Il est toujours difficile pour moi d'écrire des critiques sur des essais, car je n'ai pas l'impression d'avoir grand-chose à en dire d'intelligent.
Les écrits de Voltairine de Cleyre ont été rassemblés dans cet ouvrage par les éditions LUX. Une préface y retranscrit la vie de cette anarchoféministe américaine, encore trop méconnue en France Métropolitaine. Grâce au travail impressionnant des traducteurs, on plonge facilement dans les essais de Voltairine de Cleyre et on comprend les références historiques auxquelles elle fait allusion. Malheureusement, la plupart des thèmes évoqués par Voltairine sont encore trop d'actualité à mon goût. Je me suis beaucoup liée avec sa colère et la plupart de ses idées, j'aime son ironie et son cynisme, j'aime la voir défendre un courant victime de préjugés et de raccourcis. J'ai aussi aimé qu'elle lie le féminisme à son anarchisme, car les milieux d'extrême-gauche ont tendance à oublier qu'ils véhiculent parfois (souvent ?)(toujours ?) des idées vraiment réductrices concernant... la moitié de l'humanité.
Au cours de ma lecture, j'avais envie de tendre la main à Voltairine à travers les pages, et de lui montrer toutes nos avancées. Mais j'aurais été tentée de lui dire aussi que certaines questions n'ont toujours pas trouvé de réponses, et que cette année 2021 est marquée par un franc recul de la plupart des idées qu'elle défendait un siècle auparavant.
Il y a cependant des moments où je ne suis pas forcément d'accord avec elle.
Je ne partage pas son optimisme sur la nature humaine qui serait fondamentalement meilleure si toutes les oppressions disparaissaient, par exemple. Je ne partage pas non plus forcément son avis sur le mariage, mais je reconnais que celui-ci est tronqué. Entre nos deux époques, il y a eu quelques changements, mais je ne peux pas nier qu'encore aujourd'hui le mariage prive des femmes de leur liberté en les mettant sous la coupe d'un mari injuste, abusif, violent. Je ne peux pas retirer cette analyse à Voltairine, et je me dis que mon premier rejet est le signe que ma déconstruction n'est pas encore terminée.
En bref, c'est une lecture importante, que j'aurais aimé faire avant, mais je ne suis pas sûre que je l'aurais comprise. Je pense que Voltairine de Cleyre gagnerait à être enseignée et mieux connue.
Cette lecture me convainc une fois de plus de l'importance du féminisme, de l'anarchisme et surtout de leur combinaison.