Adolescente, j'étais "animatrice" à la radio étudiante. Ce que j'ai refait à l'université, le temps d'un été. Lorsqu'un artiste inconnu du public, mais apprécié dans notre petit cercle d'amis, devenait populaire, c'est-à-dire passait "commercial", il devenait systématiquement méprisé. C'est une posture que je retrouve, encore aujourd'hui, chez plusieurs adultes quand ils regardent les jeunes: "en dédaignant l'objet de sa réflexion, on parait avoir dépassé le débat, le dominer" (p.13).
L'auteur Thomas O. St-Pierre invente le terme "monophobie" pour la haine de son époque (la haine du "moderne"). Ça fait du bien de le voir dénoncer cette "sorte de bovarysme appliqué à l'Histoire, qui sanctifie le passé, perçoit tout ce qui est récent comme suspect et tout changement comme dégénérescence" (p.15). Il conclut d'ailleurs son essai en donnant en exemple la chanson de Mes Aïeux, Dégénérations, qui idéalise le passé de nos grands-parents. J'ai pensé au livre "C'était mieux avant!" de Michel Serres qui dénonce aussi cette idéalisation mal avisée, il me semble, pour qui a déjà discuté avec ses grands-mères... Personnellement, je sais que je ne retournerais jamais à leur époque (elles m'ont rappelé assez souvent ma chance!)
J'ai adoré cet essai. Il propose de nouvelles idées: on idéalise ce qui est jeune chez la mannequin, pas tellement sa maigreur (qui est une marque de sa jeunesse); on doit profiter de la "bonne jeunesse" (thème sur lequel il insiste trop peu: les injonctions pour avoir la bonne image de "jeune" sont nombreuses); devenir une belle "femme" (au lieu de "fille") exclut la sexualité mais se fonde plutôt sur l'indépendance et la santé; que la haine de soi et de son époque est intégrée chez les jeunes (quelle tristesse).
Il rappelle que la peur de la mort est présente dans chaque peur du changement; que les réseaux sociaux ne sont pas "le mal", mais un moyen différent qui exprime les mêmes besoins de se mettre en scène qu'auparavant: les réseaux sociaux "nous donnent accès aux opinions que la multitude a toujours eues." (p.80)
Il ponctue son court essai de nombreuses phrases pleine d'humour, j'ai particulièrement apprécié ses sujets de recherche fictifs comme "un mémoire encensé sur les références phalliques dans la correspondance d'Anaïs Nin et de Henry Miller audacieusement mis en parallèle avec les descriptions de flottes militaires dans l'Illiade"! Ah ah ah! C'est presque possible! ;)
Il dit ne pas faire beaucoup de propositions, mais tout de même, "aimez l'époque parce qu'il n'y en a pas d'autres, pour éviter de trop vous détester vous-même" me semble une bonne piste.
105 pages bien employées. Non, le présent n'est pas parfait. Mais, si je devais choisir une époque, sans hésitation, je choisirais celle-ci, ici.