La recherche d’un mode de vie centré sur le confort, c’est-à-dire débarrassé de toute forme de contrainte, de fatigue ou d’effort, est devenue un idéal absolu. Désormais, le confort ne sert plus seulement à satisfaire nos besoins réels, mais constitue le coeur d’une logique économique, sociale et psychologique dans laquelle notre sentiment de bien-être repose sur l’accumulation d’objets pratiques et sur le recours systématique à la technologie. Répandu dans la plupart des classes sociales des pays développés, le confort fait l’objet d’un consensus que brise ce livre original, qui se situe à la croisée de l’anthropologie et de la philosophie. Stefano Boni réactualise les analyses d’Ellul, Anders, Illich ou Latouche, pour révéler le prix à payer de l’expansion du confort moderne : affaiblissement de nos capacités cognitives et sensorielles, perte d’autonomie au profit de dispositifs technologiques, renforcement de l’individualisme, appauvrissement et instrumentalisation des relations sociales, mise à distance de la nature et destruction des écosystèmes. En nous privant de toute expérience considérée comme désagréable ou négative, le confort nous enferme dans un cocon protecteur qui nous coupe du monde extérieur et de nous-mêmes, de tout ce qui fait le « sel de la vie » et contribue à nous rendre pleinement humains.
Ce brillant essai détaille bien ce que sont devenues les sociétés hypertechnologiques, et pourquoi celles-ci sont une menace pour le vivant. Le livre se veut être un vibrant plaidoyer en faveur des outils hypotechnologiques (et pour une forme d’anarchisme rural), qui impliquent moins d’impact sur notre environnement. Par le prisme du confort, le sacro-saint objectif de tou-te-s actuellement, l’auteur nous invite à troquer nos modes de vie d’abondance pour d’autres nettement plus soutenables. Autrement dit, il s’agit de renouer avec certains savoirs-faire. Beau programme ! Parfois, en revanche, j’ai eu l’impression que l’auteur adoptait une vision manichéenne pour analyser nos sociétés, comme si toute technologie ne serait-ce qu’un peu complexe menaçait l’humanité et le vivant. Je pense, notamment, à sa critique de l’épidurale, qui m’a laissé perplexe.
Intéressante mise en perspective du confort qui est à l'origine de notre déconnexion avec l'expérience du vivant et plus généralement du monde réel. l'auteur met en évidence le consensus autour de la recherche du confort, c'est a dire de l'évitement de l'effort physique, et de la recherche permanente de la fluidité permise par la course technologique, qui nous déconnecte de la nature et nous empêche d'amorcer toute action politique ayant vocation a changer la structure capitaliste et anti écologique. La société hyper-technologique, intrinsèquement liée à la quête de confort, finit également par nous rendre dépendants la structure techno-productiviste, et nous priver de notre autonomie en faisant disparaitre les savoir-faire artisanaux et désormais muséifiés, la résilience du corps, l'acuité des cinq sens, et la créativité, et par conséquent nous diminuent en tant qu'être humains.
Malgré ses airs réactionnaires cet ouvrage radical (au bon sens du terme) prête à réfléchir sur les conséquences d'un mode de vie centré sur le confort sans adopter un point de vue bêtement moralisateur et individualiste. Au contraire, l'auteur développe tout un passage sur le phénomène inverse de « bio-moralité », parfaitement intégré au système, consistant a se priver individuellement de certains aspects du confort moderne (sport, régimes, discipline de vie...), qui relève davantage un mode de différenciation bourgeois, dans une démarche esthétisante et hygiéniste. Loin de remettre en cause les piliers de la société du confort, la nouvelle recherche individuelle du « bien-être », équivalente du « bien-avoir », fait peser la responsabilité des inconvénients du confort sur les individus et nous prive de toute réflexion collective.
Interesting book that got me thinking differently about comfort, technology and luxury. I particularly liked the chapter about our senses, and what a decline of interaction with organic materials does to us. However, in making big claims about Homo Confort, I think Boni fails to acknowledge the female experience in which physical discomfort is part of daily life from a young age. Ever too often women’s discomfort and even pain are waved away, considered “part of the deal” or ascribed to hormones or imaginations. I think this made his point about the epidural - which in itself was interesting - even more tone-deaf. Please have an IUD shot into you and come back to me about “being deprived from any unpleasant or negative experience”. Ciao!
Je reste pensive suite à la lecture de ce livre qui vient me chercher dans mes certitudes, dans les bases sur lesquelles ma vie s'est bâti. J'ai accueilli toutes les innovations technologiques qui permettaient d'avoir plus de confort, d'avoir des alliés technologiques pour pallier au manque de communauté pour élever une famille.
Le problème, comme nous le mentionne l'auteur, n'est pas tant, en tant que société, d'avoir accueilli ces technologies, mais de l'avoir fait sans aucune critique des méfaits qu'elles pouvaient et ont engendré. On se trouve quasiment esclave de cette technologie dans toutes les sphères de notre vie, tant dans la relation avec notre corps qu'avec la nature et nos relations humaines, et on a le défi, du fait d'une perte de savoir plus artisanaux et de vie en communauté, de ne plus trop savoir par quel bout commencé pour s'affranchir.
Et surtout il y a la peur de perdre ce fameux confort, de devoir transformer de la définition du bien-être moderne (malgré toutes ses injonctions qui ne nous rendent pas plus heureuses), qu'on ne sait pas concrètement comment il va se traduire sans passer par des scénarios catastrophiques de retour en arrière, dans une civilisation primitive.
La solution va passer par la réappropriation des savoir-faire anciens, moins technologiques et à l'échelle plus locale. Il s'agit de réapprendre à se relier à la nature avec tout ce qu'elle a d'imprévisible et de peu ragoutant, à reconquérir certains pans de notre économie que ce soit au niveau de l'alimentation, de la création et la réparation d'objets durables, etc.
Ce livre est une prise de recul nécessaire sur notre relation face au confort et à ses effets secondaires sur la santé humaine tant physique que mentale, et sur tout ce qui est vivant (et dont nous dépendons) sur notre planète. Fort de ce constat, ce sera à nous, comme communauté, d'élaborer des solutions, sans attendre qu'une autorité supérieure ou qu'un oligarche ne vienne nous dire quoi faire ! Hâte de trouver ma tribu pour mettre tout ça en action et dans l'attente, je m'en vais cultiver mes semis, car c'est déjà là aussi un acte de rebellion !
Un essai fort intéressant qui incite à la réflexion sur notre relation au monde organique, aux impacts multiples de cette volonté d'atteindre un confort absolu à travers l'hypertechnologie et un consumérisme effréné : perte de compétences, aliénation, abandon de notre pouvoir citoyen aux profit d'un faible nombre d'institutions et d'entreprises, saccage et pollution de notre environnement.
Saggio serio e documentato che esplora la relazione fra tecnologia e comfort, sulla scorta di Gehlen, Anders, Illich e molti altri autori fondamentali per questo pensiero. Cruciali i temi della relazione con la natura e l'ambiente e l'individualismo, con implicazioni politiche evidenti e immediate. Peccato forse che la forma da "saggio" ne precluda una lettura più immediata per un pubblico vasto.