Mixed feelings à propos de cette lecture. Le coeur du livre, une épistémologie de l'ornithologie, est dense et relativement érudit. Souvent lourd. Du moins pas tout à fait en adéquation avec ce que je m'attendais.
En revanche, l'ouvrage est parsemé de réflexions conceptuelles très évocatrices qui me reviennent régulièrement en tête, et qui je crois vont vivre en moi longtemps. Notamment:
1. Important : ce qui importe.
<< Isabelle Stengers propose de redonner au "sapere aude" kantien, "ose connaitre", son sens originel' celui d'un poète, le poète romain Horace: "Ose goûter." Apprendre à connaître, c'est apprendre à discriminer, apprendre à reconnaître ce qui importe, apprendre comment des différences comptent et l'apprendre dans les risques et les effets de la rencontre, c'est-à-dire en se connectant avec la multiplicité inhérente de ce qui importe pour ces êtres-ci, qu'on voudrait connaître et ce qu'ils font importer. >> (p.34)
2. Mode d'attention: une posture politique envers le vivant.
<< Rendre désirables d'autres modes d'attention. Prêter attention à ces modes d'attention. Non pas devenir plus sensibles, mais apprendre à devenir capable d'accorder de l'attention. Accorder prend ici en charge le double sens de "donner son attention à" et de reconnaître la manière dont d'autres êtres sont porteurs d'attentions. C'est une autre façon de déclarer des importances. >> (p.15)
3. Puissances d'affecter: les gestes en tant que modalités expressives.
<< le territoire, chez les oiseaux, avec ces couleurs, ces chants, ces postures, ces danses ritualisées, est traversé d'intentions spectaculaires. [...] Les modes d'apparaître seraient, selon chacune de ces versions, pris dans de nouveaux agencements de puissances, rendus capables d'opérer d'autres magies, de produire d'autres affects - captiver, attirer, séduire, créer le désir, impressionner, effrayer, mettre à distance. >> (p.66-68)