Ceci est un livre sur notre rapport à notre époque—mais aussi à la jeunesse qui incarne, dans notre esprit, ses carences et ses excès. Une époque que nous détestons, de manière générale. Pas toujours sans raison, bien entendu, mais avec une paresse intellectuelle qu’on réserve habituellement à la condamnation des frasques des chanteuses populaires. Constitué d’une série d’observations ayant Miley Cyrus comme pivot, cet essai n’a pas pour ambition de montrer que notre époque est au-dessus de tout reproche, mais seulement que cette autoflagellation en dit plus long sur nous que sur elle.
Je m’entends parler en lisant Thomas O. St-Pierre, c’en est freakant. Je ne pense pas que j’aurais osé publier ainsi mes réflexions sur la haine de l’époque et le mépris des élites, je le remercie donc de me permettre d’en retrouver plusieurs chez un collègue. C’est un petit livre à la fois courageux et inutile, comme tous les essais, qui va parler aux convaincus comme moi et va irriter celles et ceux qui se sentiront visé.e.s et qui ne chercheront dès lors qu’à fourbir leurs armes et à déboulonner les arguments de l’auteur. Malheureusement, ça ne sera pas difficile, les angles morts sont légion, les pointes sont parfois mal assénées, l’humour et l’autodérision tombent souvent à plat, les exemples et illustrations du propos ne sont pas aussi convaincants les uns que les autres.
En tout cas, respect à Atelier 10 et la bande de Nicolas Langelier d’avoir embarqué dans ce projet, parce qu’à mes yeux ils représentent exactement ce que St-Pierre tente de condamner dans son livre: glorification d’un âge d’or abstrait, discours récurrent sur la dégénérescence, etc. Je crois qu’ils ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit ici, surtout après avoir publié des essais typiquement « modophobes » comme ceux de Véronique Côté (il n’y a plus de poésie) et de Raphaële Germain (les réseaux sociaux nous rendent aliénés).
Adolescente, j'étais "animatrice" à la radio étudiante. Ce que j'ai refait à l'université, le temps d'un été. Lorsqu'un artiste inconnu du public, mais apprécié dans notre petit cercle d'amis, devenait populaire, c'est-à-dire passait "commercial", il devenait systématiquement méprisé. C'est une posture que je retrouve, encore aujourd'hui, chez plusieurs adultes quand ils regardent les jeunes: "en dédaignant l'objet de sa réflexion, on parait avoir dépassé le débat, le dominer" (p.13).
L'auteur Thomas O. St-Pierre invente le terme "monophobie" pour la haine de son époque (la haine du "moderne"). Ça fait du bien de le voir dénoncer cette "sorte de bovarysme appliqué à l'Histoire, qui sanctifie le passé, perçoit tout ce qui est récent comme suspect et tout changement comme dégénérescence" (p.15). Il conclut d'ailleurs son essai en donnant en exemple la chanson de Mes Aïeux, Dégénérations, qui idéalise le passé de nos grands-parents. J'ai pensé au livre "C'était mieux avant!" de Michel Serres qui dénonce aussi cette idéalisation mal avisée, il me semble, pour qui a déjà discuté avec ses grands-mères... Personnellement, je sais que je ne retournerais jamais à leur époque (elles m'ont rappelé assez souvent ma chance!)
J'ai adoré cet essai. Il propose de nouvelles idées: on idéalise ce qui est jeune chez la mannequin, pas tellement sa maigreur (qui est une marque de sa jeunesse); on doit profiter de la "bonne jeunesse" (thème sur lequel il insiste trop peu: les injonctions pour avoir la bonne image de "jeune" sont nombreuses); devenir une belle "femme" (au lieu de "fille") exclut la sexualité mais se fonde plutôt sur l'indépendance et la santé; que la haine de soi et de son époque est intégrée chez les jeunes (quelle tristesse).
Il rappelle que la peur de la mort est présente dans chaque peur du changement; que les réseaux sociaux ne sont pas "le mal", mais un moyen différent qui exprime les mêmes besoins de se mettre en scène qu'auparavant: les réseaux sociaux "nous donnent accès aux opinions que la multitude a toujours eues." (p.80)
Il ponctue son court essai de nombreuses phrases pleine d'humour, j'ai particulièrement apprécié ses sujets de recherche fictifs comme "un mémoire encensé sur les références phalliques dans la correspondance d'Anaïs Nin et de Henry Miller audacieusement mis en parallèle avec les descriptions de flottes militaires dans l'Illiade"! Ah ah ah! C'est presque possible! ;)
Il dit ne pas faire beaucoup de propositions, mais tout de même, "aimez l'époque parce qu'il n'y en a pas d'autres, pour éviter de trop vous détester vous-même" me semble une bonne piste.
105 pages bien employées. Non, le présent n'est pas parfait. Mais, si je devais choisir une époque, sans hésitation, je choisirais celle-ci, ici.
"Dans ce jeu infiniment complexe des rapports humains, de la rencontre de nos intériorités respectives, les réseaux sociaux ne sont pas moins purs, il me semble, que les autres outils que les humains inventent pour trouver un nouveau chemin ou un nouveau détour vers l'autre, pour essayer de le comprendre, de le connaître, pour se rassurer quant à l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes. Ce que les réseaux sociaux ont de vraiment propre, c'est d'être de notre époque. Pour cette raison, ils n'ont droit à aucune clémence."
J'adore la série Documents liée à la revue Nouveau Projet, et ce titre est sans doute l'un de mes préférés. De belles réflexions sur la notion de jeunesse mal-aimée.
Discours critique rafraîchissant, drôle, et parfois personnel sur notre regard à notre époque et la génération qui nous succède. Une douce claque au visage. Pleine de tendresse.
Dans cet essai porté à la défense de la génération Z et du nouveau siècle, l'auteur positionne Miley Cirus, critiquée plus souvent qu'à son tour, comme le porte-étendard de sa génération et utilise son cas pour illustrer ses arguments, énoncés avec un humour cynique qui n'est pas pour me déplaire!
J'ai bien aimé cette réflexion assez légère, mais tout à fait pertinente, qui permet de se réconcilier avec l'époque dans laquelle on vit ainsi qu'avec une vérité qui n'est pas toujours facile à accepter : nous serons tous, un jour ou l'autre, les has been de ceux qui nous succéderont!
J’ai un parti pris pour cette collection d’essais publiés par Atelier 10. Je ne suis jamais déçue de mes lectures, et cette fois-ci ne fait pas exception à la règle. Thomas O. St-Pierre met des mots sur ce qui est mon sentiment le plus profond depuis que j’ai des enfants: notre époque, la leur, n’est pas pire que les précédentes. Elle n’est pas plus dégénérée, plus désincarnée, plus déprimante. Elle n’est que ce qu’elle est, elle s’intègre dans la grande marche de l’Histoire.
(Allez mes filles, tout est encore à faire et vous avez la force, l’énergie et la naïveté de la jeunesse pour faire bouger les choses.)
L’auteur réussit même à me faire prendre conscience que je suis parfois tombée moi aussi, bien malgré moi, dans la critique facile de notre époque, lorsque je l’ai comparée au “bon vieux temps”... qui, je le sais pourtant très bien, était bien loin d’être si bon qu’on le laisse entendre un peu partout. Ce n’est que la bonne vieille et éternelle querelle des Anciens et des Modernes.
Petit livre à mettre entre toutes les mains. Je vous le recommande.
Une réflexion sur l'aujourd'hui, une éloge de la jeunesse qui fait du bien. Je me suis toujours dit que les adultes n'avaient pas l'air de se rappeler c'était quoi, être jeune. Trentenaire comme moi, il se sent déjà glisser vers la détestation du changement, le jugement gratuit de la jeunesse fougueuse et émet un avertissement bien placé. L'auteur décrit presque textuellement ce qui se passe dans ma tête. Il aborde des sujets importants comme avoir mal à son époque, dire que c'était mieux avant, ne plus comprendre la musique qui se fait, détester le monde, avoir des enfants, être cynique, abhorrer les réseaux sociaux. Il ne se garde pas de faire de réjouissants parallèles avec les époques précédentes, me faisant conclure que finalement, plus ça change, plus c'est pareil. Il ne m'a pas convaincue d'avoir des enfants, ou de moins détester mes concitoyens du monde, mais au moins, son message bienveillant a apporté un peu de paix dans ma tête noyée d'ironie et de négativisme. Il ne tombe jamais dans le prêchi-prêcha tout cru dans le bec; il suggère avec mesure et modération en respectant le lecteur.
"Aimez l'époque parce qu'il n'y en a pas d'autres, pour éviter de trop vous détester vous-même."
Par cet essai, l’auteur veut démontrer « que nous sommes injustes l’égard de notre époque, injustes envers notre jeunesse », que ce mépris de notre époque nuit à « l’appréciation de ce qu’on fait, de ce qu’on est. »
Thomas O. St-Pierre illustre habilement la difficulté que nous avons de faire la distinction entre les jeunes et l’époque qui les voit évoluer. Il attribut à notre envie de cette beauté liée à la jeunesse (« à cette caste supérieure ») la haine de l’époque où nous vivons.
Il s’agit là d’un texte lucide, coloré et fort intéressant.
« … est beau ce qui est jeune. »
« La nature humaine est une étampe sur laquelle l’Histoire peut peser plus ou moins fort, mais qui produit quand même toujours le même motif. »
Un choc, comme si j’avais participé au Ice bucket challenge, un réveil nécessaire. C’est un ode à l’amour de soi, des autres et de notre époque. Qui tente à la solidarité et de questionner notre perpétuelle quête de la fontaine de jouvence. Réaliste, québécois, profond et court. Une magnifique découverte qui me pousse a me décrire comme une milléniale et de la génération Y qui souhaite aimé mon époque et en tirer le meilleur. Advienne que pourra.
Malgré tout je dois avouer que certains points ont fait sourciller la féministe en moi...
Ça m'aura pris beaucoup de temps à passer au travers, mais ça ne veut rien dire, j'ai beaucoup aimé.
L'auteur nous propose une belle comparaison de la société en comparant le tout avec la vie Miley Cyrus. C'est une artiste que j'aime particulièrement, mais je ne pense pas que le fait de ne pas connaitre l'artiste internationale influence la lecture du livre. Le plus important reste le point de vue de l'auteur! 😉
Lecture très intéressante qui redéfinit ma propre perspective de ce que je croyais être du cynisme. Ode à la jeunesse et à la vie humaine, malgré les défauts et les vanités nombreuses (plus accessibles et diffusées aujourd'hui) qui la composent. J'en aurais pris plus par contre, mais c'est certainement à lire et à relire au fil des années qui passent!
Essai plutôt intello qui m’a ramené dans mes amours de lectures plus profondes et analytiques d’Université! J’ai adoré me questionner tout au long de ma lecture. Notre génération a ses enjeux, mais comme toutes les autres; on n’est pas pires, pas mieux, pas spéciaux. Ca fait du bien à relativiser notre égocentrisme moderno-sociétal.
J'ai adoré cette lecture! La réflexion de Thomas O. St-Pierre m'a énormément interpellé. L'auteur a mis en mots ce que j'ai souvent pensé cet « ode à l'autrefois » : mal placé, ignorant et dépourvu de nuances. Ce livre a fait du bien!
Des propos très simples, sans grande profondeur. Le texte n'est pas créatif ou inspirant à mon avis. L'auteur semble appliquer sa position d'homme hétéro à toute la société et à tout le monde, il ne se questionne jamais à savoir si ses idées s'appliquent également aux femmes.
Par exemple, il explique qu'"on" désire toujours les femmes plus jeunes et que donc, la jeunesse est le but ultime. Il ne se questionne pas du tout sur le fait que les femmes préfèrent souvent les hommes plus vieux ou que les femmes lesbiennes n'ont pas cette tendance à préférer les femmes plus jeunes.
Les biais de sa vision personnelle sont appliqués à toute la société et à son postulat. Ça affecte la qualité de son propos et sa crédibilité.
En peu de pages, l'auteur m'a fait prendre conscience de mes préjugés sur notre époque. Je me suis remise en question plusieurs fois. Par contre, je trouve que l'auteur ne laisse pas de place à la fluidité du genre.
J'ai choisi cet essai à cause du titre à la fois rigolo et mystérieux. J'ai bien fait de le lire car l'auteur apporte une perspective intéressante sur notre société et notre mépris envers la période actuelle. Étant moins même une chialeuse pessimiste de nature, j'avais besoin "d'entendre" ce message. À mon humble avis, notre monde, en ce moment manque de nuances, et j'ai trouvé que cet ouvrage l'expliquait bien.
Août 2024. 3,5/5 J’aime particulièrement les essais de la collection Documents. À chaque fois, j’en retire de la valeur. Ici, j’y voyais même un parallèle avec mes lectures précédentes qui traitaient de classe sociale qui nous conditionne, etc. Cela dit, j’étais rendue plus loin dans mes réflexions sur le sujet alors ce ne fut pas révélateur mais somme toute sympathique.
Je l’ai fini parce que y’avait 100 pages. J’arrive pas à dire pourquoi, mais la vision de l’auteur et sa manière d’inclure tout le monde dans ses réflexions personnelles m’ont fait froncer les sourcils quelques fois.
(Pis le fait que Miley ne s’est pas mariée et n’a pas d’enfants même s’il assume ça pleins de fois dans le livre me rend heureuse.)
Vision intéressante de l’auteur qui se sert de la chanteuse populaire Miley Cyrus pour illustrer les limites et les excès de notre époque. Ce livre n’est pas qu’une critique dépréciative de notre époque, mais bien une analyse de la vision sévère qu’on a de celle-ci.
3.5 J'ai surtout trouvé intéressant la partie sur les réseaux sociaux. J'aurais aimé avoir plus de sources pour appuyer ce qui est amené et un peu plus d'inclusivité. Le livre date un peu, mais l'auteur écrit de sa perspective d'homme blanc cis hétéro et parle peu de ses biais.