Demain. Quelque part. Dans la jungle urbaine. Il s'appelle Toshiba. Il se lève, y a du boulot. « Avez-vous consommé ? » Il contemple l'hologramme aux lettres criardes qui clignotent dans sa cuisine sans parvenir à articuler une pensée. « Souhaites-tu du sexe oral ? » La question de sa femme l'arrache à sa contemplation. Il réfléchit quelques secondes, mais il a déjà beaucoup joui cette semaine et n'a plus très envie. Il pourrait prendre du Viagra, mais le temps que la pilule fasse effet, il sera en retard au travail. « Non, ça va aller. » Toshiba est pressé. Sa femme lui demande s'il peut penser à lui racheter une batterie nucléaire, une Duracel... Il hoche la tête tout en avalant son bol de céréales d'insectes Weetabix sur la table Microsoft au verre translucide qui diffuse une publicité vantant les mérites d'une boisson caféinée Gatorade propice à une journée de travail efficace. Il se lève, attrape sa femme, lui suce la langue pendant de longues secondes, puis enfile sa veste Toshiba -- son sponsor pour encore huit mois -- et se dirige vers la porte. « Tu vas avoir une dure journée ? - Je dois enquêter sur un potentiel contrevenant d'idées... » Il sort de son appartement, emprunte l'ascenseur qui l'amène au sous-sol, entre dans sa Pontiac couverte de publicités pour des produits Toshiba, enclenche le pilote automatique après avoir initié l'adresse de son lieu de travail et lance une radiologramme de news. Un jingle et trois publicités défilent dans l'habitacle du véhicule tandis qu'il roule au pas... Le véhicule quitte le périphérique pour traverser les quartiers de la ville, mélange bigarré d'hommes, de femmes, de transgenres, de punks, de dandys, de transhumains, de robots, d'animaux, de métamorphes, de mutants, d'hybrides, de cyborgs, de travestis, de grunges, de clones, de blousons noirs, de zazous, de personnes à la peau blanche, noire, bleue, verte, de nains, de géants, d'occidentaux, de moyens-orientaux, de hipsters, de clochards, et il maudit sa supérieure de lui avoir assigné un dossier avec un putain de vampire qui va l'obliger à travailler à la tombée de la nuit. Dans le ciel de la ville, sur les façades des tours, sur le bitume, ou simplement à hauteur d'hommes, des dizaines, des centaines, des milliers d'hologrammes se déplacent lentement, poussés par des courants invisibles. Toshiba est flic. Section des « Crimes à la consommation », sous-section « Idées ». La journée va être longue...
Dès les premières pages, il est particulièrement patent que l'auteur est 1.un homme, 2.un homme de plus de 40 ans. Sa vision d'un futur dystopique, mi-craint, mi-fantasmé, repose sur des concepts dont les plus jeunes générations ont déjà saisi les limites, et qui ne semblent menaçants qu'à ceux qui tentent vainement de les appréhender. Ironiquement, ce roman d'anticipation est déjà daté. Toutefois, Bonheur se lit bien, et vite. Le rythme est suffisamment enlevé pour éviter l'ennui, malgré le caractère répétitif (qui est clairement souhaité par l'auteur et participe à l'atmosphère du roman). Le dernier quart est décevant, mais peut être que le reste de la trilogie saura rattraper cela.
Whoa la claque ! Imaginez notre société de consommation, avec tous ses travers, et vous pousser tous les curseurs a fond. Et bien Vous serez encore loin de l'univers de dystopie de Jean Baret ! Ne lisez pas ce livre si vous rechercher une histoire loufoque de cyperpunk, vous serez déçus. En effet (et c'est pourquoi je n'ai pas mis 5 étoiles) l'intrigue est vraiment faible. Mais si vous fan de SF par-ce que vous vous posez des questions sur notre devenir, vous voulez être bousculer, et réfléchir a votre condition et celle de notre société, alors vous allez en avoir plein la tête, et vous n'en ressortirez pas indemne ! On voit clairement l'influence du meilleur des mondes, 1984 et une touche de BladeRunner et de l'univers cyberpunk de Gibson. Hâte de lire le 2eme Tome de la trilogie.
PS: Merci a la méthode scientifique pour la découverte !
Avec BonheurTM, Jean Baret nous décrit une société proche d'une société cyberpunk, mais en plus extrême et actualisé, avec ses corporations qui dominent la planète, ses publicités partout, l'obligation pour les citoyens de consommer. Les personnages que l'on suit ne sont pas des rebelles, ils sont parfaitement intégrés à ce système dans lequel une marque peut être le sponsor de vie d'un individu, qui se voit dépossédé de son identité au profit du nom de la marque (on suit ainsi "Walmart" et "Toshiba"), et contribuent même à son bon fonctionnement puisqu'ils sont "chasseur d'idées" dans une police de "crimes à la consommation"... Chronique complète et très détaillée sur le blog. https://leschroniquesduchroniqueur.wo...
Un roman d'anticipation qui dénonce la société de consommation. Ça n'est pas mal écrit mais le style est très répétitif - apparemment c'est fait exprès - et la résolution finale est très peu satisfaisante. Mais surtout, il y a des scènes de viol et de tabassage d'une femme robot parfaitement semblable à une vraie femme qui n'apportent rien à l'histoire - ou alors la critique qui en est faite est trop subtile pour moi et qui me semblent éroticisée. Après ça et une nouvelle d'un autre auteur qui est un hommage aux féminicides, j'arrête de lire des livres de cet éditeur.
Quelle claque monumentale. Jean Baret nous propose le digne héritier du Meilleur des mondes et de 1984. Un roman qu'on pourrait qualifier d'anticipation ou de dystopie, qui nous est vaguement familier et inquiétant au début, puis de plus en plus au fil des pages. Ce livre va vous retourner l'esprit et vous hantera longtemps !
On se promène dans cet ouvrage avec plaisir. J'ai découvert l'imagination débordante de l'auteur, qui décrit un monde futuriste où le libéralisme a atteint un point tel que la consommation quotidienne est devenue obligatoire. Beaucoup de débats, auxquels nous devrons certainement faire face dans les décennies à venir, sont abordés tout du long et poussent constamment le lecteur à y réfléchir. Le seul souci de ce livre pour moi est la faiblesse de l'intrigue qui aurait pu apporter beaucoup plus à l'histoire si elle avait pris plus de place.
Jean Baret signe ici une dystopie effarante de réalisme qui, sous couvert d’anticipation, généralise les travers existants de notre société actuelle pour mieux nous les faire voir, pour nous alarmer, pour nous réveiller. Dany-Robert Dufour dit de Bonheur™ qu’il s’agit de la dystopie que notre siècle attendait, une dystopie qu’il place au même niveau que Le meilleur des mondes d’Huxley. Et je suis entièrement d’accord avec lui ! La critique du consumérisme est puissante à travers cette société où tout peut se monnayer, y compris les conflits et massacres, où tout peut s’acheter, même l’amour et l’immortalité, où chacun peut modeler le réel pour accéder au bonheur illusoire et où consommer devient un devoir de bon citoyen. Les personnages perdent même leur identité, au sens propre puisque leur nom devient celui de leur sponsor, comme au figuré. Chacun s’isole de plus en plus dans sa quête du bonheur, et se perd dans les affres d’un désir jamais assouvi.
Aussi brillant que Vie, le deuxième volet de la trilogie (je confirme donc qu'on peut les lire dans le désordre). Attention, malgré l'humour corrosif, ce n'est probablement pas un bon choix de lecture si vous déprimez. Il est difficile de ressortir indemne de ce récit tant on est forcé d'y retrouver un peu (beaucoup) de nous-même et de notre monde.
Très difficile de qualifier ce roman, c'est cru, violent, répétitif. Une narration à l'image du monde disséqué devant nos yeux. Soit un auteur de génie, soit je vais trop loin dans ma réflexion. Une chose certaine, cette lecture ne me laisse pas indifférente... À méditer.