J'aimais éperdument la Comtesse de ... ; j'avais vingt ans, et j'étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J'étais ingénu, je la regrettai ; j'avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j'avais vingt ans, que j'étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l'amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes. Elle était amie de Mme de T..., qui semblait avoir quelques projets sur ma personne, mais sans que sa dignité fût compromise. Comme on le verra, Mme de T... avait des principes de décence auxquels elle était scrupuleusement attachée.
Dominique Vivant, Baron Denon was a French artist, writer, diplomat, author, and archaeologist. He was appointed as the first Director of the Louvre Museum by Napoleon after the Egyptian campaign of 1798-1801, and is commemorated in the Denon Wing of the modern museum. His two-volume Voyage dans la basse et la haute Egypte ("Journey in Lower and Upper Egypt", 1802), was the foundation of modern Egyptology.
Il en est des baisers comme des confidences, ils s'attirent.
En effet, le premier ne fut pas plutôt donné, qu'un second le suivit, puis un autre ; ils se pressaient, ils entrecoupaient la conversation, ils la remplaçaient ; à peine enfin laissaient-ils aux soupirs la liberté de s'échapper. Le silence vint, on l'entendit (car on entend quelquefois le silence) : il effraya. Nous nous levâmes sans mot dire, et recommençâmes à marcher.
C'est à mon gout: piquant et salé.
L'auteur, Vivant Denon (1747-1825) est un français qui participa à la campagne d'Egypte de Napoléon, et devint administrateur du désormais célèbre musée du Louvre à sa création par le premier consul. Il écrivit ces charmants petits contes libertins en 1777, et je les rangerais volontiers dans la catégorie des plus plaisants que j'ai eu la chance de découvrir.
"Je cherchai bien la morale de toute cette aventure, et… je n’en trouvai point."
La dernière phrase de ce conte est assez significative de l’ensemble du texte : il est inutile d’y chercher une quelconque morale ou leçon, seuls le caprice et l’inspiration d’un moment ont présidé à cette plaisante aventure. Celle-ci est initiée par Madame de T***, femme soucieuse de sa réputation et sachant la préserver (sans avoir celle d’une prude pour autant), à qui il prend brusquement la fantaisie d’enlever le jeune narrateur à une de ses amies et de l’emmener à la campagne de son mari. Bien que surpris, Damon se laisse conduire et entraîner dans un rêve éveillé. Cette dimension onirique est en partie causée par la rapidité des évènements. Cette vitesse se répercute sur la narration et donne au lecteur la sensation d’être lui aussi pris dans ce tourbillon. Toutes les procédés d’usage de ce type d’arrangement amoureux sont respectés, mais de façon accélérée, en une nuit. Vivant Denon livre donc dans cette nouvelle une épure des intrigues libertines aristocratiques et romanesques : tel Meilcour par Madame de Lursay, Damon est initié à l’amour et à ses délicatesses par Madame de T***, bien plus rapide dans cette entreprise. Elle y est bien entendu aidée par son jeune apprenti, déjà formé au langage codé de la société de l’époque.
Comme l’annonce le titre, cette nuit d’initiation et de rêve restera sans lendemain : "Tout m’échappe avec la même rapidité que le réveil détruit un songe, et je me trouvai dans le corridor avant d’avoir pu reprendre mes sens." Le conte se poursuit alors, non plus sur le mode érotique comme précédemment, mais sur celui de la comédie : les retournements de situation se succèdent – avec bonheur, pour qui sait les lire entre les lignes, comme il est de coutume dans ces récits du 18e siècle –, chacun joue son rôle, sans toujours se rendre compte de son ridicule, et tous repartent contents. Bien sûr, tout n’est pas idyllique dans ce dernier tableau, le cynisme de Vivant Denon ne s’efface pas ainsi : la figure de Madame de T*** domine comme celle de la marionnettiste dans la pièce qui se joue, c’est-à-dire comme celle qui manipule tout ce beau monde et est la seule à sortir indemne de cette comédie sociale et amoureuse.
"Conviens que le théâtre du monde offre des choses bien étranges, qu’il s’y passe des scènes bien divertissantes."
Lecture optionnelle pour un cours sur le libertinage au XVIIIe siècle, j'ai bien aimé le texte de Vivant Denon, particulièrement la version de 1812. Le texte est très court, et représentatif du libertinage de mœurs. C'était une lecture plutôt plaisante et qui m'a assez amusée !
J'ai moins aimé le texte de Jean-François de Bastide, qui est lui aussi bien représentatif du libertinage de mœurs, mais dans un registre complètement différent. Ici, c'est le personnage masculin qui mène le duo, et qui essaie, par la luxure de sa "petite maison" d'amener le personnage féminin à un certain point dans leur relation alors que le personnage féminin n'en a pas envie.
Au contraire dans Point de lendemain, le duo est mené par le personnage féminin. J'ai trouvé qu'il n'y avait pas tant de rapport de force. Le personnage masculin se laisse entraîné mais en a conscience.
(French Book) Deux nouvelles liant architecture et amour, deux thèmes qui peuvent sembler différents mais très bien assemblés ici. Les descriptions des lieux se mêlent aux descriptions sentimentales, c’est un mélange de sujet intéressant.
J’ai lu une édition qui contenait une présentation de l’auteur « l’art de servir au service de l’art » qui retrace la vie du gentilhomme Vivant Denon. C’est très utile et très intéressant historiquement car on comprend le passage de sensibilité entre l’Ancien Régime et le monde républicain et impérial, ainsi que les continuités. Avec la lecture en parallèle de la biographie de Napoléon, je suis heureux de voir que non seulement, tous les nobles ne sont pas morts ou exilés pendant la révolution, mais surtout que certains se sont parfaitement bien adaptés aux nouveaux régimes (ça me fait penser qu’il que je lise la biographie de Zweig sur Fouché et que je lise sur la vie de Talleyrand, bons exemples de cette adaptation).
Bref, la vie de Denon est incroyable : favori de Louis XV, il va réussir à obtenir un poste d’ambassadeur. Pendant le directoire, il accompagnera l’expédition de Bonaparte en Égypte où il réalisera de nombreuses gravures. Puis c’est lui qui sera chargé du musée du Louvre : il mettra en place une politique méthodique de pillage / rapatriement des tableaux des pays conquis à Paris. En tant que conservateur et connaisseurs, il constitua une collection incroyable qui fut dispersée par la suite (sauf pour les primitifs italiens). C’est d’ailleurs en hommage à lui qu’une aile du Louvre s’appelle Denon. Belle découverte que ce gentilhomme du XVIIIème, typique esprit des salons libertins.
Le texte en tant que tel est excessivement compliqué. Et pour ne rien cacher, ce n’est pas ma tasse de thé. Tout reste dans le non-dit, l’euphémisme, le suggéré, la métaphore, si bien qu’à la sortie du récit, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris (surtout s’ils ont couché ensemble oui ou non). Je connaissais le début du livre et sa brusque soudaineté (conseillé par Marc Porée dans le cours sur le Voyage sentimental de Sterne), mais la suite est beaucoup moins claire. Je veux bien croire qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre de subtilité et de style libertin, mais malheureusement, ma sensibilité n’est pas assez développée. Mais comme il s’agit d’un petit récit, j’aurai sûrement l’occasion de le relire.