Je me réjouissais de lire ce livre. Et le bilan est à la déception : livre très très riche, avec beaucoup de temps passé sur l’histoire du Design.
Il nous rappelle que le Design est tout de même une invention européenne, et cela justifie en soi l’achat du livre. Evidemment, on passe du temps sur Dessein et Dessin - les deux constituants originels. Et cela remet les pendules à l’heure pour ceux qui croyaient que le Design était une invention exclusivement US.
Je n’ai pas du tout réussi à comprendre la structure du livre, le fil conducteur, les enseignements que l’auteur souhaite nous livrer.
Le livre me parait souvent confus (absence de structure claire?), foisonnant d’une grande érudition (réelle ou feinte?) qui veut faire figure d’autorité.
JL Fréchin ne rate pas une occasion de montrer qu’il ne comprend pas le Design Thinking (« une approche à base de post-its ») : certainement cela est-il dû à de mauvaises rencontres et expériences avec des agences débitants (débilitantes?) le Design Thinking à coups d’ateliers. Cela ne correspond pas du tout à notre pratique depuis près de 10 ans. Il semble très énervé par moment contre tout un tas de pratiques et communautés: Design Thinking, l’UX, la notion d’Expérience, …
On a aussi le droit à l’association Design et Innovation radicale (disruptive?) : ce qui ressort c’est qu’un Designer sait produire des transformations radicales (comprendre, qu’il est le seul à pouvoir atteindre des innovations radicales). Mais aussi que ce serait sa vocation unique.
On trouve quelques belles fulgurances comme « L’approche [d’un designer, du design] n’est pas celle d’un super héros omniscient, mais plutôt celle d’un fabricant de questions, quelqu’un capable de dessiner le cadre et les synthèses créatives de la complexité, un interprète qui lit ou improvise, tel le musicien de jazz. Mais il est surtout, quelqu’un capable de créer du lien entre les faits, les choses et les gens. » Waou. Cela apparait dans les toutes dernières pages et j'ai adoré. Il y en a 2-3 autres comme celles là.
Enfin, le livre n’a rien à voir avec le Digital, mais ce n’était pas vraiment une promesse malgré un titre qu’une lecture trop rapide aurait pu laisser entendre.
Pour conclure, le livre a, me semble-t-il, été écrit trop vite, avec une ambition (un dessein?) mal définie et probablement sans réelle relecture critique ni empathie pour les lecteurs. Une sorte de défouloir jubilatoire pour l’auteur, truffée de références et citations inutiles, voire pédantes, mais avec 2-3 très belles saillies.