À l'heure où la "crise migratoire", parfois qualifiée de "crise de l'asile", n'en finit pas de diviser les États et les sociétés en Europe, cet ouvrage entend redonner une profondeur historique à une question d'actualité. Il interroge les multiples dénominations et représentations relatives aux "migrants" partis sous la contrainte, en allant de l'"exilé", du "proscrit", au "demandeur d'asile" et au "réfugié". On y entend résonner les discours prononcés par des proscrits qui ont marqué leur temps, les échos des œuvres littéraires que les exilés nous ont laissées en héritage, depuis Les Châtiments de Victor Hugo jusqu'à Persépolis de Marjane Satrapi, mais on distingue aussi le murmure anonyme des "sans-État", souvent dénigrés et rejetés. Le livre donne enfin la part belle aux oubliés de la migration - femmes, enfants et vieillards -, pourtant largement impliqués dans cette histoire en mouvement. Grâce à un parcours chronologique qui commence avec les insurrections et révolutions de la fin du XVIIIᵉ siècle et s'achève avec le temps présent de la migration contrainte, ce récit transnational de l'histoire des réfugiés donne vie et corps aux exilés d'hier et d'aujourd'hui : il restitue leur expérience collective mais aussi la singularité de leurs parcours européens.
Ce livre raconte de manière chronologique la manière dont la notion de réfugié a été construite et a évolué au cours du temps. En parallèle, il présente la façon dont les États et les populations se sont situés par rapport à la demande d'asile depuis le début du 18e siècle. Cette date a été retenue car c'est à cette époque que la question du réfugié prend une tournure politique, en laissant la question religieuse plus en arrière plan.
J'y ai appris plein de chose, notamment sur l'internationalisation de la construction du réfugié à travers les actions de la SDN et de l'ONU et sur le fait que la définition posée par la convention de Genève serait à revoir (la question de la persécution individuelle est-elle indépassable quand des populations entières fuient les violences de guerre? Faut-il revenir à une question de peuple, plus proche de l'approche de Nansen, mais dans un cadre moins restrictif? Pourquoi se concentrer sur la dimension politique, héritage de la Guerre froide, alors que d'autres causes d'exil existent?). Cela m'a donné envie de lire le livre de Karen Akoka sur la construction des notions différentes de migrants et d'exilés.
Le livre permet aussi de rappeler que malgré les morts, la fermeture des frontières, le non-respect des droits des réfugiés... les traditions d'aide qui remontent dans les siècles existent parfois encore.