Au fond d'elles-mêmes, elles le savaient déjà. Depuis le début. Elles s'étaient juste efforcées de l'oublier, pendant toutes ces années. Pourtant la solution se tapissait là, patiente, attendant son heure dans le plus sombre recoin de leur mémoire. L'unique et dernier espoir du Demi-Loup. Mais aussi le plus fondamental, le plus douloureux, de tous leurs devoirs de Suivantes. Nersès et Lufthilde ne peuvent plus feindre de l'ignorer. L'heure est venue de l'ultime sacrifice. Une question, toutefois, demeure en suspens : à quoi bon ?
Cet Empire qui se dresse, immense, tout puissant, face au Demi-Loup moribond, faut-il le craindre ou l'espérer ?
Le Demi-loup est moribond. Entre l’épidémie qui ravage ses campagnes, la rivalité entre ses deux grosses provinces qui dégénère malgré tout les efforts des deux suivantes et l’Empire voisin qui lorgne sur leurs frontières en accumulant ses soldats, il n’y a guère d’échappatoire à la tragédie qui s’annonce.
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce dernier tome a été sa forme. Je ne veux pas entrer trop dans les détails, mais disons que ce dernier tome est une compilation des événements après coup. Elle prend d’ailleurs différentes formes et pas que la celle du journal qu’on connaissait des tomes précédents. Il y a des interviews, des rapports de procès, des lettres …
Du coup on n’a pas tout les événements d’un seul coup. En fait au début on a la partie « habituelle » qui nous raconte la fin du Demi-loup, mais ça n’est pas fini et chaque parties ensuite rajoute des détails qui nous permettent petit à petit de reconstituer chaque rouage de ce qu’il s’est vraiment passé par derrière pour en arriver a une situation si chaotique. Et du coup ça donne vraiment une couche en plus sur l’ensemble à mon avis. C’est moins linéaire et on voit vraiment tout les cotés de l’affaire, pas que ceux des suivantes. L’autrice laisse aussi quelques points dans le vague, laissant au lecteur le soin de se faire sa propre opinion, comme des portes ouvertes en gros.
Sur l’ensemble de la série je trouve que c’est l’ambiance générale qui est vraiment réussie. On est parti d’un royaume en paix ou la vie est simple et belle et petit à petit un élément en entraînant un autre, la situation a dégénéré. Et pourtant aucun des personnages impliqué n’est mauvais en soit. Chacun voulait le bien pour tout le monde et tous sont persuadés d’être dans le bon chemin. Et c’est ça qui rend cette série si intéressante, c’est qu’on ne peux pas vraiment prendre de parti (même si on a des préférences) vu que toutes leurs décisions sont logiques et semblent justes sur le moment. Au final le problème est que chacun est persuadé d’être ou d’avoir la seule et unique bonne réponse aux différentes problématiques qui se posent.
Les personnages sont nuancés et vraiment distincts. Tous sont attachants à leur façon, malgré leurs défauts et les épreuves qu’ils traversent et les changent.
Franchement je trouve que ce tome est le plus réussi avec le second. J’ai été prise dedans et j’ai même relu certains passages au fur et à mesure juste pour le plaisir. C’est vraiment la cerise sur la gâteau sur cette série je trouve, une excellente conclusion.
Et je dis ça sachant qu’en général j’ai du mal avec les fins de séries. Rares sont celles qui m’ont vraiment touché hormis parce que je suis triste de savoir que je ne vais plus suivre les personnages ensuite. Celle ci arrive vraiment à se démarquer et est vraiment réussie !
4,25/5 Ainsi se conclut cette genialissime saga de fantasy qui fait la part belle aux femmes (on peut même sans doute parler de fantasy féministe) ! Des personnages qu'on aime puis qu'on déteste (pour les aimer à nouveau ensuite), des luttes de clans et de pouvoir, des complots politiques, des amours contrariés, des rivalités... Quel beau et riche voyage au royaume du Demi-Loup !
La voilà ! La fin tant attendue des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier est enfin disponible même après un petit contre-temps covidien. Clémente nous soit la pluie arrive pour conclure cette saga avec une couverture ou Melchior Ascaride joue à Fruit Ninja avec un château. Alors, cette pluie, clémente ou pas ?
On retrouve le royaume du Demi-loup en piteux état, la preste-mort continue de tuer, Malvane et Calvina gèrent leurs bouts de royaumes respectifs avec un sens de la diplomatie très contestable. Les deux suivantes Nersès et Lufthilde essayent de colmater les brèches un peu comme elles peuvent mais le drame frappe encore et encore. Elles essayent de calmer le jeu malgré les caractères des princesses, Aldemor qui déplace ses pions dans l’ombre et l’empire qui vient toquer à la porte du royaume avec sa grosse armée. C’est pas gagné, quoi. Peut-être qu’une solution plus expéditive remettra de l’ordre dans le royaume, ou alors tout partira complètement en vrille.
Encore une fois, j’ai attaqué un tome du Demi-Loup avec seulement quelques petits souvenirs flous du tome précédent, mais Chloé Chevalier arrive à nous remettre dans le bain et nous rappeler les quelques points importants en quelques chapitres. Et très vite on se replonge dans cette fresque qui parcourt tout un royaume mais arrive à rester très intime, à mettre dans la balance la vie de milliers de gens sur la base de quelques rancœurs et incompréhensions entre une poignée de personnages importants. Le lecteur a vu grandir Cathelle, Lufthilde, Calvina, Nersès, Aldemor, Malvane et ensuite Crassu pour comprendre toute la tragédie dans laquelle le royaume va sombrer petit à petit. Et la clé de tout ça reste la solidité de ces protagonistes, leurs personnalités extrêmement bien définies et nuancées.
Le lecteur comprend les motivations de chacun et au fond il n’y a pas vraiment de méchant, il n’y a que le passé, le ressentiment, les circonstances qui opposent, les différents points de vues, et les traits de caractères qui vont tout précipiter. Le côté bourrin caractériel de Malvane va faire des dégâts, la superficialité naïve de Calvina aura aussi des conséquences, mais on comprend ces héroïnes et on s’y attache malgré tout. Du coup tous les évènements dramatiques apparaissent vraiment comme une énorme tragédie inéluctable, dont la faute revient à la fois à tout le monde, et à personne en particulier. C’est cet équilibre et cette subtilité dans la progression de l’histoire qui rend l’ensemble absolument brillant.
Cet aspect tragique va garder le lecteur accroché au roman jusqu’à la fin, on voit les évènements se dérouler, on voit ce qui se passe de chaque côté et on reste horrifié parce qu’on sait bien que ça va dans le mur. Mais on s’enfonce dans le drame, catastrophe après catastrophe, en se demandant jusqu’où ça va aller, d’où viendra le salut. On voit aussi que chacun veut faire au mieux dans les limites de ses compétences, de son caractère, et de son point de vue sur la situation. Même la vision d’Aldemor et Cathelle est tout à fait défendable. Ce jeu de perspective est aussi mis en évidence par la narration qui évolue mais reste sur le modèle de journaux qui ont été rassemblés à postériori, et on a même des passages qui concernent justement l’écriture de ces mémoires croisées qui amène une couche de mélancolie sur les drames passés.
Il y a quelques petits défauts, je pense à une scène de bataille finale un poil confuse (mais c’est censé être confus pour les personnages aussi), mais rien d’assez important pour éclipser l’excellence de cette série, et de cette conclusion brillante et déchirante. Mais je vois que ce roman, plusieurs mois après sa sortie numérique et un mois après sa sortie physique, n’a toujours que très peu d’avis sur les internets. C’est une honte, c’est une injustice, c’est un drame national. Tu attends quoi pour lire les récits du Demi-loup, lecteur ? T’as rien de mieux à lire cet été, non, rien, chut, tais-toi, achète et lis. Tout de suite.
3,5. Dernier volume de cette étrange série, bien écrite, tortueuse, étouffante. J'ai trouvé ce tome légèrement en dessous du troisième (lu l'année dernière), avec des situations d'incompréhension qui tournent mal un peu trop grosses pour que j'y crois totalement. Malgré tout, j'ai pris du plaisir à la lecture et cette série aborde vraiment les gestions de royaume sous un angle original et intime qui me plaît. La forme (le récit est raconté via les mémoires de ses personnages ou leurs lettres) peut parfois alourdir le récit (ici, le dernier tiers du livre qui alterne mémoire, entretien et compte rendu de procès pour préserver le suspens n'en fait pas exception).
Merci à l'autrice pour son travail, j'espère qu'elle en inspirera d'autres.
+ même avis que Florianne Soulaz sur Aldemor et Cathelle.
Conclusion quasi-parfaite. Le chemin parcourut entre Véridienne - le tome 1 - et celui-ci paraît à la fois abyssal et logique, car finalement, il ne s'est toujours s'agit que des cinq filles.
Cette saga, c'est ce qu'il s'est fait de mieux en fantasy française ces dernières années. À la fois politique et intimiste, les Récits du Demi-Loup se dévorent et ce dernier tome ne déroge pas à la règle.
Mon livre préféré de 2020. Ce 4ème et dernier tome de la saga est à la hauteur des trois autres avec cette montée crescendo dans le tragique. Aucun personnage n’est manichéen et tellement complexe. C’est de la belle fantaisie qui m’aura arraché quelques larmes. Ce livre mérite d’être plus connu.