Sixtine avait de la grâce et les contours s’accordaient selon le rapport voulu pour évoquer le mot de beauté. Blonds, les cheveux, et d’un vert doré, les yeux ; violente, la bouche et très blanches, les dents. Ah! la bouche violente rompait l’harmonie, un esthéticien froid l'eût déclaré, mais, et preuve qu’Hubert était déjà la proie du désir, il en aimait la destructive violence, n’y voyait qu’une plus assurée promesse de plaisir. Les yeux faisaient un contraste de nonchalance et l’ensemble du visage vraiment avait de l’équivoque.
Sixtine met en scène un aristocrate esthète, Hubert d’Entragues, écartelé entre sa soif d’idéalisme et son désir pour une jeune femme, Sixtine. Plus que l’histoire d’un amour malheureux, Sixtine est un roman sur la littérature. Inspiré par son propre amour fou pour Berthe de Courrière, Remy de Gourmont emprunte en effet à tous les genres – prose, poésie, théâtre –, dans une construction narrative d’une grande modernité. Mêlant la finesse d’esprit des libertins du XVIIIe siècle au décadentisme fin-de-siècle, Sixtine est un roman-manifeste du symbolisme. Ce «roman de la vie cérébrale» est un jalon remarquable dans l’histoire de la littérature française de l’époque, convoquant tour à tour Huysmans, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Chateaubriand, Villiers de L’Isle Adam, Vigny, Flaubert ou Zola, et bien d’autres encore.
Un livre dans lequel on retrouve bien les thèmes et idées décadentes (ce que j’y cherchais) mais qui m’a donné l’impression de se croire plus intelligent qu’il n’était.
Beaucoup de mépris en effet de la foule et un élitisme littéraire et intellectuel affiché mais avec un style qui ne m’a pas conquise et qui m’a surtout semblé recycler Huysmans, Baudelaire et Villiers-de-L’Ille-Adam.
La déstructuration du récit est assez novatrice mais relève plutôt pour moi du jeu formel que d’un réel discours tenu par l’auteur.
Le discours sur les femmes, misogyne et même inquiétant quand il laisse entendre que les femmes attendent d’être forcées alors qu’elles feignent de ne pas être intéressées, n’a pas contribué à me faire apprécier le roman