L’auteur analyse la notion de métropolisation devenue boussole politique de la majorité des élus locaux. Impliquant l’expansion urbaine incessante et l’accélération des flux et des rythmes de vie, elle transforme les villes en firmes entrepreneuriales et génère exclusion économique, ségrégation spatiale et souffrance sociale, tout en alimentant la crise environnementale. Pivots de l’organisation territoriale moderne, les métropoles dictent aujourd’hui leurs lois, au détriment d’alternatives plus respectueuses des biens communs. Ce livre dépasse la simple analyse critique et donne à voir de multiples initiatives ordinaires qui s’opposent à l’extension sans fin du capitalisme dans nos vies. De la relocalisation de la production maraîchère à l’occupation de zones menacées par les grands chantiers d’infrastructures, l’auteur brosse le portrait d’une contre-société décroissante, joyeuse et inclusive, qui se développe parfois en plein cœur des métropoles, souvent dans ses marges.
Pour tout connaître des stratégies métropolitaines : rebond croissantiste industriel, fétichisation de la marchandise, renouvellement de la société du spectacle, muséification des lieux iconiques, biopolitique, gentrification. Pour tout savoir aussi du technolecte de leurs bureaux d'études et autres consultants ; pour trouver les moyens et lieux de lutte, pour lutter contre la barbarie des métropoles, ce manifeste est à lire. Guillaume Faburel s'assume décroissant : selon lui la métropolisation est le dernier avatar du capitalisme néo-libéral appliqué à la ville dans une tentative de rebond croissantiste ; livrée aux urbanistes et techniciens des bureaux d'études, captatrice de ressources et consommatrice de labels "éco-quartiers", abusant de technolecte, "coulées vertes", "smart grid", "start up"... ; les métropoles sont désireuses de capter une élite connectée et mobile, "une élite internationale à qui on propose le triptyque économie (dématérialisée), culture (du divertissement) et urbanisme (de bons comportements)", à tel point que l'uniformisation fait que nous sommes partout à peu près nulle part. Mais devant la violence des transformations incessantes du paysage, la gentrification des quartiers populaires rejetant ses premiers habitants aux périphéries de plus en plus lointaines, l'arrogance de ses promoteurs peu désireux de s'encombrer de démocratie et de concertations avec les habitants, la résistance s'organise dans des tiers lieux, des friches, dans la défense d'un étang, d'une mare, ou de champs promis au béton comme à Notre Dame des Landes, des collectifs de résistants voient le jour. Des ZAD (zones d'aménagement concerté devenues zones à défendre contre la prédation du béton) s'organisent contre les GPII (grands projets inutiles imposés). Depuis la publication de l'ouvrage en 2018, des luttes populaires ont été victorieuses : renoncement à l'aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes, abandon de la folle "nécropole" Europa City dans le triangle de Gonesse sur les dernières terres fertiles de la région parisienne, et retrait du projet Center Park à Roybon dans la forêt de Chambaran. Le projet de barrage de Sivens a contrario, a vu le jour, après une issue dans la tragédie. Bourré de références, de lieux et de méthodes de luttes, le livre démontre que la démocratie s'exerce bel et bien en ces tiers lieux, que ces combats, renvoyés par des élites politiques de plus en plus inaudibles à la lampe à huile, soi-disant portés par des nostalgiques cul terreux refusant la modernité et le sacro-saint progrès, se mettent en travers de leurs projets. L'exode des campagnes est terminé, les gens votent avec leurs pieds et quittent les métropoles constate Faburel, les campagnes revivent et leur population augmente. Habiter, et ménager plutôt qu'aménager l'espace et la terre, la vie redevient possible loin des métropoles barbares. Réjouissant.