« À Berlin pour la troisième fois. Partout où je vais, j’ai l’impression de courir après les autres, de courir après moi-même. Les années m’ont appris que je tombe amoureux de chaque personne avec qui je couche ― c’est systématique, je suis trop sensible. »
(4/5, I really liked it)
La lecture permet à celui.celle qui s’y adonne d’aller dans des milieux qu’il ne connait pas. C’est ce que LES CARNETS DE L’UNDERGROUND ont fait. Rattaché à la collection Queer (Triptyque), cet ouvrage de Gabriel Cholette trace le parcours d’un jeune homme pour qui l’amalgame fête/cul/drogue semble la seule cible donnant sens à son univers; toutes décisions convergent vers la prochaine baise.
Les carnets amènent le lecteur à Montréal, à Berlin, à Miami, à Paris. Toujours le même setup : Tinder, Grindr, les bars, les clubs, les boums privées. La faune est la même, les outils de chasse également.
Tous les ingrédients pour choquer sont là, pourtant ça ne l’est pas. Ce n’est jamais trash. La provocation n’est pas au rendez-vous. Le langage est souvent cru, mais on apprend rapidement à saisir et à se prêter au lexique lié au mode de vie.
« …mais quand tu m’as trainé vers la cuisine sous prétexte que t’avais faim et qu’on s’est sucés sur le comptoir, c’était ma deuxième pipe de la soirée. »
Bien que marginal aux yeux de plusieurs, ce mode de vie n’est en fait que le véhicule à la quête d’un certain bonheur. Qui sommes-nous pour juger? Jamais l’auteur n’apparaît dégénéré à outrance, affligé ou misérable. Tout s’inscrit dans une certaine normalité. Oui, certaines scènes ne sont pas édifiantes, mais le sort du jeune homme n’est pas pour autant entaché. Les gardes du lecteur tombent à mesure qu’avance la lecture.
« Plus tard dans la journée, le dude de Grindr m’a envoyé sur Snapchat des photos de moi couché par terre sur le trottoir à côté du bar avec la caption Current situation. Les photos me gênent pas parce que par miracle, j’ai quand même l’air cute dans mon vomi. »
Dans sa définition, la collection annonce la célébration du « spasme de vivre ». C’est effectivement ce que livre ce bouquin. Peut-être que ce style de vie cache une tristesse latente, mais au moment où sont vécus les évènements relatés, la tristesse n’y est pas. Parfois la déception sonne ― lorsque la chasse a été moins bonne ―, mais le regret n’est pas au rendez-vous.
Il sera intéressant de suivre les aventures du garçon, lorsque la fête ne sera plus au cœur de son parcours et qu’autre chose enveloppera son quotidien.
LES CARNETS DE L’UNDERGROUND : Une étonnante exploration!
En bonus, de piquantes et graphiques illustrations de Jacob Pyne découpent les chapitres.