Inédite parabole en trois actes dans laquelle l’étourderie et le sarcasme règnent en maîtres-mots, en réponse à une curiosité exacerbée rendue ample à la suite de cancans colportés de part et d’autre par les langues déliées de personnages tout aussi marrants les uns les autres.
C’est un autre tour d’humour que nous dévoile Luigi Pirandello dans « chacun sa vérité » : Des jeux de perception comique ravivés par des démonstrations folles portant sur moult hypothèses et commérages émanant de personnages très singuliers.
De quoi mettre la tête à l’envers mais avec des dialogues toutefois riches, la pièce porte sur la description d’une situation normale, qui attisera les curiosités et sera considérée par la force des choses comme une intrusion malsaine dans une vie privée.
L’histoire d’un gendre, d’une belle-mère et d’une prétendue fille disparue (morte), voisin de palier de nos héros qui - bien placés dans une classe sociale respectable- voient leurs passions sont exacerbées par ce mal de renseignements.
« SIRELLI
Mais tout cet embrouillamini, c'est pour arriver à quoi ?
LAUDISI
Pour arriver à quoi ? Elle est bonne celle-là ! Je vous vois acharnés à savoir ce que sont les êtres et les choses, comme si les êtres et les choses en soi étaient ceci plutôt que cela... »
Au cœur de l’affaire, des mises en scène, des craintes de scandales et cette ardente recherche d’une vérité à même de calmer les esprits.
Cependant, il y a toujours cette exception qui démarque les pièces de Pirandello, exception qui se grave dans l’esprit du lecteur, que ce soit par le biais d’une scène, personnage, expression ou tout autre réplique, et dans le cas d’espèce, il s’agit du personnage dénommé « Laudisi » qui représente un peu le côté rebelle et retors de l’auteur, tout amusé à faire étalage de ses constations amenant folies et hésitations, soutenues par ses réflexions jubilatoires, auprès des autres.
Dire que la vérité éclatera au grand jour et au moment opportun est chose évidente et que chaque se verra pousser dans ses retranchements en fin de compte.
Avec ses truculents rebondissements et cocasses situations le long de ses trois actes, cette lecture s’offre en qualité de beau spectacle à suivre, aucunement lassant, et le plus naturellement possible.
« Madame Frola : Je regrette beaucoup et je vous demande pardon d'avoir jusqu'ici manqué au plus élémentaire de mes devoirs. Vous avez eu, Madame, la bonté de m'honorer d'une visite, alors que c'était à moi de venir la première.
Amélie : Entre voisines, madame, on n'y regarde pas de si près. D'autant plus que vous êtes ici seule, étrangère, et que vous auriez pu avoir besoin...
Madame Frola : Merci, merci, vous êtes trop bonne.
Madame Sirelli : Madame est toute seule ?
Madame Frola : Non, j'ai une fille, mariée, qui est ici depuis peu de temps.
Sirelli : Le gendre de madame est le nouveau conseiller de Préfecture, monsieur Ponza, n'est-ce pas ?
Madame Frola : Oui, précisément. Monsieur le secrétaire général voudra bien m'excuser, j'espère, et excuser également mon gendre.
Agazzi : A vous parler franchement madame, j'avais été un peu froissé.
Madame Frola, l'interrompant : Vous avez mille fois raison, mais il faut l'excuser ! Nous sommes encore tout bouleversés, vous savez, par notre grand malheur. »