Les parcours des trans’ suscitent beaucoup de fascination. Leur présence dans des films, des livres ou des reportages journalistiques est encore souvent teintée de sensationnalisme. Mais qui sont réellement les personnes qui s’affranchissent de la catégorie de sexe qui leur a été assignée ? À quoi ressemblent leurs vies et leurs vies se ressemblent-elles ? À partir d’une enquête inédite auprès de la population trans’, Emmanuel Beaubatie retrace les trajectoires plurielles, complexes, mais malgré tout ordinaires, de celles et ceux qui entreprennent de passer les frontières du genre. Les changements de sexe ne se déroulent pas qu’à l’hôpital et au tribunal ; ils se jouent aussi en famille, en amour, au guichet, au travail et dans d’innombrables interactions sociales. Femmes ou hommes trans’, jeunes ou moins jeunes, précaires ou privilégiés, soutenus par leurs proches ou isolés… toutes ces configurations forgent des parcours de transition résolument variés. Elles déterminent les obstacles auxquels font face les trans’, mais également les stratégies qu’ils adoptent pour les affronter ou, à défaut, les contourner. La transition n’est jamais qu’une question d’identité ; elle s’accompagne aussi de nombreuses dimensions matérielles. Pour cette raison, elle représente avant tout une expérience de mobilité sociale, faisant des trans’ de véritables « transfuges de sexe ». Naviguer en terrain trans’ permet d’explorer la fluidité et la multiplicité du genre, sans ignorer le poids toujours renouvelé de la domination masculine. Cet ouvrage passionnant invite ainsi les lecteurs et lectrices à repenser le genre tel qu’on le connaît – ou plutôt, tel qu’on pense le connaître – aujourd’hui.
deux trucs que j'ai aimés : c’était chouette de montrer la façon dont les institutions empêchent la lutte simultanée pour la dépsychiatrisation ET pour le remboursement des soins et la façon dont ça nuit aux gens. et aussi raconter les résistances au quotidien, les pratiques que les individus trouvent pour s'en sortir face au système médical et social, c’était cool.
maintenant, dans l'ensemble j'ai eu bcp de mal, sentiment prégnant de lire qqch d'écrit en 2010 ou 2014 max sauf que ça a été publié en mai 2021. vocabulaire et conceptions des choses qui manquent de mise à jour/de pertinence, gros malaise de voir les acronymes MtF et FtM scandés tout du long, avec tout ce qu'ils charrient de déshumanisant et de binarisant. on aurait pu espérer qu'avec les nombreuses critiques de ces termes qui circulent depuis longtemps déjà, on aurait pu s'épargner ça, mais non, MtF et FtM tout du long, avec cet éternel rappel à l'avant-transition dont il a pourtant tellement été répété que ben. c'était pas utile voire délétère.
très très mal à l'aise enfin face à certains passages, "les épaules des femmes trans sont toujours un peu larges" (???? et la phrase est pire encore bien sûr car ce n'est pas "femmes trans" qui est écrit mais "MtF" bref) ou un paragraphe entier où il nous est expliqué que les femmes trans quand elles se mettent en colère se mettent en colère comme des hommes parce que leur socialisation primaire resurgit ?????? on passe aussi sur le passage où il est dit comme ça spontanément que les transitions des femmes trans sont "vieillissantes" et qu'une femme trans qui passe une robe "gagne 10 ou 15 ans de plus" ???
J'ai trouvé ce livre intéressant, mais j'ai tiqué plusieurs fois, notamment en ce qui concerne l'intersectionnalité mentionnée à plusieurs reprises. De ce que j'en ai compris, l'intersectionnalité est indissociable de la question raciale. Même si l'auteur s'intéresse à la transidentité, à l'orientation sexuelle et à la classe sociale des enquêté·es**, l'absence de cette question rend l'étude non-intersectionelle. Au mieux c'est une étude qui porte attention aux discriminations croisées. Et sans intersectionnalité, la transidentité est vraiment euro/occident-centrée (c'est un livre et une enquête française, j'abuse peut-être), voire blanche, donc qui évacue de base le sujet de la White supremacy, alors que c'est à cause de ça qu'on est coincé·e avec la binarité homme/femme de base 🤷🏻♀️
Ça me prendrait une deuxième lecture pour être plus claire et sans mettre des mots dans la bouche de l'auteur, but yeah
**J'ai vérifié dans le tableau de fin sur la présentation des enquêté·es cité·es, il n'y a que les noms, âge lors de l'entretien, âge de début de transition, activité pro, profession du père et de la mère, nombre d'enfant(s).
Edit : alors je n'ai pas relu le livre, par contre je suis tombée sur cet article (https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/...) qui explique les bâtons qu'on met dans les roues aux chercheur·es qui s'intéressent aux questions raciales et ethniques 🤡 so, my bad, j'aurai dû commencer par checker ça au lieu de reprocher le manque d'intersectionnalité : c'est pas de la faute de l'auteur si les institutions empêchent / facilitent pas les recherches sur ces questions. Je ne sais pas à quel point l'article est encore d'actualité, mais avec ça en tête et le bénéfice du doute, ce n'est plus un 2.5/5 mais plutôt un 3.75/5 (pour ce que vaut mon avis).
Très déçue par cette analyse qui me semblait prometteuse car abordant enfin la transitude sous un prisme sociologique et matérialiste.
L'impression de lire une enquête de 2010 plus que de 2020, l'échantillon et l'analyse me semblent lacunaires.
Je ne sais pas si c'est simplement la méthode sociologique mais l'écriture est très lourde. J'y ressens aussi des biais en insistant lourdement sur certains points tout en omettant d'autres : si les femmes trans lesbiennes constituent statistiquement la majorité, pourquoi ne pas leur vouer un seul paragraphe de tout le livre alors qu'il contient une grande section sur la sexualité ? Pourquoi écrire catégoriquement que "toutes les femmes trans passent par l'hétérosexualité" ? Le livre a parfois un étrange manque de correspondance entre les analyses faites et les réalités sociales abordées.
C'est une des rares fois où je lis un essai issu d'une thèse et où j'ai cette sensation agréable de synthétisme approprié à un lecteur intéressé par ce sujet, les chapitres sont bien découpés, le glossaire et le propos est clair et concis, on y comprend les idées novatrices, et le propos est intéressant. Une bonne lecture !
Comme son titre l'indique aisément, le livre de Beaubatie a pour but d'analyser la transitude comme un transfuge de classe, en observant les différences des parcours de transition, grâce à une grille d'étude. On constate que les difficultés des parcours FtM ne sont pas les mêmes que MtF, ce qui s'explique entre autre par le fait que la mobilité sociale ne se fait pas dans le même sens; les personnes FtM vivent une "promotion" tandis que les MtF vivent un déclassement, ce pour quoi elles seront "punies" par la société, experimenteront plus le rejet familial etc... Le livre aborde la transition comme un phénomène social et analyse les parcours de transition en fonction du type de transition, de l'age, de la classe sociale, ...
« Le genre ne se résume ni à une identité, ni à un corps, ni à un état civil, ni à des pratiques, ni à un engagement : il est tout cela à la fois et sans doute bien plus encore. »
Bien la plupart du temps mais quelques problèmes par-ci par-là comme l'ont dit d'autres personnes avant moi dans les reviews. Il manque des informations sur les personnes qui peuvent vivre du racisme alors que l'auteur parle très souvent de l'intersectionalité Aussu il n'a pas une seule fois était question de femmes trans lesbiennes alors qu'il est dit que c'est la grande majorité sexuelle pour elles, même plus que l'homosexualité transmasc. Je trouvais aussi bizarre de parler seulement des transmasc qui se disent gay alors qu'ils ne le sont pas et de ne pas parler de "vrais" transmasc gay (bien que cela était intéressant à lire)
Je me demande si j’aurais pas mis 3,5 si c’était possible, l’ouvrage est très bon dans l’ensemble, beaucoup d’informations intéressantes et globalement bien structuré
Mtn au niveau de la forme, je comprends et partage certaines critiques, l’usage de ftm/mtf est en lui même questionnable, mais la manière dont il est placé et utilisé est parfois déroutant, pourquoi dire « le témoignage de cette mtf » après avoir reporté les paroles d’une femme trans, introduite en amont par son prénom ? C’est du détail, mais c’est assez curieux
Au niveau de l’intersectionnalité je partage aussi un commentaire que j’ai vu ici, ça en manque, mais à quel point est-ce critiquable au vu des barrières posées au niveau des études raciales ?
La conclusion finale de l’ouvrage est aussi un peu déroutante, mais il se peut que ce ne soit que moi
J’étais contente de lire un ouvrage de trans studies français au début mais j’ai terminé déçue. L’absence de la question de race sociale pose trop problème… Autant clarifier au départ d’où se situe l’auteur, que ça analysera dans un prisme très blanc et, adapter le discours en fonction de ça. Une série de passages m’ont beaucoup dérangé…
Un parfait complément de deux de mes lectures récentes (Matérialisme trans et La fin des monstres). C'est vraiment salutaire qu'un tel travail existe avec une approche sociologique exigeante des parcours trans, de leur diversité et de leurs grandes tendances. C'est un outil pour construire ensuite des lectures politiques et des approches plus émancipatrices.
En bref c'est une synthèse de la thèse de Beaubatie qui est basée sur une enquête qualitative et quantitative sur les parcours des personnes trans. Le livre est articulé autour du constat que la transidentité est une mobilité sociale d'une classe à une autre, et donc que les parcours des hommes trans constituent une ascension sociale quand ceux des femmes trans sont plutôt un déclassement. J'ai trouvé le chapitre sur les évolutions d'orientation sexuelle et le rôle que joue l'hétérosexualité comme outil pour les femmes trans pour se légitimer en tant que femme vraiment intéressant. Le dernier chapitre qui dessine plusieurs grandes "tendances" dans les parcours et approches de la transition est vraiment éclairant aussi pour mieux comprendre d'où viennent les débats internes actuels.
Bref, c'est vraiment un excellent bouquin qui se complète très bien avec La fin des monstre qui en est un peu la version narrative et avec Matérialisme trans qui en est une prolongation plus politique (et dans lequel on trouve d'ailleurs un article de Beaubatie).
Ce livre est une thèse de l'idée que la transition est un transfuge de sexe. Le gros du livre est donc une comparaison entre le vécu trans et différents transfuges, et suit la méthode sociologique pour le démontrer.
Cette épistémologie est assez contradictoire avec l'intersectionnalité, puisqu'elle présume que les diverses oppressions ont des effets comparables, que l'on peut notamment isoler. Il n'est donc pas étonnant de ne voir qu'une maigre place accordée aux personnes racisées, sauf dans les comparaisons, justement.
Un autre problème épistémologique est que la violence patriarcale est présumée masculine et originant de la masculinité. Sa reproduction par les femmes n'est pas explorée. Ce postulat est d'autant plus dangereux à l'époque du TERFisme.
Je ne vais pas ici répéter toutes les pépites transmisogynes du livre. C'est dommage que cela, avec un langage très démodé (et assez objectifiant), soit passé dans un livre de 2024 qui se veut soutien aux personnes trans.
En bref, c'est un livre qui est intéressant pour comprendre le vécu trans et mettre des mots dessus. Il m' a notamment permis de mieux comprendre pas mal de choses que j'ai vécues. Mais il a beaucoup de lacunes et de contradictions internes qui en font une lecture que je ne recommande pas forcément. Toutefois, si vous souhaitiez comme moi creuser Matérialismes Trans, ça fait ce qu'on lui demande.
Livre intéressant et assez clair (sauf le dernier chapitre où la non binarité est abordée et que j'ai trouvé moins digeste, ça ressemblait trop à un article de revue spécialisée en sciences sociales). Ne connaissant pas grand chose au sujet, j'ai trouvé très intéressante la 1ere partie où sont évoqués les parcours médical, psychologique et juridique imposés pour transitionner, et où l'auteur souligne bien les aberrations engendrant de la discrimination. La lecture est plutôt accessible pour une thèse de sociologie (sauf le dernier chapitre cf. plus haut) mais nécessite quand même d'avoir un minimum de connaissance sur les thématiques lgbt et féministes pour ne pas être largué.
J’ai beaucoup aimé. Je ne lis que très peu de livres qui reposent sur des études sociologiques alors la lecture a été assez particulière, mais en tant que première expérience j’ai trouvé que le propos est abordable et très intéressant. Je trouve que ce livre donne beaucoup d’éléments de réflexion sur la condition, le parcours et l’expérience trans (en France en tout cas) et permet d’avoir une vision beaucoup plus complète, précise et vraie des personnes concernées.
Lecture particulièrement intéressante, voire nécessaire dans le climat actuel, où les personnes trans sont constamment forcée au cœur des débats où planent désinformation et stigmatisation.
C'est intéressant, mais vraiment très simpliste en terme de méthodologie. Tout ça pour une typologie entre 3 rapport a la transition. Le rapport a Bourdieu est très mince, il n'y a pas de déplacement dans cet espace social. ça fait un peu décoratif. Y'a des belles comparaisons avec la socio des migrations. Et des fait précis intéressant. Pire conclusions, "les choses ne peuvent pas changer" et l'abolition du genre serait une idée néolibérale. Ne pas oublier que les espaces militant "queer et non binaire" développent depuis longtemps des théories anticapitalistes qui tiennent la route.
En commençant ce livre je m'attendais à lire des propos sociologiques et ouverts sur la transidentité et je suis très déçu de lire dans un livre récent des termes tels que "transformation" pour parler de transition ou encore "MtF/FtM" au lieu de simplement femmes ou hommes trans. Il me semble que l'auteur n'a pris aucun soin à prendre en compte la façon dont les personnes trans parlent d'elles mêmes et de leur vécus.
2.5/5⭐️ il y a des points intéressants dans ce livre, mais concernant la non binarité c'est juste hyper eurocentré et ce n'etait pas indiqué donc déception et un peu stigmatisant j'ai l'impression (les personnes non binaires = afab, très diplômées et jeunes pour beaubatie, il dit que c'est la majorité mais on ne connait pas vraiment son echantillon jsp c'etait bizarrement amené )??? ces passages m'ont assez bloqué dans ma lecture finalement
Lecture captivante qui m’a fait découvrir l’histoire de la prise en charge des personnes trans par la médecine (chapitre 1) mais le plus intéressant reste l’approche matérialiste du sexe.
Un livre qui peut être une bonne introduction aux thématiques trans pour les personnes qui souhaitent s'informer, et qui donne de bonnes informations sur les parcours personnels des personnes interviewées, mais qui a tendance à faire beaucoup (parfois BEAUCOUP) de généralités (particulièrement sur les hommes trans à mon impression), ce qui peut donner une vision biaisée des réalités trans. Aussi l'impression que l'auteur se focalise fortement sur les parcours et expériences des femmes trans et laisse les hommes trans et ceux en dehors de la binarité un peu à l'écart; peut être à cause d'une inégalité dans le panel de participants (9 hommes trans contre 13 femmes trans, et aucun définit comme non-binaire ou autre) Certaines informations peuvent paraître "bancales" dans le sens où, l'auteur considérant les femmes trans comme des femmes et les hommes trans comme des hommes, il semble parfois oublier que ce n'est pas la vision partagée par la majorité, et les expériences et perceptions des personnes trans au sein de la société sont fortement influencées par cette réassignation constante au sexe de naissance par la société (non, les hommes trans ne sont pas "mieux accueillis" dans le milieu médical car perçus par ce dernier comme des hommes dont le corps n'a pas besoin d'être changé-)
En résumé : une lecture dont j'attendais pas mal de choses et qui m'a finalement plutôt déçu mais qui reste une bonne entrée en matière dans les questions trans
Un livre de socio abordable et qui brosse un certain portrait de la transidentité d'aujourd'hui. C'est intéressant avec des témoignages et des chiffres, sans non plus tombé dans la froideur scientifique. On sent malgré tout que ce n'est qu'une introduction et qu'on est loin de la thèse qu'a effectué l'auteur.
Un livre intéressant sur la nature co-constitutive du genre et de la sexualité - avec le changement de sexe, les orientations et les desirs se transforment