"Ce que vous ne voulez ni ressentir, ni savoir, ni vous rappeler, est encore pire que les symptômes dans lesquels vous vous réfugiez." (Sándor Ferenczi)
Choc inattendu qui agit comme un anesthésique, le traumatisme a des effets destructeurs. Pour lui survivre, le psychisme développe des stratégies. L'une des plus intéressantes est le dédoublement : une partie de la personne continue de vivre et de se développer, tandis qu'une autre partie subsiste, apparemment détruite, mais prête à se réactiver à la première occasion... Dans les années 1920 et 1930, à Vienne, à Berlin, et même aux États-Unis, les psychanalystes envoyaient à Budapest, auprès de Sándor Ferenczi, leurs patients les plus difficiles. Celui-ci en tira des réflexions d'une très grande richesse, sur lesquelles repose la conception que nous avons aujourd'hui du traumatisme et des moyens de le soigner.
Très bon essai de psychanalyse, fait par celui qui a été surnommé "l'enfant terrible" de ce domaine. Touchant, empli de sensibilité et d'empathie, les propos sont également très clairs, cohérents et permettent de comprendre dans le détail le fonctionnement du traumatisme, notamment à l'enfance, et de ses effets, afin de mieux y faire face et le combattre. Dans la forme, cela manque parfois un petit peu de discipline (les idées sont parfois notées de façon assez simpliste, le psychanalyste change parfois même de langue d'une phrase à une autre, etc), mais l'ensemble est extrêmement intéressant, intelligible et éclairant.
Une merveille - un analyste d'une humanité rare, qui ne s'écoute pas parler, qui ne se regarde pas écrire : qui veut aider et consigne comme il peut tout ce qu'il fait pour que ses patients aillent mieux.