En apparence, c’est une ville. Elle sert de décor aux spectacles de Jamel Debbouze et aux raps de la Fouine, Benoît Hamon croyait en faire son laboratoire présidentiel. De Los Angeles ou de Dubaï, Omar Sy et Nicolas Anelka ne la quittent pas des yeux. Elle détient le record européen de départs en Syrie. Grands reporters au Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin ont choisi Trappes, ce petit bout de banlieue française, pour raconter le monde d’aujourd’hui. Elles en tirent une enquête sidérante, haletante comme une série contemporaine, où les personnages ont une sacrée dégaine, une tchatche d’enfer et trompent la mort en jouant avec le réel
La communauté est une enquête journalistique très poussée sur la ville de Trappes, banlieue populaire des Yvelines transformée ces dernières décennies par l'immigration des travailleurs africains pendant les trente glorieuses. A travers l'histoire de personnages célèbres (Jamel Debbouze, Omar Sy, Nicolas Anelka) et moins célèbres (l'éducateur Papy, le flic Yoann, la proviseure du lycée), on découvre les évolutions de Trappes, laboratoire du PCF à ses débuts, point de focalisation des services antiterroristes plus récemment.
Le récit est rendu très vivant à la fois par le style accrocheur (certains diraient racoleur) des deux auteures, et aussi par la structure du livre, kaléidoscopique, où chaque chapitre évoque un thème ou un personnage clé de la ville. En lisant ce livre, il convient de ne pas se méprendre: il ne s'agit pas là d'un travail de sociologue pour lequel on s'attend à une certaine rigueur académique. Il ne s'agit pas non plus d'un essai d'idéologues où l'objectif serait de défendre le multiculturalisme ou au contraire les politiques d'assimilation. La communauté est avant tout un excellent travail journalistique d'où on sort en ayant le sentiment d'en savoir un peu plus sur les transformations de la société française, plus précisément francilienne, suite à l'immigration des trente glorieuses.
La communauté réussit la prouesse d'être une enquête journalistique extrêmement bien fouillée et documentée mais de se lire comme on avale la dernière saison d'une série Netflix.
Même si comme moi, vous vous dites "ça m'est un peu égal, Trappes, et je ne suis même pas fan de Jamel", vous serez happé après quelques pages. Cette plongée dans 50 ans d'histoire d'une petite ville de banlieue à la fois si typique tout en ayant ses particularismes m'a vraiment passionnée.
L’enquête est fournie (il n’est pas facile de savoir à quel point elles se sont elles mêmes rendues à Trappes pour les besoins de l’enquête), il y a également cette écriture raffinée à laquelle les deux auteurs ont déjà pu nous habituer, mais enfin on est sidéré de la neutralité devant le naufrage auquel on assiste page après page, de la lente déréliction de cette ville qui passe de paisible cité ouvrière gentiment communiste et solidaire à principale ville pourvoyeuse (premiere en Europe) de candidats au djihad de l’Etat Islamique, comme si ce qui arrivait n’était de la responsabilité de personnes. L’idée n’est pas forcément de désigner un bouc émissaire, mais quelle démission collective, quelles lâchetés quotidiennes de voir monter le fondamentalisme musulman sans rien entreprendre pour le combattre, quelle inconscience de l’idéologie tiers mondistes d’avoir laissé se constituer de tels ghettos!
Il est fait grand cas de Jamel, La Fouine ou Anelka comme des réussites sociales, qui à maints égards n’aident pas les jeunes à s’en sortir par la réussite scolaire et les études.
On croise comme dans tout naufrage des personnes admirables, des pas tout à fait pourris, des bienfaiteurs de l’humanité, mais qui semblent tous écoper la mer avec une petite cuillère.
Très intéressante, bien écrite, une enquête journalistique fouillée sur la ville de Trappes, qui couvre environ cinquante ans et dresse un portrait riche d'une ville bien mal connue. En se concentrant sur des personnalités phares de la ville — connues ou non — et en adoptant une narration dynamique, les auteurs happent le lecteur, qui lit l'ouvrage comme une sorte de roman sociologique. La description de la "chute" de la ville dans le temps est faite avec des arguments précis et se base sur de nombreuses sources. Tous les aspects possibles sont traités : sociologie, économie, politique, sport, religion, place des femmes, des homosexuels... Le lecteur est accueilli par des figures connues : Jamel Debbouze, Omar Sy, Nicolas Anelka, La Fouine, et cela permet d'aborder les aspects plus ingrats avec facilité. Sans être spécialement intéressé ni par Trappes ni par les noms mentionnés ci-dessus, on avance dans le livre avec beaucoup d'intérêt, même si le contenu n'est pas toujours flatteur pour les personnes citées. Lecture recommandée, très enrichissante.
Une enquête habile et éclairante, qui n'évite toutefois pas certains clichés réducteurs - il est beaucoup question des célébrités de Trappes, dont la réussite tend à oblitérer la réalité beaucoup plus précaire du quotidien des habitants "lambdas" de la cité.