J’aime bien la métaphore : la vie, comme un jeu de l’oie, faite de cases sur lesquelles on tombe par hasard. Notre liberté, c’est de lancer le dé ou pas. Au regard de sa vie aventureuse, Erri de Luca a du souvent le lancer. Son roman autobiographique commence un soir d’orage. La relecture de Pinocchio va lancer le narrateur dans un monologue puis, la magie des mots opérant, il va créer son fils non pas en bois comme Gepetto, mais en paroles. Et le monologue va évoluer en dialogue. Le narrateur va raconter à son fils imaginaire les moments importants de son existence : son enfance à Naples, la nostalgie de sa mère et son père, son engagement politique communiste, ses métiers de maçon ou d’ouvrier chez Fiat, sa lecture de l’Ancien Testament bien qu’il soit non croyant, son engagement humanitaire lors du conflit dans l’ex-Yougoslavie, son divertissement préféré qu’est l’écriture, sa passion pour l’alpinisme. Ce fils, jamais né, devient l’occasion pour le narrateur de s’interroger sérieusement et avec sincérité sur les événements marquants de sa vie. Mais la forme du dialogue, même si elle est procure de la proximité, ne m’a pas toujours convaincu. Les répliques du fils « interviewer » m’ont paru par moment faciles ou décalées. Et le dédoublement est un artifice qui ne fonctionne pas tout le temps. Erri de Luca est derrière toutes les lignes et j’ai senti le fils imaginaire plus en prétexte qu’en véritable interlocuteur. Malgré tout, dans ce roman autobiographique très court mais extrêmement dense, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire les nombreuses réflexions intimes, profondes et touchantes qui retracent l’équilibre existentiel de l’écrivain. C’est un livre très personnel, une sorte de testament spirituel et sentimental. Les phrases sont gorgées de poésie, le vocabulaire est précis. Car ce qui domine cette discussion fantastique, c’est la passion de l’écriture, sa recherche de justesse et d’élégance.