Après celle de la guerre d'Algérie, une nouvelle génération d'anticolonialistes s'est levée, qui mène combat pour dénoncer le péché capital que nous devons tous expier: notre passé colonial, à nous Français. Battons notre coulpe, car la liste de nos crimes est longue ! Nous avons pressuré les colonies pour nourrir notre prospérité, les laissant exsangues à l'heure de leur indépendance; nous avons fait venir les "indigènes" au lendemain des deux guerres mondiales pour reconstruire la France, quitte à les sommer de s'en aller quand nous n'avions plus besoin d'eux; surtout, nous avons bâti cet empire colonial dans le sang et les larmes, puisque la colonisation a été rien moins qu'une entreprise de génocide : Jules Ferry, c'était, déjà, Hitler !. Contrevérités, billevesées, bricolage... voilà en quoi consiste le réquisitoire des Repentants, que l'auteur de ce livre a entrepris de démonter, à l'aide des bons vieux outils de l'historien - les sources, les chiffres, le contexte. Pas pour se faire le chantre de la colonisation, mais pour en finir avec la repentance, avant qu'elle transforme notre Histoire en un album bien commode à feuilleter, où s'affrontent les gentils et les méchants
Après Vichy dans les années 90, la colonisation semble constituer ce "passé qui ne passe pas" de la première décennie du XXIème siècle. Présentée caricaturalement, la thèse de ceux que Daniel Lefeuvre appelle les Repentants est simple : la France a commis avec la colonisation un crime dont elle paie aujourd'hui le prix avec les difficultés d'intégration des populations immigrées de ses anciennes colonies.
C'est cette thèse que Daniel Lefeuvre combat dans un essai court et volontiers polémique. Spécialiste de l'histoire économique de la colonisation, et plus particulièrement de l'Algérie française, à laquelle il a consacré sa thèse (publiée en 1997 par la Société française d'histoire d'outre mer sous le titre "Chère Algérie Comptes et mécomptes de la tutelle coloniale (1930-1962)"), ce disciple de Jacques Marseille bât en brèche l'idée communément admise selon laquelle les colonies en général et l'Algérie en particulier auraient été pour la métropole une "bonne affaire". Dans un chapitre intitulé Le rêve "cotonial", il montre que les colonies n'ont jamais constitué un réservoir inépuisable de matières premières. Dans le chapitre suivant "Le tonneau des Danaïdes", il rappelle que les exportations vers la métropole étaient largement subventionnées et que le bilan de la colonisation fut, au final, largement déficitaire, inspirant à l'opinion publique des années 50 le cartiérisme.
L'auteur réfute également l'idée que la main d’œuvre immigrée bon marché aurait reconstruit la France après 1945. S'il concède que les flux migratoires nord-africains dépassent à cette époque pour la première fois les arrivées d'immigrés européens (Italie, Espagne, Pologne), il insiste sur le fait que "les quatre cinquièmes des ouvriers les plus humbles de Billancourt ne viennent pas d'Afrique mais des régions de France et des pays voisins d'Europe" (p. 157) et en tire la conclusion que "la main d’œuvre coloniale n'a pas eu l'importance numérique et donc économique qu'on lui accorde généralement" (id.). Plus intéressant, en s'intéressant au chômage massif qui afflige dans ces années la société algérienne, il souligne que l'utilité économique de l'immigration algérienne en métropole visait moins à reconstruire la France qu'à éviter à l'Algérie de se clochardiser, la preuve en étant que le patronat souhaitait substituer à cette main d’œuvre-là des travailleurs européens jugés plus compétents.
L'essai politiquement incorrect de Daniel Lefeuvre stimule souvent. Par exemple quand il montre, dans son ultime chapitre "A mort les Christos !", que le racisme anti-arabe et anti-musulman qui gangrène aujourd'hui le lien social, plonge moins ses racines dans la colonisation que dans la méfiance avec laquelle de tous temps l'Autre a été accueilli en France. Il laisse quand même un malaise. Car la démonstration se fonde de façon répétitive sur le fait que les colonisés ne furent pas plus mal traités que d'autres. Par exemple, les guerres de colonisation ne furent pas plus sanglantes que les massacres du Palatinat en 1688, que l'extermination des camisards en 1703 ou que celle des Vendéens en 1794. Autre exemple le racisme anti-arabe contemporain n'est pas moins violent que la xénophobie dont les Ritals ou les Polacks furent victimes à la fin du XIXème siècle. Cette circonstance remet les choses en perspective ; mais elle ne réduit en rien le traumatisme laissé par la colonisation.
Le titre me faisait craindre une certaine complaisance pour la colonisation, mais fort heureusement, il n'y a pas. Cela dit, cela reste un livre dont le propos n'est pas de faire le compte des turpitudes, mais plutôt d'avancer des faits et des chiffres pour nuancer des jugements excessivement négatifs sur la colonisation de l'Algérie, que l'auteur prête à ce qu'il nomme de manière un peu floue la Repentance. J'ai été surpris de découvrir que cette colonie, loin d'être une bonne affaire pour la métropole comme s'en flattait le lobby impérialiste au XIXème siècle, s'est avéré être un poids financier au siècle suivant.
Lorsqu’un historien se met à faire de la politique il ne peut rien en résulter. Dans ce pamphlet contre les « Repentants », Daniel Lefeuvre s’insurge envers toutes les personnes pensant que la France a fait du mal en Algérie. Certes les soldats français ont tués, violés, exécutés des prisonniers, mais il faut replacer cela dans le contexte historique. Bref, si remettre en question les crimes passés revient à réécrire l’histoire, nous pouvons vivre tranquillement avec notre conscience et regretter le temps béni des colonies.
Ce pamphlet a pour but de remettre à leur place les faussaires de l'histoire qui reinterprêtant l'histoire coloniale afin d'exiger réparations, droits et discrimination positive. La démonstration est vive et casse tous les mythes : non la colonisation ne fut pas une bonne affaire financière pour la France, non il n'y a pas eu pillage systématique des pays colonisés, non la reconstruction ne fut pas le fait exclusif des populations des colonies.
Ce livre a le mérite de remettre les choses en perspectives et appelle à une vision plus mesurée de l'histoire coloniale, sans occulter sa face sombre.