n'est pas sûr qu'il les dise réellement (le texte est trop elliptique ou court). C'est généralement un problème dans le livre où Girard dit des choses qui ne sont pas fausses ou vraies pour sûr mais seulement inverifiables. La thèse forte, l'analyse de certains mythes et le rôle intéressant donné aux Evangiles en font quand même un livre intéressant à lire.