Dans un Montréal un peu différent - appelé Montréel -, la magie existe, ses courants de forces générés et orientés par l'architecture des lieux. Les revenants apparaissent aux vivants, mais c'est tabou.
Au début des années 1980, un pâté de maison complet disparaît en une nuit. La même nuit, un jeune concierge reçoit la visite d'un fantôme qui lui donne un message à livrer. À l'aide de son voisin mage, ancien contestataire, il se lancera à la recherche de la destinataire, et se trouvera par là même mêlé aux manigances et intrigues qui entourent la Disparition.
On se laisse porter par le récit, qui défile sans accroc, porté par un langage fluide et invitant, impliquant. Si le drame central a des enjeux immenses, il est traité à taille humaine grâce aux personnages mis en scène. Tous plus humains les uns que les autres, leur réalité quotidienne les ancre, les nuance, les rend attachant. Une des forces est d'ailleurs que l'auteur utilise plus d'un point de vue, dont certains sont en opposition, sans toutefois qu'on sente qu'il y ait un ''méchant'' parmi eux (il y en a bien un ou deux, mais on n'emprunte pas leur point de vue, et ne sont que secondaires). On sent que tous ont des façons différentes de vouloir résoudre le même problème, et tous ont à coeur la survie des Disparus. On se prend davantage d'affection pour certains, mais le fonctionnaire n'est pas un sans-coeur, la jeune mage n'est pas une fillette en détresse, le héros n'est pas d'une solidité sans épreuve (bien au contraire, et on aimerait tout de même que Clovis soit un peu moins ''mou'', mais la fin vient tout racheter).
L'univers est fantasque et foisonnant, la magie dépeinte avec force de détails, sans toutefois qu'on ait nécessairement de grandes explications du fonctionnement. On nous la montre plutôt par le biais d'anecdotes historiques et géographiques, de tranches de vie, ce qui la rend d'autant plus concrète.
Le récit file, porté par les images et la beauté du langage de Gauthier. Un très beau moment de lecture qui nous laisse plein d'images dans la tête.