Chaque époque affronte, à un moment de son histoire, son seuil mélancolique. De même, chaque individu connaît cette phase d’épuisement et d’érosion de soi. Cette épreuve est celle de la fin du courage. Comment convertir le découragement en reconquête de l’avenir ? Notre époque est celle de l’instrumentalisation et de la disparition du courage. Mais ni les démocraties ni les individus ne peuvent en rester à ce constat d’impuissance. Nul ne résiste à cet avilissement moral et politique. Il s’agit de surmonter ce désarroi et de retrouver le ressort du courage, pour soi, pour nos dirigeants si souvent contre-exemplaires, pour nos sociétés livrées à une impitoyable guerre économique. Le plus sûr moyen de s’opposer à l’entropie démocratique reste l’éthique du courage et sa refondation comme vertu démocratique. Dans cet essai enlevé, Cynthia Fleury rappelle qu’il n’y a pas de courage politique sans courage moral et montre avec brio comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l’individuel et le collectif. Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. Cynthia Fleury, philosophe, professeur à l’American University of Paris, travaille sur les outils de la régulation démocratique. Elle a publié de nombreux ouvrages, dont Les Pathologies de la démocratie (Fayard, 2005).
Cynthia Fleury (civilement Fleury-Perkins), née en 1974 à Paris, est une philosophe et une psychanalyste française. Elle est professeur titulaire de la chaire Humanités et Santé au Conservatoire national des arts et métiers et professeur associé à l'École nationale supérieure des mines de Paris (Mines-ParisTech), dirige également la chaire de philosophie à l'hôpital Sainte-Anne du GHU Paris psychiatrie et neurosciences et est membre du conseil d'administration de l'ONG Santé Diabète.
Après avoir traîné 10 ans sur les rayons de ma bibliothèque, c'est le confinement qui m'a décidée à reprendre cet intimidant (pour une profane comme moi) essai philosophique. Grand bien m'en fasse. S'il était probablement pertinent il y a 10 ans sous Sarko, l'appel de Cynthia Fleury à un courage moral et politique l'est décidément aujourd'hui, alors que se décide (sans nous ? Avec nous ?) les règles du jeu de la société de l'après. Pour définir le courage, Cynthia Fleury fait appel entre autres à Jankélévitch, Hugo, ou Amartya Sen. Cette lecture 'éclairante' m'a nourri de concepts, certains familiers mais oubliés, d'autres nouveaux et m'a empli d'un nouvel engagement à résister à la médiocrité, à mon échelle. De toute façon, le courage, ça commence par soi.
Parmi les plus belles 'illuminations' que je retiens de cet essai : le courage comme effort constant, jamais fini, et le courage comme source de joie, la pluralité comme condition d'efficacité et d'effectivité de la démocratie.