Ce truc est clairement un effet de champ. Seulement 13 pages de texte avec des marges mesurant trois bons centimètres, une police étrangement grande et un prix astronomique. C’est vrai: il y a des magazines plus épais. Mais on se dit que c’est Marguerite, et puis, le mot «pute» en début de titre a toujours attiré l’attention. Et on finit par se dire qu’on n’a pas vraiment le choix, qu’il faut bien lire Duras et donc, passer par ce feuillet.
Le lire, d’accord. L'aimer? Jackpot. Effet de champ. Salut, Bourdieu.
La pute de la côte normande, c’est Marguerite qui ne sait pas comment faire la mise en scène de La Maladie de la mort, Marguerite qui parle à Yann, Yann qui crie, qui se fâche contre elle, qui tape encore et toujours ses œuvres à elle. C’est Marguerite qui apprend à parler de Yann. Ce n’est que ça. C’est l’épuisement de l’écriture, l’épuisement de l’auteure dont les œuvres s’amenuisent.
La meilleure partie est assurément la fin : «Ici, les lecteurs vont dire : “Qu’est-ce qu’il lui prend? Rien ne s’est passé, puisque rien n’arrive.” Alors que ce qui est arrivé est ce qui s’est passé. Et, quand plus rien n’arrive, l’histoire est vraiment hors de portée de l’écriture et de la lecture.»
J’ai découvert que j’aime profondément les œuvres qui dévoilent le procédé «frauduleux» de la littérature, du cinéma, ces derniers cherchant toujours à nous faire croire qu’il y a plus, que la vie est meilleure que ce qu’elle ne paraît, qu’elle est ailleurs. J’en suis venue à trouver les récits comme celui-ci, ou les films comme Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, profondément reposants.
Et inexplicables au commun des mortels. *haussement d’épaules* Effet de champ.