Le propre de l’ironie est de tenir selon une savante combinaison un double discours. Sous la formule elle-même ambiguë de l’essai, d’Holbach fait ici l’apologie de l’art singulier de ramper, nécessaire au maintien du courtisan dans la Cour du Roi.Ramper, manoeuvre subtile fondée sur l’abnégation, dont le baron décrit ici l’art du maintien, l’art de la bonne façade et le savoir-vivre hypocrite. Autant de manières de dissimuler la vérité. La position de l’auteur à l’égard de ces courtisans n’a d’égale que celle des courtisans face à leurs pairs et à leur maître. C’est de l’intelligence des conventions sociales, tissées d’hypocrisie et d’arrivisme, dont d’Holbach fait ici l’éloge, modalité du discours propice à la moquerie dédaigneuse.En décrivant les masques dont doit se revêtir le courtisan, d’Holbach met bas les mécanismes mêmes de la dissimulation et de la pantomime. C’est n’avoir que peu d’orgueil et de passion que de devoir revêtir le costume de l’hypocrite pour, au fond, conforter le pouvoir des puissants.
Paul-Henri Thiry, Baron d'Holbach (born Paul Heinrich Dietrich), was a philosopher, encyclopedist, and prominent figure in the French Enlightenment well known for his atheism and voluminous writings against religion.
Ce livre, c'est de la crème. Déjà, mon cœur va naturellement vers ce bon baron d'Holbach, et son petit texte de deux pages, où il expose un éloge paradoxal du courtisan à la manière piquante et énergique dont Lucien faisait l'apologie des parasites, m'a mis d'excellente humeur. La reptation n'est pas une activité si aisée qu'il faille mépriser inconsidérément la science qu'elle requiert, non plus que celle par laquelle on étouffe le sens du bien et du vrai que nous avons reçu de la nature ou de la divinité pour toujours composer notre physionomie suivant notre intelligence plutôt que notre cœur.
Quelle excellente surprise de se retrouver ensuite avec Machiavel qui nous expose avec brio tout ce qu'il faut savoir au sujet des conjurations, puisant dans l'histoire romaine et italienne de son époque les exemples propres à illustrer ses opinions. C'est ce même petit livre qui avait tant inspiré de honte et de remords à la Comtesse de Boigne, examinant la conduite des royalistes sous l'Empire, ainsi qu'elle le raconte dans ses Mémoires.
Les heureuses rencontres continuent avec Fénelon, lequel m'a enchanté au plus haut point avec sa description minutieuse et aiguisée des comportements des courtisans. Il démonte la mécanique des courtisans avec une précision chirurgicale. Un véritable régal! Ses Œuvres risquent bien de remonter dans la pile de mes futures lectures.
Quelques belles Fables de La Fontaine, un passage édifiant des Mémoires de Saint-Simon dans l'ambiance fin de règne de Louis XIV, des réflexions sévèrement aiguisées et pénétrantes des Mémoires du Cardinal de Retz où il égratigne passablement La Rochefoucauld, et enfin quelques Maximes bien senties de Chamfort.
Paul Henri Thiry d'Holbach, el ateo enfurecido, cuyas obras fueron auténticas máquinas de guerra contra la Iglesia y contra la religión, el materialista sistemático que legó a la posteridad el Sistema de la Naturaleza, auténtica biblia atea ( y, como la otra, tan usada nominalmente y tan poco leída), el moralista y reformador político, también tenía tiempo, a pesar de su agitada vida social, que se traducía en largos banquetes nocturnos donde se reunía la flor y nata de la intelectualidad y se discutía libremente sobre lo humano y contra lo divino, también tenía tiempo, digo, para escribir textos más ligeros, más sutiles, en los cuales se burla de los cortesanos con cierta gracia; de los cristianos por medio de los judíos, más pragmáticos y menos encorsetados; realiza una diatriba contra la guerra, que consigue que todo lo demás pase a un segundo plano; hace una curiosa apología del aburrimiento ( las naciones más aburridas son las más prósperas) y lo relaciona con la digestión. Los dos últimos textos, más serios pero no menos interesantes, versan sobre la moral y sobre la humanidad. Este librito es una magnífica introducción al pensamiento de este philosophe, antes de enfrentarse a obras más prolijas. sus 72 páginas lo hacen apto para leer de una tacada.
Por si interesa, dejaré los títulos de los textos y una cita de cada uno tomada al azar. Antes de nada, hay que decir que los primeros cuatro textos están tomados de la célebre Correspondance littéraire, philosophique et critique de Grimm (¡No traducida al castellano, ni completa ni seleccionada!), aunque en el caso del texto que da título al libro, Grimm ya no se encargaba de la Correspondance, en manos de Henri Meister desde 1773, cosa que el editor y traductor Jaime Rosal olvida mencionar en el prólogo. Los dos últimos textos están sacados de la obra de Holbach La morale universelle (1776).
1) El arte de trepar a la usanza de los cortesanos - "Un buen cortesano jamás debe tener opinión propia, sólo debe tener la de su señor o ministro, que su sagacidad debe siempre hacerle presentir; lo que supone una experiencia consumada y un profundo conocimiento del corazón humano".
2) El abate y el rabino - "Pensad, dijo el rabino, en esas ventajas, y ved que los Judíos no son tan desgraciados como se piensa. ¿Acaso dudáis de que nuestra nación no sea hoy más poderosa que cuando estaba confinada en la árida Judea?".
3) Fragmentos sobre la guerra - "Desde siempre, el estúpido habitual admira y reverencia, cual héroes y dioses, a algunos tunantes célebres que la historia nos ha dado a conocer por sus horribles masacres".
4) Apología del aburrimiento y de los aburridos - " Los filósofos, que a base de estudios y reflexión han alcanzado el gran arte de fastidiar al hombre, han distinguido dos clases de incordios, que califican como activos y pasivos; los más sutiles aún han distinguido entre los incordios absolutos y relativos".
5) Sobre la moral - "Afirmar que el ser humano posee ideas morales anteriores a la experiencia del bien y del mal, que los objetos nos hacen experimentar, equivale a decir que somos capaces de conocer las causas sin haber sentido sus efectos".
6) Sobre la humanidad - "¡Cuántas personas mueren sin haber gozado jamás de la vida! Vivir es actuar; disfrutar, gozar del placer de ser amado; hacer felices a los demás, devolviéndoles la alegría, a fin de sentirse satisfecho uno mismo".
« - [x] Si nous examinons les choses sous ce point de vue, nous verrons que, de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper. Cet art sublime est peut-être la plus merveilleuse conquête de l’esprit humain. La nature a mis dans le cœur de tous les hommes un amour-propre, un orgueil, une fierté qui sont, de toutes les dispositions, les plus pénibles à vaincre. L’âme se révolte contre tout ce qui tend à la déprimer ; elle réagit avec vi gueur toutes les fois qu’on la blesse dans cet endroit sensible ; et si de bonne heure on ne contracte l’habitude de combattre, de comprimer, d’écraser ce puissant ressort, il devient impossible de le maîtriser.”
Extrêmement d’actualité. A bien y réfléchir, l’art de ramper n’est pas accessible à tous. Si bien que ce petit texte tombe sous le sens. Excellente lecture emplie d’ironie et de désarroi.
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Essai succinct sur la discipline artistique la plus ardue, celle de ramper.
Paul Heinrich Dietrich, baron d’Holbach dépeint, avec une ingénuité teinté d’ironie, l’abnégation inhérente au sacerdoce du courtisan. Contraint de s’anéantir en présence de l’objet de son adoration : « il attend de lui son être, il cherche à démêler dans ses traits ceux qu’il doit avoir lui-même ; il est comme une cire molle prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner » (P. 15).
Maniant l’art du masque en apprenant à « commander sa physionomie » (P. 17), le cheminement du courtisan est empreint de solitude – tenu d’être l’ami de tout le monde, il ne s’attachera finalement à personne ; obligé même de triompher de l’amitié, de la sincérité (P. 20).
Après hésitations, d’Holbach décide finalement de ranger le courtisan dans la tribu des hommes, avec cette différence néanmoins que « les hommes ordinaires n’ont qu’une âme, au lieu que l’homme de Cour paraît sensiblement en avoir plusieurs (P. 10). »
« Quelque force d’esprit que l’on ait, quel qu’encuirassée que soit la conscience par l’habitude de mépriser la vertu et de fouler aux pieds la probité, les hommes ordinaires ont toujours infiniment de peine à étouffer dans leur cœur le cri de la raison. Il n’y a guère que le courtisan qui parvienne à réduire cette voix importune au silence ; lui seul est capable d’un aussi noble effort. »