« Ouvrage hybride situé entre parodie et polémique, entre roman et essai, L'Euguélionne expose la misogynie des textes fondateurs de la culture patriarcale et leur effet sur la vie des femmes tout en conviant le lecteur à liquider par le rire cet héritage opprimant. À la fois bible (ou anti-Bible) féministe, entièrement écrite en chapitres et versets numérotés, œuvre de science-fiction et traité sur la féminisation de la langue française (la source de plusieurs des substantifs féminins qui sont maintenant d'usage courant au Québec), L'Euguélionne est une encyclopédie de la culture patriarcale vue selon la perspective d'une féministe radicale… » Extrait de la préface de Patricia Smart
Louky Bersianik (née Lucile Durand, le 14 novembre 1930 à Montréal, et morte le 3 décembre 2011 dans la même ville) est une romancière, poète et essayiste québécoise.
Elle détient une maîtrise en lettres françaises de l'Université de Montréal ainsi qu'un diplôme en médias électroniques du Centre d’études de radio et de télévision d'Issy-les-Moulineaux.
Elle écrit pour Richard Séguin les paroles d'un disque, Trace et contraste, qui obtient en 1981 le « premier prix du disque » à Spa et le Prix de la meilleure chanson de l'année à Antibes, pour Chanson pour durer toujours. Elle écrit également des textes pour la radio, la télévision et le cinéma et collabore à plusieurs revues.
Son roman L'Euguélionne, publié en 1976, est considéré comme le premier grand roman québécois d'inspiration féministe. Longtemps indisponible, il est réédité en 2012 aux Éditions Typo.
POURQUOI PERSONNE NE PARLE DE CE LIVRE AU QUÉBEC ET POURQUOI NE SE TIENT-IL PAS AUX CÔTÉS DE BONHEUR D'OCCASION OU LES PLOUFFE OU LES BELLE-SOEURS
un gros classique québécois consacré pour moi, édité par hubert aquin puis rapidement oublié, l'euguélionne se lit comme une bible en trois parties. et évidemment en tant que bible (féministe) j'ai une tonne de choses à dire, du côté positif comme négatif.
les deux premières parties sont les meilleures : on est plus dans le récit, dans l'extravagant, le psychédélique, l'allégorie : on s'attarde aux symboles, aux significations profondes, et on voit que louky bersianik avait une interprétation fine et détaillée de ses thèses. l'humour et le cynisme soupoudré sur le dessus apporte une dose de soulagement comique et de complicité entre femmes plus que bienvenue. même si la situation des personnages est plus caractéristiques aux années 1970, on voit tout de même tout (la majorité) de ce qui n'a pas changé et on ne peut s'empêcher de prendre cette lecture pour un manifeste à la révolte.
la troisième partie, plus construite comme on le ferait pour un essai, s'étire dans les répétitions et la lenteur. ma lecture jusque là facile est emballée s'est embourbée dans le rythme et l'étoffe des arguments de bersianik, qui à ce moment ont révélé plusieurs failles dans sa logique.
les points forts de bersianik : - sa vision de la construction du genre (les deux espèces, la naturalisation des rôles sociaux, etc) - critique de la sexualité centrée sur les plaisirs masculins - critique de l'institution du mariage - critique du care et du travail reproductif fait par les femmes - critique de la psychanalyse et de son instrumentalisation misogyne - critique de la misogynie entre femmes, de celles qui embarquent dans le jeu des hommes
cependant, la façon avec laquelle ses points sont critiqués témoigne d'une logique unidimensionnelle par rapport à la condition économique. par exemple, on ne parle que de la libération du travail des femmes dont le mari pouvait déjà subvenir aux besoins ; on ne parle que de la réalité blanche, comme si la femme était unique. on pourrait comprendre ce dernier aspect si c'était spécifiquement un ouvrage sur le québec des années 1960-70, certes toujours un peu raciste . cependant, l'euguélionne est cette extraterrestre qui débarque sur la planète et souhaite s'adresser à toutes les femmes, comme si leur oppression était partout pareille, et selon les conditions québécoises (bourgeoises blanches) en plus... c'est ce faux appel à "la" femme et "sa" condition et "la" libération qu'elle doit faire qui heurte. surtout qu'il y avait des occasions de ne pas uniquement se focaliser là dessus.
de plus, j'avais espoir de ne pas m'y heurter, mais nous avons affaire à un ouvrage très, très, très, très beauvoirien. ceux qui connaissent le deuxième sexe comprendront déjà, et la petite intro à mes critiques avec le paragraphe précédent vous aura fait comprendre dans quelle mesure aussi/dans quel contexte (après, j'avais peut-être trop d'espoirs après la dédicace à simone de beauvoir et kate millet au début du livre) d'abord, la critique de la psychanalyse est la bienvenue, mais parfois poussée trop loin qu'elle légitimise le débat avec la pensée freudienne. on commence par couper court le vieux mec en disant tout simplement qu'il n'y a pas d'envie du pénis, pourquoi vouloir aller plus loin? des allusions à une situation inverse, encore là ça passe, mais tout ce qui s'infiltre dans la psychanalyse pour la défaire, selon moi, est une concession à la légitimité de cette théorie, comme si le débat avait lieu d'être. cette particularité transparaît également dans la continuation des idées élaborées, mais pas nécessairement dans le débat en soi. par exemple, on concède que la sexualité est tout de même "naturellement" hétéro ; on parle de la sexualité féminine, et comment il faut "accepter" la différence de la femme. au fond, c'est ici qu'on retrouve que fantôme de beauvoir. oui, on a adoré la première partie qui exposait la construction du genre, et tout au long c'est comme si bersianik luttait avec elle même et ses propres contradictions en alternant entre les moments d'essentialisme et de non essentialisme. et évidemment, l'essence féminine finit par gagner, car c'est elle qu'il faut reconnaître pour la valoriser autant que celle de l'homme.. bla bla, bla bla... comme beauvoir, on affirme qu'il y a une partie de construction tout en défendant qu'il y aurait une véritable nature de la femme qu'il faudrait dé-couvrir en défaisant le patriarcat, et pourquoi sait-on cela? parce que les seuls arguments pour défaire la psychanlayse utilisent son langage, et définissent quand même la femme comme un opposé, en gros on ne règle par le problème et on souhaite juste réformer la société, vous connaissez ma détestation des essentialistes et différentialistes. enfin. straight people il y a aussi des petits moments d'apologie de la monogamie mais bon il ne faut pas non plus en faire tout un plat chaque fois qu'un réformiste ne souhaite pas être radical!! et aller au fond du problème. like bersianik pourquoi défendre la libido homme vs libido femme quand clairement... la libido est humaine... like yall... et l'autre qui est absolument hilarante est la critique de la virilité tout le long jusqu'à ce qu'on dise qu'il faut trouver un équivalent à la virilité chez la femme. LAUGHING OUT LOUD with les beauvoiriens. et si jamais vous doutez de la conception ontologique féministe de ces féministes là, faites juste remarquer avec quel vocabulaire elles décrivent la féminité, on se fait qualifier de nymphéa de corps qui va tellement bien avec celui de l'homme... c'est la misogynie rebrandée, if you are not ready to hear it. bon après, comme je disais, c'est comme s'il y avait un énorme conflit dans la tête de bersianik, parce qu'il y a définitivement plusieurs moments où l'on voit aussi des oscillations avec des opinions comme il faut détruire les sexes, donc franchement plus queer, mais c'est aussi ce qui en fait un ouvrage super intéressant. un livre complètement oublié de tous, marquant dans le féminisme québécois (et francophone d'ailleurs pour tout ce qui est féminisation des mots et surtout l'idée que c'est seulement une solution d'entre deux jusqu'à atteindre le gender neutral), plein de débat en soi, je ne pourrais pas demander mieux! je pourrais en parler encore très longtemps, mais je crois que pour goodreads on a compris l'essentiel (pour ne pas faire de mauvaise blague)
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C’est sûr que pour un fan de Gabrielle Roy comme moi, c’est un ti-peu bordélique et limite incompréhensible par bouts, mais c’est quand même un cinq étoiles quant à la portée historique, la résonance, l’intelligence, la ferveur, le saut dans le vide.
"Une bible féministe". Est-ce qu'il faut vraiment autre chose pour me convaincre de lire ce livre ? Non, évidemment. Et pourtant... J'ai rendu les armes à la fin du premier "volume" - puique le roman est articulé en trois sections.
L'Euguélionne est une femme extraterrestre venue sur Terre pour trouver le mâle de son espèce, et elle en profite pour observer toutes nos coutumes absurdes liées à la condition féminine et au genre : l'avortement, la disparition de l'identité féminine par l'adoption du nom marital, etc. Le tout est raconté sous forme de paraboles qui se suivent sans réel fil conducteur, avec un point de vue flottant qui rend la lecture difficile (qui est "je" ?, comme dit l'autre), et évidemment des préoccupations datant de 1976, date de la publication. On ne peut pas dire que j'aie accroché au style, et je n'ai pas toujours vu la métaphore derrière les saynètes visant à dénoncer tel aspect de notre société.
Je reste persuadée que ce livre est important et fondateur pour le féminisme, mais sa lecture est désormais difficile et n'a rien d'une partie de plaisir.
Dans mon top 10 des meilleurs livres publiés. Un récit entre la science-fiction (une extraterrestre vient sur Terre et découvre un monde patriarcal qui l'insurge), l'essai féministe (critique féministe de la psychanalyse; premier ouvrage à proposer la féminisation des noms de métier, critique du patriarcat, etc.), parodie de la bible (généalogie de l'Euguélionne, structure de l'ouvrage qui rappelle parfois les versets), réactualisation de figure féminine (dont Alice au pays des Merveilles), etc. Un roman qui n'a pas pris une ride et est toujours d'actualité. Un des romans québécois les plus importants.
Pas fini, mais je ne voulais pas trop influencer sa note - c’est un livre passionnant et ambitieux, les références bibliques sont saisissables mais à l’inverse, un certain nombre d’autres m’échappent complètement. J’ai eu beaucoup de mal à suivre, et n’avait pas envie de me forcer à lire les 620 pages restantes, même si je comprends pourquoi ce livre est fondateur pour le féminisme et notamment au Québec.
Très difficile à décrire pour ma part. C'est comme un cri du coeur, un manifeste. J'ai adoré, parce qu'on comprends le contexte des années 70 et toutes les revendications des femmes. Il y avait à mon grand malheur, beaucoup de sujets encore d'actualité !
Certains passages sont incroyables et encore tellement d'actualité. Pour la majorité de l'oeuvre, par contre, on est surtout dans l'essai, avec la trame fictionnelle comme prétexte pour développer l'argumentaire féministe.
Wow, was this book ever a slog to get through. It was definitely the most challenging book language part for me to date, partly because of extended metaphor, but mostly because it criticizes Freudian theory, so of course the language is super technical. The type was also tiny and dense, meaning it took me about an hour to get through 10 pages.
Bersianik admits in the end notes that this book us not a novel, and she's right, it's a collection of related short stories that are all part of a huge feminist manifesto, but the lack of plot made it boring or hard to follow in turns.
The last criticism that I have for this book is not its fault at all. Feminism was at a different place in 1976 than it is now, 40 years later. As such, much of book felt redundant at best, or offensive and incorrect at worst. It spends most of its time trying to convince the reader that misogyny, often in ways that are more binarisitc than would be acceptable in current feminist discourse. That being said, the best moments of the book, the ones designed not to elaborate the problem, but inspire hope and action for a solution, still inspired just the same as they were intended to.
I'll finish by saying that this would be a great intro for someone who just doesn't know anything about feminist theory, and needs a practical introduction. Then again, there are shorter books that could do the same job. It also does a great job discussing the fine line between anger at patriarchy, and hate for men, and how to approach education with compassion. Overall not a bad book, but there were structural issues that made it difficult to get through.
Parfait reflet de son époque, cet ouvrage ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire jusqu’à présent. Au-delà du contenu le genre même du récit est difficile à décrire. En tout cas, une chose est sûre, cette lecture était une EXPÉRIENCE.
Ce n'est définitevement pas pour tout le monde, mais j'adore ce livre. Je l'ai lu au moins trois fois et je me prépare à le relire. Ce n'est pas vraiment un roman, plutôt un manifeste féministe mais je l'ai toujours trouvé joyeux et plein d'idées valables.