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On ne saura jamais si le coup de couteau de Ravaillac fut le geste d'un esprit déséquilibré ou l'oeuvre d'une machination occulte dont il n'aura été que le bras armé. Roland Mousnier ne se contente pas de restituer le portrait moral de cet étrange meurtrier, sa foi ardente, sa piété, sa fragilité, ses hallucinations morbides. Pour éclairer le sens et la portée de cet événement inouï, il interroge aussi les passions politiques et religieuses qui travaillaient à l'époque tous les "Ravaillac de coeur" dont le moine régicide se serait fait sans le savoir l'instrument involontaire. Balayant l'image du "bon roi Henri" aimé de ses sujets, ce livre décrit les tensions, les frustrations, les ressentiments suscités par la personne et la politique du monarque : sa légitimité contestée, l'incertitude sur la sincérité de sa conversion, les doutes sur sa volonté d'éradiquer la "souillure" hérétique ; ou encore la pression fiscale qui lésait beaucoup de monde, l'empiètement royal sur les prérogatives de la noblesse, l'exercice de plus en plus absolu du pouvoir... Autant de traits qui faisaient passer le roi pour un tyran et rendaient légitime, aux yeux de certains, l'impératif de le mettre à mort. Ces pulsions régicides conduisent l'auteur à proposer une analyse lumineuse, et jamais dépassée, des théories du tyrannicide depuis l'Antiquité. La mort du roi n'a pas ressuscité la monarchie dont Ravaillac avait rêvé ; elle contribua au contraire, écrit Arlette Jouanna dans sa préface, à émanciper l'État de l'emprise des passions religieuses, à renforcer le pouvoir absolu et à sacraliser comme jamais auparavant la figure du prince.

432 pages, Mass Market Paperback

First published January 1, 1964

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Roland Mousnier

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April 30, 2024
Livre intéressant dans lequel Roland Mousnier propose de se plonger dans le contexte de l'assassinat d'Henri IV pour démontrer qu'il y avait dans la France de l'époque nombre de « Ravaillac en puissance » et que son geste s'inscrit dans un cadre théologique et politique où les justifications du régicide ne manquaient pas.

Après avoir décrit l'action de Ravaillac, son interrogatoire et son exécution, Mousnier articule son argument autour d'un syllogisme avec pour projet d'analyser la majeure et la mineure, qui si elles sont toutes deux vraies entraînent nécessairement la véracité de la conclusion :
1. Il est permis de tuer le tyran.
2. Henri IV est un tyran.
3. Il est permis de tuer Henri IV.

Dans son analyse de la majeure, Mousnier passe en revue les idées des théologiens des époques antique, médiévale et moderne, tant catholiques que protestants, sur le tyrannicide. L'opinion qui se dégage généralement est qu'il est permis de tuer le tyran d'usurpation (celui qui occupe illégalement le siège du pouvoir), non le tyran d'exercice (celui qui, alors qu'il détient légalement le pouvoir, en fait un usage tyrannique). Quelques théologiens jésuites, dans l'Empire espagnol, allaient jusqu'à justifier le fait de tuer le tyran d'exercice, position très minoritaire mais qui valut à leur Compagnie une bien mauvaise réputation.

S'agissant de la mineure, l'auteur se penche sur les arguments avancés à l'époque pour soutenir qu'Henri IV était un tyran d'usurpation, ce principalement en raison de la prétendue fausseté de sa conversion au catholicisme : après cette abjuration bien opportune, il continuait vraisemblablement de favoriser les protestants dans l'administration royale, leur accorda de larges libertés par l'édit de Nantes, manquait de faire appliquer les canons du concile de Trente dans le royaume, s'alliait avec les puissances protestantes contre le pape et les Espagnols, etc. Mousnier avance aussi des arguments qui auraient permis de soutenir qu'Henri IV était un tyran d'exercice ; cette dernière partie paraît cependant bien plus spéculative dans son lien à la justification du tyrannicide.

Mousnier analyse ensuite le rôle des jésuites dans la diffusion des idées sur le tyrannicide en se penchant sur cinq tentatives d'assassinat, dont deux réussies (Jacques Clément, Pierre Barrière, Jean Chastel, l'affaire Ridicauwe, Ravaillac). Il en ressort que si on a beaucoup prêté aux jésuites l'idée qu'il était permis de commettre un régicide, ils ne paraissent pas en la matière s'être distingués particulièrement d'autres ordres religieux de l'époque ; et que si ce reproche leur a davantage collé à la peau qu'à d'autres, c'est sans doute en raison de leur vœu particulier d'obéissance au pape qui les a fait paraître comme des soldats de celui-ci à une époque où les souverains pontifes n'hésitaient pas à déclarer que tel ou tel monarque était dépossédé de son trône, réputation peut-être consolidée par la non-dénonciation de la conspiration des Poudres dont fut accusé le jésuite Henry Garnet en Angleterre.

La partie finale du livre cherche à montrer que si le coup de couteau fatal de Ravaillac était censé provoquer un réalignement de la politique royale sur les volontés ligueuses avec peut-être à la clé une reconnaissance de la suprématie pontificale, une alliance espagnole et un anéantissement du protestantisme, ce fut à tel point un échec qu'au contraire, l'effroi provoqué par cet assassinat tendit plutôt, sur fond de la création de la légende du « bon roi Henri », à faire le lit de l'absolutisme (et du gallicanisme).

Les appendices contiennent diverses pièces intéressantes. Les remontrances du Parlement de Paris à Henri IV sur le rétablissement des jésuites et la réponse du roi font par exemple voir comme le monarque pouvait user à l'encontre du Parlement d'une sévérité de langage que l'on ne s'imagine pas forcément a priori.

Ce livre est une contribution enrichissante à l'histoire des idées et des mentalités, même si l'on a le sentiment que le geste de Ravaillac sert de prétexte à Mousnier pour parler de son sujet davantage qu'il n'est l'objet d'une démonstration causale ; car ce qui ressort tout de même des rapports de l'interrogatoire, c'est que s'il y a chez l'assassin une justification politico-théologique confuse, il semble aussi y avoir un problème psychologique non négligeable, de telle sorte qu'il paraît difficile de prétendre qu'il aurait agi comme tout logiquement en fonction d'un tel syllogisme après lecture d'un manuel de théologie morale. Cela dit, Mousnier en fait assez, et c'est sûrement le principal, pour montrer que la justification du tyrannicide faisait partie du tissu théologique de l'époque et, partant, du tissu social à partir du moment où elle influait sur les discours en chaire et les échanges dans les confessionnaux.

La partie la plus faible du livre est sans doute celle qui tend à expliquer en quoi Henri IV aurait pu être considéré comme étant un tyran d'exercice du fait des griefs fiscaux et sociaux, à la fois parce qu'il est difficile de bien cerner ces questions économiques historiques si l'on n'a pas déjà de bonnes notions en la matière et parce que le lien avec la justification du tyrannicide paraît au final très distendu, dans la mesure où tuer un tyran d'exercice était condamné par la grande majorité des théologiens et où ces griefs ne paraissent de toute façon pas avoir été évoqués à l'époque pour justifier le régicide.
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