Rue Poupart, Centre-Sud, décembre 1976. Un nouveau-né échappe aux bras inexpérimentés de sa mère et déboule les marches du bloc-appartement. Au moment de se fracasser le crâne, le temps s’arrête et se déplie tout à la fois : Francis entrevoit toute sa vie et entreprend de nous la raconter. Guidé par Frigo, le sans-abri bien connu du boutte, l’auteur arpente les recoins et les souterrains de sa mémoire et d’un quartier infecté par la gangrène de feu le Faubourg à m’lasse. Fresque tour à tour hilarante et troublante, Mélasse de fantaisie est constellé de personnages (réels) plus grands que nature, dont Ti-Crisse la blonde à Josette, Lil’ Mike le saxophoniste déchu et Raymonde, championne indisputée de berce-o-thon. Or, si la faune exotique du quartier fascine, elle menace également. Laissé à lui-même, Francis tentera d’embrasser et d’esquiver la vie comme il peut. Énéwé, comme il dit. Quelque part entre La vie devant soi, la psycho-magie d’Alejandro Jodorowski et le cinéma opulent d’André Forcier, Mélasse de fantaisie est un récit gargantuesque truffé de morceaux de bravoure inoubliables.
Ça fait un moment que j’ai lu ce livre. Honnêtement, ça se bousculait dans ma tête et j’avais de la difficulté à trouver les bons mots pour en parler. Je pense que je les trouverai jamais.
C’est un livre qui nous plonge dans la pauvreté, la misère et la violence du Faubourg à M’lasse. On y découvre une faune très colorée et amochée par la vie.
Les souvenirs dans lesquels l’auteur nous plonge sont souvent difficiles à lire. C’est venu me shaker l’intérieur. Son écriture est crue, franche. Ça m’a brassé le coeur, me l’a tordu et me l’a écorché mais aussi, ça me l’a bercé doucement. Il y a un vent d’espoir et beaucoup de sensibilité dans ses mots. On s’y accroche fort malgré les horreurs qu’ils décrivent.
« Je ne suis pas un survivant. Je n’ai pas survécu à mon viol, je l’ai tout simplement vécu. Et je continue de le vivre. »
Mon premier appartement à Montréal, en 2001, était situé sur la rue Fullum, quelques portes au sud d'Ontario. Si vous croyez que Francis Ouellette exagère ses personnages, détrompez-vous. Il leur injecte plutôt une poésie, une beauté, un humour qui dédramatise leur situation déplorable, leur pauvreté, et le fait que personne n'a vraiment envie de les aider.
Il y a dans Mélasse de fantaisie une douce musique, celle des mots, celle de la truculence quasi rabelaisienne, celle des personnages plus grands que nature qui peuplent les rues du Centre-Sud. C'est un livre âpre et confrontant, qu'on lit pourtant presque sans pouvoir s'arrêter.
Pour un premier roman, il s'agit littéralement d'un tour de force. On visite avec le narrateur le quartier où il a passé sa jeunesse, on rencontre les membres de sa famille, on croise au passage quelques personnages inoubliables. On se laisse bercer par la magie des mots, des formules inhabituelles, des objets et expressions du passé, et on éclate de rire même dans des segments plutôt dramatiques.
On lit à quelques reprises la volonté du narrateur de devenir écrivain. Et on ferme le livre avec un constat sûr: la transformation du p'tit gars issu d'un milieu défavorisé en auteur est très réussie.
Pis c’est son premier roman. Ce livre est une belle pépite.
J’ai tout aimé. C’est écorchant mais doux à la fois, c’est cru mais aussi empreint d’une belle sensibilité. Un mélange assez bouleversant entre la violence, la résiliation pis la lucidité naïve d’un enfant devenu homme avant le temps. Et que dire du langage ? C’est coloré, accessible et le phrasé a quelque chose de réconfortant, de brillant. Les sujets abordés sont intenses, mais j’ai eu l’occasion de sourire aussi à certains moments.
J’en ai lu pas mal des histoires de Montréal. Plusieurs sont bonnes et d’autres sont boaf. Mais j’ai rarement lu des histoires de Montréal où j’avais l’impression de pouvoir observer ce qui se passait en regardant par la fenêtre d’un appartement. J’ai eu l’impression d’entendre les échos de la vie quotidienne de l’auteur. Les personnages me semblaient aussi très intrusifs. J’avais l’impression de les croiser au détour des phrases et des chapitres. Non pas que j’ai des référents avec ma vie personnelle, mais des Frigo, des Tit-Crisse pis des Raymonde, on dirait que je les ai carrément côtoyés. C’est peu dire pour démontrer la magie des mots utilisés par l’auteur.
Raconté par Francis Ouellette, le Faubourg à lui seul semblait aussi être un personnage. On sent les racines et l’authenticité des lieux. J’aime avoir cette impression de reconnaitre un endroit. On comprend la dualité de l’auteur entre son Faubourg pis l’identité qu’il tente d’acquérir en dehors de ce monde là.
Sinon, ben c’est une histoire très émotive et je la conseille fortement. Ça prend du courage pour laisser des traces sur un passé qui a été dur et sans pitié.
Lu et approuvé ! 💙 wow quelle belle claque 'sua gueule et coup de poing au cœur ! Francis a un talent fou de nous plonger dans un univers de toughs mais aussi de mondes sensibles ... j'ai été happé dès les premières lignes et je ne l'ai pas lâché avant d'avoir versé quelques larmes (de peine et de colère ) au passage ! Gros, gros coup de cœur ! Merci pour un des titres à surveiller en ce début hâtif de la rentrée ! 💙
Honnêtement, je n’arrive pas à noter ce livre. La plume est extraordinaire. C’est une immersion totale dans le faubourg à mélasse des années 70 avec son lot de pauvreté et de malheurs. Toutefois, j’ai trouvé le récit difficile à entendre. Une histoire vraie qui a bousculé mon cœur sensible. J’aurais aimé avoir des TW de maltraitantes, agressions sexuelles, viols et suicide pour mieux m’y préparer.
Notez que j’ai écouté la version audio merveilleusement narrée par René-Richard Cyr 👌🏻
Je suis sous le choc. Parce que c’est une histoire difficile, difficile à lire et difficile à imaginer.
Je suis sous le choc parce que je m’attendais au coup de coeur assuré, et malgré que j’ai été touchée (impossible de faire autrement), je ne l’ai pas apprécié autant que prévu.
J’ai eu un peu de mal avec le début pour me situer dans le temps et pour comprendre qui était le protagoniste. J’étais un peu mélangée entre les chapitres de l’histoire principale et l’alternance entre les chapitres avec Frigo. Une fois Ti-Crisse arrivée, j’ai commencé à embarquer.
On ne peut rester de glace à cette auto-fiction qui semble davantage vraie que fictive. L’écriture est intéressante avec certains tics d’écriture qui témoignent d’où vient le petit Francis. Je pense à béesse, di-ni-té, entre autres.
J’ai été touchée par les histoires de Chantal Choquette, Ti-Criss, le p’tit Robert (nom troublant qui ne me faisait penser qu’au dictionnaire), Mike, Johanne, Éric, Aimé, Raymond. Ça donnait une bonne vision des gens autour du protagoniste, du milieu et des épreuves que tous-tes ont vécues.
Ça m'a fait penser à "Granby au passé simple" de Akim Gagnon dont j'ai aussi écouté la version audio. Tous les deux nous racontent des pans terribles de leur vie avec un humour grinçant. Tous les deux ont eu des parents pas d'allure qu'ils ont aimés et admirés malgré tout. C'était triste et drôle à la fois.
Poignant et trash à souhait, mais drôle et attachant. Comme les habitants du Faubourg. Ce livre me faisait parfois penser aux gens que je croisais sur Sainte-Catherine ou Ontario quand je vivais dans Hochelaga…
Mélasse de fantaisie est à la fois un portrait très vivant des quartiers populaires, mais aussi une plongée dans la psychologie de son auteur-narrateur. Comment l’enfance et ses traumatismes nous marquent, comment nous sélectionnons certains souvenirs et nous nous les réapproprions sous la forme de « notre histoire ».
Un petit quelque chose empêche ce livre d’être un chef-d’œuvre littéraire — il lui manque un souffle, une portée supplémentaire, peut-être simplement à cause de son style très terre à terre. Mais il s’agit ici probablement plus d’une question de mon goût personnel. L’exception est peut-être le premier chapitre, qui est un véritable feux d’artifices de mésaventures, tant dans le contenu que la forme.
Un bon livre, qui provoquera tour à tour le rire, le dégoût, l’indignation, la pitié, la sympathie… À lire pour tous ceux qui veulent comprendre la réalité des quartiers populaires de Montréal sous son angle le plus humain. Classique instantané!
Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié l’écriture de quelqu’un. Tellement colorée et rafraîchissante, contrairement à l’atmosphère qu’elle dépeint. L’auteur parvient à tisser la toile d’une communauté avec ses trous et ses liens forts, les mouches qui sont pognées dedans pis l’araignée qui les guette dans le coin. On pleure, mais on rit aussi. C’est un livre-fresque centre-sudien.
Personne ne ressortira indemne d’une telle lecture. Le ton décape, les mots crus égratignent par leur justesse, les thèmes qui se déploient avec une authenticité fulgurante arrachent les tripes, le cœur, la foi en l’humanité. C’est intense, audacieux et confrontant. J’aurais aimé avoir un indice de tout cela pour me préparer à plonger dans un univers franchement perturbant.
Coup de coeur pour ce livre. Dans la même veine que Burgundy de Mélanie Michaud et Chienne de Marie-Pier Lafontaine avec son style et son vocabulaire propre.
J’ai vraiment tout aimé de ce livre. C’est cru, le personnage principal - l’auteur - est attachant, et il n’a vraiment pas eu une vie facile. J’ai vécu beaucoup d’émotions, et j’ai trouvé que l’auteur a vraiment le don de parler de ces situations délicates, de ses expériences et de la misère. En même temps, on dirait que ce n’est jamais déprimant malgré tout.
«Câlisse de Faubourg pareil. Tu me fais ça à toutes les osties de fois. J'aimerais ça pouvoir t'hair, mais je suis pas vraiment capable. J'aimerais ça haïr tout court, mais je suis pas capable non plus. Quelque chose de plus fort que moi m'en empêche. Pis laisse-moi te dire que des fois, j'aimerais ben ça savoir pourquoi.»
J'ai l'impression que j'ai déjà fait une de mes meilleures lecture de 2024. C'est pas toujours confortable, mais c'est extraordinaire. J'ai de la misère à en dire plus, mais c'est confrontant, drôle, intelligent et douloureux. J'ai adoré.
Ouf. Ça rentre dedans fort de misère et d'injustices. L'histoire d'un quartier, de ses habitant-es et de sa réalité, racontée avec justesse, précision et une tendresse à toute épreuve, malgré les lendemains de veille quotidiens.
Un autre qui va m’habiter pendant longtemps. Le sentiment d’une certaine justice d’être témoin de l’auteur qui se réapproprie son histoire, ses histoires. Langue qui laisse sul cul. Vraiment une belle œuvre.
j’ai ri, j’ai eu des frissons si intenses qu’ils m’ont donné la nausée, j’ai eu peur, j’ai reconnu certaines similarités entre le personnage principal et moi: du grand bijou-cadeau de livre.
le faubourg de ouellette est le quartier urbain de sa vie, qu'est sa vie, en proie d'une misère virulante et tragique. je ne peux qu'imaginer le bien qu'écrire et décortiquer le c-ptsd a pu faire pour francis ouellette. et en plus de l'écrire avec une intimité propre à lui, lové dans des habitudes uniquement québécoises, je dirais aussi spécialement montréalaises. je suis vraiment reconnaissante pour l'effort constant du dénichement des traumatismes qu'il a vécu et pour l'encre utilisé pour le communiquer à nous.
ce roman est très physiquement proche de moi, simplement par le fait qu'on vit dans la même ville, que je connais son quartier - je le vois quand je ferme les yeux, je vois ce qu'il voit, liée par notre connexion au québec et à la ville de montréal. avant même que je lis la première page, je vois francis ouellette dans mon voisin, dans le passager du métro, sachant qu'il est ici dans cette ville et qu'il nous avoue sa vie.
ce livre est proprement québécois. il est vraiment pour les gens du québec. je pense que le monde qui n'est familier avec le québec, les francophones d'ailleurs, auront plus de difficultés à comprendre les tournures de phrases, les expressions, les anglicismes de notre région, les jurons et tout le jeu de transformation linguistique (comment un sacre peut devenir un adjectif, un nom common ou un nom propre, un verbe, un adverbe) dans cette oeuvre et l'héritage linguistique. c'est bien sûr double-tranchant, mais clairement il y a une richesse immense et chérie ,et c'est exploré vivement dans l'écriture de francis ouellette. ce jeu de québécitude est aussi incrusté dans la plus grande danse de niveaux de langues du livre - passant d'un niveau de langue littéraire, à super familier, à courant et tout les remix possibles. cela fait pour une lecture surprenante, pleine de 'jab', joviale, vigoureuse, tout en étant capable de laisser ses mots se peser et de nous déchirer, lorsque le temps vient.
francis ouellette raconte les événements importants de sa vie avec un humour volontairement inapproprié, un que je connais déjà - celui des mononcles et puis, un peu plus tard, celui des adolescents nouvellement adultes. malgré les grandes tristesses de son histoire, sa narration rebondie donne l'ambiance d'une soirée dans la cours de ton ami avec son barbecue ou d'un feu, une bière dans la main assis dans une chaise repliante, quelque part dans une ville. il y a du fun et de la vivacité dans la plume comme la soirée barbecue, mais il y a amplement de la place pour la vulnérabilité de francis ouellette, la véracité de ses mots, une fois la nuit tombée sur la soirée. on ne peut s'empêcher d'écouter attentivement, notre main qui frotte son dos avec tendresse.
ce livre se colle à moi par sa québécitude et ses jurons, son honnêteté, son jeu de la langue française remarquable qu'on connait si bien. je trouve le tout très bien joué même si à quelques instants, je le trouvais maladroit pour mon goût personelle dans ces moments vulnérables. mais s'il vous plaît ne laissez pas moi (une fille qui aime vivre près du côté d'ouest de la ligne orange) décourager quiconque - ce livre est un joyau propre à notre province! digne de tous les amours qu'il reçoit!
en tout, mélasse de fantaisie est une oeuvre touchante, vorace et pleine d'humour. à suivre, ce cinéphile, ce francis ouellette!
Meh… c’était okay. Vraiment pas fan de la plume de l’auteur, je n’ai pas accroché. Utiliser des mots compliqués juste pour apporter un style « savant » qui sera incompréhensible pour des gens qui auraient besoin de lire les thèmes de ce livre, bof. Ça montre le côté « elitiste » de notre littérature québécoise. Surtout que le style d’écriture se mélange à un québécois oral, mais pas tout à fait, ça m’a vraiment empêché de plonger dans le récit.
Les thèmes étaient intéressants. J’ai bien aimé le concept, mais pas du tout la construction. Je crois que c’est une histoire qui doit être comprise pour être appréciée et le potentiel était là. Parler d’agression masculine, un gros oui. Mais la façon dont c’était présenté, gros non… Tellement de petits détails importants pour notre littérature (sujets tabous, diversité, franchise des thèmes), pour au final les appauvrir et les masquer par un style narratif lourd.
Pas certaine d’avoir aimé ce roman. Je l’ai trouvé un peu décousu. J’avais souvent de la misère à me situer dans le temps, je sens que je n’ai pas tout compris et il y avait tout pleins de mots que je ne connaissais pas (autant de véritables mots que des mots inventés). Bref, je n’ai pas trouvé ma lecture fluide.
Par contre, sachant qu’il s’agit d’un fait vécu, j’ai trouvé le roman vraiment bouleversant. J’ai beaucoup d’admiration pour l’auteur qui révèle une partie de sa vie en touchant plusieurs sujets tabous.
Ouff. Je considère que je viens de faire l’expérience d’une grande lecture. C’est tellement authentique qu’on ne peut pas faire autrement que de s’attacher réellement à tous les personnages du Faubourg. Ça rentre dedans comme de George Bataille, ça touche comme du Marcel Dubé. Un must pour vivre des émotions fortes.
Une grande maîtrise de la langue où l’extra-populaire se marie avec adresse au littéraire. Ça permet d’aborder des sujets vraiment trash avec poésie et réalisme. C’est touchant, rough et drôle à la fois. J’ai hâte de lire son prochain!