D’où vient ce sentiment diffus, de plus en plus oppressant et de mieux en mieux partagé, d’un retard généralisé, lui-même renforcé par l’injonction permanente à s’adapter au rythme des mutations d’un monde complexe? Comment expliquer cette colonisation progressive du champ économique, social et politique par le lexique biologique de l’évolution? La généalogie de cet impératif nous conduit dans les années 1930 aux sources d’une pensée politique, puissante et structurée, qui propose un récit très articulé sur le retard de l’espèce humaine par rapport à son environnement et sur son avenir. Elle a reçu le nom de «néolibéralisme» : néo car, contrairement à l’ancien qui comptait sur la libre régulation du marché pour stabiliser l’ordre des choses, le nouveau en appelle aux artifices de l’État (droit, éducation, protection sociale) afin de transformer l’espèce humaine et construire ainsi artificiellement le marché : une biopolitique en quelque sorte. Il ne fait aucun doute pour Walter Lippmann, théoricien américain de ce nouveau libéralisme, que les masses sont rivées à la stabilité de l’état social (la stase, en termes biologiques), face aux flux qui les bousculent. Seul un gouvernement d’experts peut tracer la voie de l’évolution des sociétés engoncées dans le conservatisme des statuts. Lippmann se heurte alors à John Dewey, grande figure du pragmatisme américain, qui, à partir d’un même constat, appelle à mobiliser l’intelligence collective des publics, à multiplier les initiatives démocratiques, à inventer par le bas l’avenir collectif. Un débat sur une autre interprétation possible du sens de la vie et de ses évolutions au cœur duquel nous sommes plus que jamais.
Bárbara Stiegler dice que en este libro emprende una nueva genealogía (nietzscheano-foucaultiana) del neoliberalismo. No estoy tan convencido. Lo que sin duda hace es abrir una investigación sobre una tradición poco estudiada que impulsó a esta corriente política: sus contactos con la teoría darwiniana y la lectura que hizo de ellos Walter Lippmann, así como el debate sostenido por este y John Dewey.
"Hay que adaptarse" es una excelente síntesis de esta teoría y este debate. Lo presenta en forma profunda, analizando las consecuencias filosóficas, científicas y políticas de sus distintas postulaciones. El aporte que hace, en este sentido, a un entendimiento más claro del neoliberalismo.
Al mismo tiempo, es un estudio preliminar. Stiegler anuncia en las últimas páginas precisamente aquello que falta: una investigación que se ocupe de ver el modo en que esta teoría incidió sobre el neoliberalismo realmente existente... si lo hizo. No se puede negar que la especificidad del libro, que se enfoca en básicamente un autor y un debate, es un factor positivo, que lo destaca de trabajos comparables (pienso en Connolly o Morton) que pecan de demasiado abarcativos. Sin embargo, siento que habría sido posible incorporar alguna noción más precisa sobre esta articulación política de la teoría de Lippmann.
Généalogie du sentiment de retard que nous éprouvons. Barbara Stiegler nous plonge dans une étude des thèses de Walter Lippman et John Dewey pour penser le néolibéralisme à travers le lexique biologique de l'évolution.
La lecture parait donc plutôt ardue, notamment par le lexique biologique et les références précises concernant le néolibéralisme et les thèses des deux auteurs.
Excellent essay by my former professor from the University of Bordeaux, that describes the ideological origins of neoliberalism and the political consequences of its generalization.