Mamie, la femme de Rémi Vavasseur, est partie. Pas parce qu'elle ne l'aime pas, mais parce qu'elle ne s'aime pas. Elle court l'Europe et l'Afrique en compagnie de la dangereuse et blonde Raïa. Pendant ce temps, Rémi, à la campagne, accomplit des travaux surhumains pour remettre en état une ruine, à l'intention de Mamie, si elle revient, "en chair et en noces".
Dans son lotissement appelé la Petite Pologne, Rémi se lie avec ses voisins: Jina, danseuse à gogo dont l'homme est en prison. Mary, qui lui fait penser à Ginger Rogers et qui danse le jitterburg. Vonvon, copain de billard. Hubert, victime d'un cancer. Et surtout une petite fille, Fanie. L'amitié passionnée de Fanie et Rémi est un des points forts du roman.
Tandis que les nouvelles de l'errance de Mamie et de Raïa se font de plus en plus désastreuses, le petit monde qui entoure Rémi se défait, se disperse. Comme toujours, chez Ducharme, la clownerie des personnages ne sert pas à cacher le désespoir, mais plutôt à le souligner. Ainsi qu'il est dit au début: "Il faut investir ailleurs, la vie il n'y a pas d'avenir là-dedans."
Nous en connaissons peu sur la vie personnelle de Ducharme. Jusqu'à maintenant, il refuse toutes demandes d'entrevue et demeure en retrait de la société.
Réjean Ducharme devient l'un des écrivains les plus influents du Québec avec son premier roman, "L'Avalée des avalés" (1966), publié chez Gallimard. L'oeuvre est très bien reçue et est même nominée cette année-là pour le Prix Goncourt, soit la reconnaissance la plus prestigieuse en littérature francophone, aux côtés d'écrivains, surtout de nationalité française, chevronnés. Deux manuscrits qu'il avait envoyés avec celui de son premier roman, "L'Océantume" et "Le nez qui voque", sont publiés plus tard par la même maison d'édition et reçoivent un accueil chaleureux des critiques et un succès presque comparable à celui de "L'Avalée des avalés". Après avoir fait publier une dizaine de romans et de pièces de théâtre entre 1966 et 1978, Ducharme disparaît de la faune littéraire pendant presque quinze ans avant de revenir avec son roman "Dévadé", qui n'est pas aussi bien reçu que ses romans précédents. Sa carrière littéraire se rendort à la fin des années 1990, et il se consacre maintenant à ses oeuvres visuelles, qu'il expose sous le nom de Roch Plante.
Ducharme a écrit plusieurs pièces de théâtre dont "Ha ha!..." et "Le Cid maghané" ainsi que quelques chansons pour Robert Charlebois et Pauline Julien, et a collaboré aux scénarios de deux films de Francis Mankiewicz. Le film "Léolo", ouvertement inspiré de l'oeuvre de Ducharme, sort en 1992 et connaît un énorme succès, jusqu'à être nommé en 2005 parmi les 100 meilleurs films de tous les temps selon le Time Magazine.
Ses récompenses sont nombreuses: 1973, 1982 et 1994 : Prix du Gouverneur général 1974 : Prix Littéraire Canada-Communauté Française de Belgique 1976 : Prix Québec-Paris pour "Les Enfantômes" 1983 : Prix Littéraire du Journal de Montréal 1990 : Prix Gilles-Corbeil 1994 : Prix Athanase-David En 2000, il est fait Officier de l'Ordre National du Québec
L'un des meilleurs incipits dans ma bibliothèque! Un autre Ducharme bien réussi. Tout est dit, sans dire grand chose. Roman sur le désespoir qui peut devenir espoir.
« Mamie, je n'ai plus peur, je ne fuis plus l'angoisse, elle me prend où je te trouve et je te perds quand elle ne me tient plus, elle est mon contact avec toi, ses frissons dans mon dos ce sont tes caresses. Oui, quand je me sens bien je ne te sens pas, et je déteste ça, c'est comme si encore une fois tu étais partie et que tu me manquais »
Nous avons toutes connu un gars comme le personnage de Rémi. Un gars qui tourne tout au sexe, qui y fait des allusions sans arrêt, qui interprète chacun de tes gestes comme une invitation au sexe. Ce comportement est désagréable dans la vie et je dois malheureusement dire désagréable à lire. Ce n’est pas pcq Réjean Ducharme a une plume incroyable et qu’il rend son personnage poétique comme il en est capable que c’est agréable comme lecture. On n’aime pas le personnage, et on n’aime pas le haïr non plus, on le subit et c’est juste malaisant et on a hâte que ça finisse.
On nous vend en dos de pochette: " L'amitié passionnée de Fanie et de Rémi est un des points forts du roman." Alors que la petite Fanie 4 ans demande d'avoir de la gomme à mâcher le personnage de Rémi lui répond: « -Si tu me donnes un bec. Elle m'en donne un direct. Il me va aussi droit au coeur que s'il lui partait du cœur. Mais ce n'est pas perdu pour elle non plus. Ça lui apprend qu'on n'a rien pour rien. »
Et il lui demande des becs quand Fanie lui demande qqchose. Ça lui apprend à se prostituer finalement si je comprends bien? Pcq la référence n'est pas si loin dans la tête du lecteur puisque Rémi est obsédé par le sexe et les femmes, à chaque page il en est question, et on nous expose à plusieurs moments dans la vie de Rémi où il a dû avoir recours aux services de prostituées puisque sa femme en deuil d'avoir perdu 2 enfants en fausse couche n'a plus envie d'avoir des rapprochements sexuels avec lui. Pour ma part il m'est difficile de lui être sympathique à ce personnage de Rémi et "cette amitié passionnée" m'a fait parfois vomir.
« Elle m'a récompensé en m'enveloppant dans ses ailes et me donnant des coups de bec. J'en avais bien besoin. Je renais chaque fois qu'elle me touche, et je vais de vieux en vieux ces temps-ci. Je suis conscient d'en profiter, insoucieux d'en abuser. Quand elle aura vingt ans, j'en aurai cinquante. Elle ne voudra plus me toucher avec un bâton. Elle me poursuivra peut-être en justice. »
Le personnage fini par admettre qu'il ne peut plus être patient que sa femme soit prête: « C'est ce qu'est devenu, en se compliquant pour m'échapper, en falsifiant de plus en plus son identité, ce que j'ai vu quand j'ai compris que je ne pourrais plus t'aimer qu'en te violant. Ce n'est pas regardable, et c'est ce qu'il faut pourtant regarder en face... »
Je ne comprends pas ce que nous sommes supposés en faire de ces déclarations du personnage de Rémi. Je conçois que le travail de l’écrivain n’est pas celui d’un travailleur.e sociale, mais de dépeindre des personnages tourmentés et de ne pas adresser clairement leur problématique et laisser un flous poétique sur les impacts que ça a dans leur entourage c’est malaisant. Vous me direz que Rémi finit seul, c’est vrai, j’étais un peu rassurée de voir que son comportement n’était pas glorifier par une fin heureuse, il reste que cette lecture va me rester, elle m’a touchée, mais pas comme j’aime l’être.
Va savoir de Réjean Ducharme n'est assurément pas un livre où il se passe grand-chose au sens où on l'entend normalement lorsqu'on parle d'action. Cela dit, là n'est pas l'intérêt du roman. Témoignage de l'imaginaire social des années 90, la qualité de l'écriture est, comme on s'y attend de Ducharme, impeccable. Sinon, on notera comment l'auteur oppose brillamment dans son texte le discours économique de la dette au discours écologique. D'autre part, si une lecture au premier degré peut faire croire à une représentation traditionnelle du rôle de la femme, il apparaît évident après analyse que Ducharme vient subvertir, notamment à travers le personnage de Mary, le conception chrétienne de la femme, le tout grâce à la métaphore végétale.
Pour ceux qui seraient intéressés, je parle de cela plus en détails sur lilitherature.com dans une analyse sociocritique intitulée « De la Vierge Mary à la femme-arbre dans Va savoir de Réjean Ducharme ».
Que j'aime la langue de Réjean Ducharme ! Rien que pour cela je ne peux pas mettre moins de 4 étoiles, même si parfois je me suis ennuyée dans le récit. Il joue avec les mots de la façon que je préfère, en préférant les sonorités aux règles de langage. Va savoir c'est l'histoire d'un homme qui attend une femme et qui se reconstruit en même temps que la maison qu'il retape. Des métaphores à chaque page et du temps qui passe raconté sobrement, sans filtre, de la plus tendre à la plus mauvaise pensée.
I think I only understood about a third of this book. The writing style is such that lots of details are left out and you are not really sure what is going on. Lots of innuendo and half thoughts. I would give it 1.5 stars if I could.