J’ai senti deux objectifs de ce livre au fil de ma lecture: montrer le chemin parcouru par Pierre Rey en psychanalyse et expliquer, justifier la démarche thérapeutique de Jacques Lacan, très controversée encore aujourd’hui.
Selon moi, aucun de ses objectifs n’a été atteints.
L’esthétique “stream of consciousness” de la prose dans ce qu’on pourrait qualifier (avec précautions) d’essai est stylistiquement intéressant, il marque bien le côté intérieur de la quête de Pierre Rey, à la recherche du véritable sens de sa vie.
Le problème avec cette esthétique ici est qu’on a constamment l’impression que le narrateur se parle à lui-même plutôt que de s’adresser à un narrataire extérieur à lui. Les notions de la psychologie lacanienne sont évoquées mais jamais expliquées. Le narrateur n’explique que très en surface comment ces principes se sont appliqués à son expérience. On sent des changements par degrés chez le narrateur, mais on les sent, curieusement, de l’extérieur. C’est-à-dire que nous constatons plutôt des effets des changements chez le narrateur que ces changements en eux-mêmes, ce qui semble assez paradoxal étant donné la perspective narrative adoptée et l’esthétique très intérieure qui la traverse.
Le résultat en est qu’on ne sent que très peu le changement profond qu’est censée avoir opéré l’analyse, et la psychanalyse lacanienne (autant dans ses principes que son approche thérapeutique) reste très floue.
Je pense que mes attentes envers ce livre ont été quelque peu influencées par le contexte de sa lecture et l’explication de l’enseignante sur son utilité dans le cadre du cours sur la psychanalyse en littérature que j’ai suivi, mais reste que le livre m’a semblé davantage être une autofiction écrite pour soi-même seulement qu’un véritable essai.