1870. Après une épuisante campagne militaire, le royaume du Coronado a conquis l'essentiel de la péninsule de la Lune-d'Or. Seul l'empire du Léopard, perdu dans les montagnes, lui résiste encore. Dans l’attente des renforts promis par sa hiérarchie, le colonel Cérès Orkatz – surnommée la Salamandre – peine à assurer l'ordre sur place, la faute à un vice-roi bien intentionné mais trop faible. Dans ce monde de jungles et de brume, les colons venus faire fortune s'épuisent et meurent à petit feu, même si certains au sein du régiment espèrent toujours découvrir la mythique cité de Tichgu, qui abriterait selon les légendes locales la fontaine de Jouvence. Alors qu'une éclipse lunaire sans pareille approche, Cérès va devoir tenter d'assurer la survie de ses hommes, au mépris peut-être de ses allégeances...
Cérès, surnommée la Salamandre, dirige son régiment sur la péninsule de la Lune d’or. Cinq ans après la conquête, les troupes sont lasses et fatiguées et végètent dans la colonie du Nouveau-Coronado. Le vice-roi Philomé, un homme bon et intègre mais faible, est alors contacté par l’empire du Léopard, puissance intouchable située dans les montagnes. Une expédition vers ces contrées mystérieuses et entourées de légendes est décidée, rejointe par les troupes d’un jeune et fringuant mercenaire, Artemis Cortellan.
J’ai été immédiatement conquis par les partis pris de l’auteur, Emmanuel Chastellière, qui m’avait déjà séduit avec Célestopol (et Célestopol 1922) et Himilce. Nous nous retrouvons dans une conquête Amérique du sud / centrale mais en deuxième partie du XIXe siècle. Un sujet donc directement original. Nous y suivons une femme Colonel, donc cheffe d’armée, et non pas pendant la conquête mais après, quand la routine, la lassitude s’est installée, quand les hommes se sentent délaissés ont renoncé à leur rêves de gloire et de richesse. Les liens et dissensions entre conquérants et autochtones sont au cœur des préoccupations, symbolisés par la présence d’une « locale » dans l’armée de Cérès. Tout est emprunt de sacré et de croyances, que ce soit dans les deux camps, avec malgré tout son lot de personnages cyniques ou non-croyants.
Plus encore que l’univers général, les personnages sont une fois de plus la grande force de l’histoire d’Emmanuel Chastellière. On y suit plusieurs personnages en POV, chacun apportant des éclaircissements sur la situation et ayant au final un rôle important à jouer dans les événements. Si Cérès reste la plus marquante, femme de autoritaire forte, mais avec ses faiblesses et fêlures, les personnages plus « secondaires » sont tout aussi marquants, d’Artémis Cortellan et Camellia en tête, mais aussi Philomé, vice-roi dépassé par les événements mais touchant d’humanité.
J’ai cependant été moins convaincu par la deuxième partie. Non pas parce qu’elle n’est pas bonne, mais je n’ai juste pas été pris par sa composante surnaturelle. Elle se justifie pourtant, et ne sort pas de nulle part, mais elle m’apparaît comme « en trop ». Peut-être ai-je eu l’impression d’un trop plein d’éléments dans cette deuxième partie, où tout s’enchaîne. J’ai par contre été complètement convaincu par le final, avec l’arrivée d’un nouveau personnage déjà esquissé auparavant, qui laisse entrevoir différentes PISTES pour la suite et apporte encore plus de liant à l’univers.
Malgré tout, l’Empire du Léopard reste un roman de bonne facture, avec une écriture toujours aussi agréable. J’ai paradoxalement été plus intéressé par son début, et la mise en place de l’univers, dans lequel je me replongerai bien volontiers.
De la fantasy française dans un contexte inspiré de la colonisation de l’Amérique du sud, très original. J’ai trouvé que ce livre avait de nombreuses qualités, mais aussi de nombreux petits défauts. Mais ça ne m’a pas empêché de passer un bon moment, heureusement.
Malheureusement pour moi, ces défauts ont été amplifiés par la manière dont j’ai lu ce livre, différente de mes habitudes. En effet j’ai lu ce livre dans le cadre d’une lecture commune et nous voulions garder le même rythme pour pouvoir en discuter chaque soir. Il a donc été décidé de ne lire que 50 pages par jour.
C’est ainsi que la première semaine de lecture a été très morne, car c’est clairement l’exposition du roman et celle ci prend énormément de temps. C’est le premier reproche. Il a fallu dépasser la page 400 pour que l’intrigue commence enfin ! Chaque soir une même constatation : « il ne c’est rien passé de plus, nous n’avons rien à en dire. En fait on s’ennuie un peu à la longue ».
Je pense que cette semaine d’attente interminable a été trop longue pour moi et m’a empêché de m’attacher aux personnages. (normalement je termine un livre en 2-3 jours, et si c’est plus j’ai tendance à m’en désintéresser si ça n’avance pas) Du coup j’ai pris du recul et j’étais plus dans l’analyse froide que dans l’émotionnel les concernant.
Je pense donc aussi que si j’avais lu ce livre dans un rythme normal ça m’aurais bien moins dérangé car je suis une amatrice de fantasy à l’ancienne, donc les livres qui prennent leur temps ne me dérangent en général pas du tout. Même au contraire, en temps normal je préfère les livre lents qui exposent bien leur monde, c’est encore mieux si c’est une série en un maximum de tomes.
Du coup je ne compte pas ça comme un vrai défaut, plus comme une mauvaise expérience de lecture due à de conditions défavorables.
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Mais revenons à nos moutons, de quoi parle ce livre? Le royaume du Coronado sort d’une longue campagne dans laquelle il a conquis la péninsule de la Lune d’Or. Toute? Non, car l’empire du Leopard lui résiste encore, caché dans ses montagnes inaccessibles. Le colonel Cérès Orkatz est l’une de responsable de cette grande victoire, et la puissance du royaume est représenté par un vice-roi, Philomé.
Malheureusement, aux pays on pense que toute cette histoire n’a vraiment servi à rien, car la péninsule est très pauvre. Ses sols sont infertiles, produisent très peu et le pays subit régulièrement des grosses catastrophes météorologiques. Il ne recèle non plus aucun métaux rares ou pierres précieuses.
Il faut donc continuer la conquête, surtout que de l’or a été retrouvé et on ne sait encore pas d’où il vient. Les rumeurs disent que toute la richesse se trouve dans le fameux empire du Léopard …
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Une colonie basée sur l’Amérique du sud, plein de parallèles avec notre monde, fantasy à poudre (Flintlock Fantasy), tout ces éléments donnent un contexte vraiment original pour de la fantasy. Et ça fait du bien. Le fait que ça soit un one-shot plaira aussi sans doute à pas mal de monde.
On n’est pas non plus ici dans de la high fantasy classique. Pas de bons qui se battent contre les mauvais, pas d’happy ending. D’ailleurs si vous recherchez un livre ou les héros se battent contre les effets pervers de la colonisation, passez votre chemin, car c’est l’inverse ici. Ça n’empêche pas d’en dénoncer les dérives, mais ce n’est juste pas le but du roman.
L’histoire est portée par de nombreux personnages en plus des deux cités dans le résumé, de l’indigène qui c’est engagée contre les siens à l’apprenti alchimiste de l’armée, en passant par un personnage de la famille royal qui débarque à la tête d’une compagnie de mercenaires. Trahisons, complots, plein de choses se trament par derrière, tout ne sera pas de tout repos.
Le ton général est sombre, à la limite du désabusé. J’ai trouvé Cérès, le personnage principal, assez passive au final. Elle voit ce qui se passe, les indigènes réduits à l’esclavage, les abus des grands propriétaires terriens, mais ne lutte pas contre activement. Limite elle s’en lave les mains, ça n’est pas son problème et on sent bien qu’elle a baissé les bras sur ce sujet. Elle sait que c’est un combat perdu d’avance, et que tout ce que ça lui apportera si elle réagit sera des problèmes. Du coup elle laisse faire et elle a une vision très cynique de l’ensemble.
Philomé, le vice roi est vraiment son opposé. Très vif, à la limite de la naïveté en comparaison, il voit la ou il se trouve et met tout son cœur dans ce qu’il fait. C’est vraiment un vice roi très étrange, car on a vraiment l’impression qu’il ne sert à rien, qu’il n’a pas de pouvoirs réels. En quelque sorte il n’est la que pour suivre les ordre de la couronne qui arrivent régulièrement par bateau. On a une espèce de dichotomie entre ce « souverain » qui semble si bon, si gentil, qui veut faire le bien, et la noirceur de la situation qui ne va pas en s’améliorant.
Sur ce coté la j’avoue que j’ai aussi eu un petit problème de crédibilité. Au delà du personnage naïf et positif, j’ai trouvé qu’il lui manquait quand même une base de gouvernement. En effet on n’en parle tellement peu qu’on a l’impression qu’il est tout seul, qu’il n’y a aucun autre noble sur place, aucun conseillers, aucun entourage, ou même aucun serviteur, et que finalement son seul interlocuteur est l’armée. L’ensemble m’a semblé un peu vide, j’aurais aimé un peut plus de descriptions de ce qu’il s’y passait en global.
En fait peut-être est-ce du au fait qu’il y a certains sujets qui sont abordés très en détails (je me serais vraiment passé des rêves érotiques de Cérès par exemple) alors que le reste est survolé. Ça manquait peut être un peu d’équilibre la dessus.
Dans le même ordre d’idée j’ai aussi trouvé que par mal de personnages secondaires étaient un peu trop figés. Ils n’évoluent pas, et ont des caractères un peu trop tranchés des fois. D’un coté c’est bien parce qu’on n’a aucun problème à différencier les personnages, on ne peux pas dire qu’ils se ressemblent ou qu’on peut les confondre, un défaut assez fréquent dans les livres, mais malheureusement ça n’a pas vraiment fonctionné avec moi.
Sur un autre sujet c’est vrai que j’y ai vu quelques parallèles de surface avec Les mille Noms de Django Wexler (fantasy à poudre dans le même contexte colonial du coté de l’armée du colonisateur et contre les indigènes, magie indigène qu’un colon aimerait se procurer, personnage lesbienne haute placée dans l’armée, …) dans la première partie. Mais niveau ambiance, finalité, et types de personnages on est vraiment très différent donc ce parallèle a vite été effacé.
Pour en revenir au problème de rythme, après la lenteur du début du roman, la seconde moitié est un condensé d’action et de rebondissement, certains vraiment incroyables. Limite trop des fois, car tout se passe en même temps. Pas que ça soit trop compliqué, mais on a l’impression de ne plus pouvoir reprendre notre souffle car à chaque page il se passe un nouvel élément qui est souvent très dramatique d’ailleurs.
J’ai eu l’impression d’une accumulation toujours plus forte de drames les uns après les autres. Alors qu’on croyait avoir atteint le fond, on se trompait, et ce plusieurs fois à la suite. Je pense que si à ce moment la on se sent attaché aux personnages, ça doit bien fonctionner. Mais la première longue partie m’avait fait prendre pas mal de recul vis à vis des personnages et du coup elle n’a pas eu l’impact que j’aurais voulu. En fait j’ai ressentit cette seconde moitié comme étant trop exagérés par moment, certains passage étant à la limite de la crédibilités à cause de ça.
Ça ne m’a pas empêcher de l’apprécier, d’un point de vue intellectuel, mais je n’étais pas aussi attachées émotionnellement que j’aurais voulu.
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J’espérais faire une chronique un peu nuancée, mais difficile quand on a un grand nombre de petits défauts à citer. On est obligé de s’y attarder et ça prend la plus grosse partie de la chronique.
Je le répète donc, on n’est pas sur un mauvais livre. On ne peux pas dire que je ne l’ai pas aimé, malgré un nombre importants de points successifs qui m’ont un peu refroidi et un mode de lecture qui n’a pas aidé. D’autant plus que j’ai l’impression que si je n’avais peu tant de temps pour y penser, je serais surement passé à coter de pas mal de ces points sans même les remarquer.
D’ailleurs je le recommanderais pour les gens cherchant autre chose que des longues séries car il est très agréable à lire et change de la fantasy médiévale, sans parler du fait qu’on est sur de la fantasy française.
Au Nouveau-Coronado, la conquête est terminée. Seul subsiste, intouchable, le mystérieux Empire du Léopard. La désillusion des troupes sur place, délaissées par la couronne, a remplacé les rêves de cités d'or et la colonie se maintient péniblement sous la direction de son vice-roi. Jusqu'à cette mystérieuse proposition de l'Empire du Léopard...
Une excellente lecture pour moi ! Ayant déjà parcouru La Piste des cendres que j'avais beaucoup aimé malgré certains défauts à mes yeux (certains de ses personnages particulièrement), j'ai donc remonté le temps pour découvrir cette colonie du Nouveau-Coronado juste après sa conquête (le prologue est d'ailleurs particulièrement efficace !).
Adieu ambiance western et retour donc à une atmosphère de conquête du Nouveau Monde. Une conquête toutefois bien triste puisque nous nous apercevons très vite que la colonie est loin d'être le paradis promis, le soutien de la métropole est inexistant et les esprits commencent à s'échauffer face à l'abandon de cette dernière. Une ambiance très réussie que nous met en place l'auteur dans ses premiers chapitres avant de nous lancer sur le chemin de cet énigmatique Empire du Léopard, nous plongeant alors dans un voyage à travers des terres plus sauvages.
Contrairement à son successeur, ce roman est beaucoup plus lent en terme d'action. Emmanuel Chastellière nous fait patienter avec brio, la tension montant de plus en plus, jusqu'à une dernière partie particulièrement explosive qui vient récompenser le lecteur. Même si le terme "lent" peut sembler péjoratif, ce n'est pas du tout le cas en réalité, cette montée en tension progressive est maîtrisée de bout en bout et jamais je n'ai ressenti d'ennui.
Ce que L'Empire du Léopard perd en action, il le gagne sans conteste en caractérisation de personnages. Céres, pour commencer, est un personnage que j'ai tout simplement adoré. Ayant lu auparavant, La Piste des cendres, j'attendais avec impatience ma rencontre avec cette dernière, dont l'ombre planait sur la suite comme une légende vivante. Je n'ai pas été déçu du tout. Femme forte, juste, pragmatique... c'est un plaisir de la suivre et de souffrir avec elle. Les autres personnages ne sont pas en reste non plus : Artemis Cortellan, dont j'attendais également de voir plus jeune, est parfaitement écrit et la fin du roman m'a beaucoup plus quant à ses agissements. Je pourrais également citer Philémon, ce vice-roi qui veut bien faire mais qui est trop faible ou bien encore tous ces seconds couteaux dans les troupes du Nouveau-Coronado, qui n'ont pas de grand rôle mais réussissent à ancrer le roman dans son univers. Et comment bien sûr ne pas citer Amaru et Nahikari dont j'ai trouvé l'écriture particulièrement réussie, faux dieux désabusés et beaucoup plus au fait de l'avancée du monde que l'on ne pourrait s'y attendre. Les discussions entre Amaru et Céres sont tout simplement géniales.
Puisque tout n'est pas parfait, je me contenterai de deux légers reproches. Premièrement, je regrette peut-être le fait que l'auteur ait voulu se montrer trop généreux dans son contenu. Ainsi, Melchior et Alario sont clairement le point faible du roman et de l'intrigue à mes yeux car leur intrigue m'a paru presque en trop par rapport au roman. Deuxièmement, les références se font peut être parfois trop nombreuses/visibles. Si j'ai franchement souri à un clin d'oeil à Indiana Jones, je suis à l'inverse un peu sorti de ma lecture en enchaînant en deux pages des références à Blade Runner, Aliens et La Fraternité de l'anneau. Un dosage à peut-être surveiller pour les prochains romans !
Vous l'aurez compris, j'ai trouvé dans l'Empire du Léopard une lecture parfaite pour me relancer après un roman qui avait eu beaucoup plus de mal à me motiver !
Découvert de longue date via ses chroniques littéraires sur Elbakin, Emmanuel Chastellière est un amateur de fantasy que j’ai aimé voir passer de l’autre côté de la barrière et devenir auteur. J’ai aussi bien aimé ses textes de steampunk dans Célestopol que son roman historique Himilce. Mais tout comme lui avait eu peur d’aller vers la fantasy qu’il aime tant, je n’avais pas franchi le pas et lu sa duologie de « Magie à poudre ». C’est désormais chose faite et que c’est bon !
Je suis assez novice en matière de gunpowder fantasy (fantasy à poudre), n’ayant lu et hautement apprécié que Les Poudremages de Brian McClellan, mais j’ai retrouvé exactement ce que j’attendais : un univers « historiquement » plus proche de nous, des armes à feu et de l’agitation. Le dépaysement fut complet et mon attention définitivement capturée. A peine ce volume refermé que j’ai commandé l’autre histoire de l’auteur dans le même univers : La piste des cendres pour le lire le mois prochain !
Mais l’originalité d’Emmanuel ne tient pas seulement au registre dans lequel il a installé son histoire, en plus de nous proposer poudre et canon, L’Empire du Léopard s’intéresse à un coin du monde souvent délaissé en fantasy sur les étagères des librairies françaises : le Nouveau Monde. Dans un univers fictif fortement inspiré des conquêtes européennes, il nous plonge donc dans la rencontre singulière entre deux peuples : un d’inspiration européenne et un d’inspiration native. Cela va faire des étincelles, colonisation oblige.
J’ai tout aimé dans ce roman. Pourtant l’auteur nous offre une première partie fort longue, où il pose un décor étouffant pour ne pas dire statique et malaisant, où on suit le quotidien d’une troupe de soldats aux ordres du Roi et de son représentant direct le Vice-Roi. Une femme sort du lot : Cérès, dite La Salamandre, colonel expérimentée. C’est elle que nous allons suivre au cours de cette quête d’un avenir meilleur mais aussi juste d’une survie dans un milieu hostile où les colons s’épuisent au milieu de cette jungle et de cette brume où ils ne trouvent pas la richesse escomptée. C’est un calme assez entêtant, pénétrant qui retranscrit à merveille la vie dans un camp de soldats avec un chef faible, des troupes épuisées et plein de superstitions qui gagnent.
C’est un calme aussi qui précède la tempête. Et après une première partie assez lente où l’auteur prenait son temps pour poser son cadre, la suite est bien plus explosive. J’ai en effet un peu cherché la magie dans ce premier temps, pensant peut-être être comme dans Himilce dans un titre plus historique que fantasy avec une dénonciation de la colonisation. Mais celle-ci a pénétré lentement l’oeuvre, tout comme elle pénétra les pensées des personnages que nous allons suivre. Peu nombreux au départ, ceux-ci viennent peu à peu garnir l’histoire au fur et à mesure que son scénario se fournit grâce à la rencontre entre les deux peuples du roman et ce fut sombrement magique. Cette seconde partie nous plonge dans les mystères des terres où nos colons sont arrivés et on découvre que rien n’est comme on le pensait.
Après avoir eu une plume lente, étouffante, entêtante, Emmanuel se livre à une exercice de style en faisant tout exploser et en accélérant drastiquement le rythme. Rebondissements et péripéties sont légion dans cette seconde partie menée tambours battants que j’ai adoré ! J’ai trouvé ça vif, spectaculaire et en même temps puissamment inspiré de notre Histoire donc logique et pertinent, même si tragique. La rencontre de ces civilisations sur la base de leurs légendes et de leur conception différente des magies de notre monde fut explosive et riche. Les personnages ont alors revêtu une toute autre dimension et l’auteur a su dévoiler bien des failles et des surprises chez eux. Il m’était alors impossible de m’arrêter.
J‘ai ainsi adoré le travail de reconstitution et de transfert des mythes que l’on connaît sur les natifs d’Amérique du Sud vers cette fantasy qui s’en inspire. Le mélange de poudre à canon des colons, avec l’alchimie qu’ils pensent maîtriser et la magie de sang, puis la magie de fées, qu’ils rencontrent était passionnant et particulièrement visuel. Emmanuel nous offre des tonnes de références avec une héroïne qui manie aussi bien les flammes que les mousquets, une amie à elle qui élabore des tatouages de sang très particulier, une Fontaine de Jouvence que l’on connaît, tout comme des armures et masques mystérieux en orichalque ou encore des sacrifices humains, tout y passe et ça passe très très bien, car il associe cela à une histoire pleine de sel et d’émotion.
Car oui, l’auteur écrit d’excellente scènes d’action, il pose merveilleusement son cadre et nous embarque dans des légendes et magies fascinantes, mais en plus il met de l’émotion dans son histoire grâce à une riche écriture des personnages. D’entrée, on sent qu’on a avec Cérès une héroïne marquante qui, si elle a cette place et ce respect dans l’armée, ce n’est pas pour rien. On aime découvrir au fil des aventures les failles qu’elle cache et la force dont elle doit faire preuve pour avancer. A ses côtés, la douce Camellia a aussi eu un sacré destin et lutte sans cesse contre celui-ci. Elles offrent toutes deux un duo plein d’émotion, finement et justement écrit. Il y a aussi, toujours dans les personnages féminins, la princesse Nahikari qui a tout de la vipère politique fascinante. J’aurais aimé qu’on la développe un peu plus. Quant aux personnages masculins, ils sont tout aussi réussi. J’ai eu pitié de ce Vice-Roi trop gentil. J’ai été charmée par Artémis, ce capitaine de navire, neveu du Roi, trop sûr de lui mais qui au final ne lâche rien. Et que dire de l’ambiguïté du prince Amaru, il m’a fait mal au coeur et dégoûtée en même temps. L’Empire du Léopard ne fut donc pas qu’une aventure riche et explosive, mais aussi une aventure portée par de sacrés personnages que j’ai aimé découvrir au fil des pages et ce jusque dans les dernières lignes.
Emmanuel Chastellière parvient donc à composer ici en un tome une fresque des plus complètes qui nous plonge juste dans un épisode de ce monde colonial d’inspiration sud américaine qu’il a imaginé. Il y a de la profondeur, de l’émotion, de la stratégie, de l’action, de la magie, des légendes. C’est sombre, étouffant, poisseux, à l’image du lieu et des populations pris pour cadre. Ça donne diablement envie d’autres textes de Gunpowder fantasy dans ce cadre précolombien et colonial car c’est vraiment dépaysant !
Ça faisait longtemps que je voulais lire L’empire du léopard, le roman d’Emmanuel Chastellière a très bonne réputation et tape dans une fantasy à poudre très peu exploitée chez nous. Mais j’ai trainé des pieds parce que je trouve la couverture très moche. C’est con hein, mais oui, ça joue. M’enfin voilà, j’ai sauté le pas, et je ne regrette rien.
Le colonel Cérès Orkatz conduit ses troupes sur la péninsule de la Lune d’or, récemment conquise par le royaume du Coronado. Un peu délaissée par son roi, déçu de ne pas avoir trouvé les richesses tant espérées, elle maintient tant bien que mal la position du conquérant, négocie avec les indigènes et attend des renforts qui n’arriveront sûrement jamais. Pourtant ils seraient utiles ces renforts, ne serait-ce que pour s’emparer du dernier coin à résister au Coronado : L’empire du léopard, abrité par ses montagnes. Mais voilà qu’une occasion se présente peut-être, et Cérès va remuer ses hommes et ses femmes, dont certains rêvent encore de la légendaire cité de Tichgu et de sa fontaine de Jouvence.
Le roman alterne plusieurs points de vue mais le principal est celui de Cérès, qu’on surnomme La Salamandre. Mais nous avons aussi la perspective de la jeune Camellia, indigène secourue par le colonel alors qu’elle était promise à un sacrifice dégueu, et on passera aussi par quelques autres protagonistes. Cérès accompagne le vice-roi Philomé qui gère un peu le côté diplomatique et politique, enfin il essaye, c’est pas gagné. Elle est également épaulée par son intendante Dumelin, accessoirement une amie fidèle. Tout ce petit monde sera ensuite rejoint par le jovial Artemis Cortellan et sa troupe de mercenaires. La dynamique des personnages et leurs relations, sont très bien mises en place par l’auteur. Il faut dire qu’il prend son temps pour démarrer, la première moitié du bouquin (qui fait déjà plus de 600 pages) s’applique à poser l’univers et le (gros) casting, à décrire la vie de l’armée, ses enjeux et ses problèmes. On pourrait trouver ça un peu longuet mais je me suis jamais ennuyé, le roman pose tranquillement ses bases avec minutie.
Et la seconde moitié marque un tournant, au moment où l’armée du Coronado arrive dans les montagnes de l’Empire du léopard, ça part un peu en cacahuète mais il ne faudrait pas trop en révéler ici. Sachez seulement qu’il va y avoir des morts et du sang… Beaucoup de sang… Partout. Ça part avec une bonne dose de surnaturel, Emmanuel Chastellière joue avec l’image des peuples pré-colombiens, leur jungle, leurs cultes, les sacrifices bien gores, les éclipses. C’est peut-être un peu cliché mais ça reste très bien mené. Moi évidemment je pense à Tintin et Le temple du soleil, parce que je suis extrêmement cultivé, mais on me glisse à l’oreille que ce serait plutôt un hommage à Berserk, manga et animé que je connais pas du tout. Bon, tant pis, je vous laisse l’info là.
L’empire du léopard s’inscrit dans une « Colonial fantasy » ambiance Amérique du sud mais pourtant le contexte technologique ne fait pas très Christophe Colomb. Quelques années après la conquête, on est déjà en train de poser des chemins de fer, on a des armes à feu, des mortiers, et plein de trucs « modernes » (tout est relatif) qui évoquent plus le far west américain que l’ambiance Eldorado. Le résumé nous donne même un année, « 1870 », ça largue une référence temporelle dans un univers fictif qui joue avec les époques, choix étrange qui n’aide pas beaucoup. Pourtant le mélange des genres fonctionne très bien, tout est cohérent et donne de la fraicheur à l’ensemble.
Mais ce qui m’a le plus accroché dans ce roman c’est l’évolution de tous ces personnages, l’histoire va devenir plus intime et personnelle, le côté militaire (par ailleurs très bien géré) est un peu laissé de côté. On se rapproche des protagonistes, ils sont confrontés à leur passé, à des forces inconnues et à une énorme trouille. J’apprécie beaucoup la gestion du thème colonialiste, c’est bien joué car jamais trop manichéen d’un côté comme de l’autre, on sent bien l’histoire d’humains placé dans les grosses paluches de l’histoire et qui essayent de faire au mieux. Y’a des salauds des deux côtés, y’a de la noblesse des deux côtés aussi, mais chacun avec leur culture et leurs valeurs.
J’ai seulement trouvé parfois quelques résolutions qui échappaient aux personnages, l’impression que certains subissent l’intrigue plus qu’ils ne la vivent. C’est surtout le cas de Camellia (avec une petite dose de magie magique qu’on sait pas trop comment ça marche mais ça marche) et parfois de Cérès. Mais pour cette dernière c’est rattrapé par quelques scènes vraiment cool où elle prend les choses en main sans se faire prier. D’ailleurs on saluera également un casting principal féminin qui en jette sévèrement, c’est à souligner.
Si on oublie mes quelques chipotages, L’empire du léopard est une lecture convaincante. Une histoire de colonisation, de femmes, de sang et d’émotions portée par d’excellents personnages. Oui, d’accord, je vais acheter la Piste des cendres qui se passe dans le même univers.
Emmanuel Chastellière nous emmène au royaume de Cornado, et plus précisément dans sa colonie de la Lune d'Or. On y suit une communauté de personnages dont le colonel Cérès Orkatz. Elle est chargée d'y maintenir l'ordre et d'assurer la sécurité du vice-roi, Philomé. La conquête a été difficile et est incomplète. Les lieux ne sont donc pas sûrs. De plus, Cérès doit faire avec un maigre bataillon de soldats tout en devant faire face aux assauts violents d'indigènes rebelles. En outre, l'empire du Léopard résiste encore au Cornado, ce qui pèse davantage sur l'avenir de la colonie. Or, l'arrivée d'une missive proposant un rapprochement entre le Cornado et l'empire grâce à un mariage arrangé risque d'ébranler les certitudes de chacun. Est-ce la bonne solution pour mettre un terme au conflit qui les oppose ? Ou est-ce un piège ? Nul ne sait comment les choses vont tourner. Mais tous devront prendre la route pour affronter leur destin.
Déjà cinq romans à son actif et une vingtaine de nouvelles, le cofondateur du site Elbakin est un auteur prolifique. Il excelle avec les mots en arborant avec brio sa double casquette de traducteur et d'écrivain.
L'Empire du Léopard est une oeuvre riche qui aborde moult thématiques. La plus importante est sans doute celle du colonialisme qui fait office de fil directeur de l'intrigue. En alternant les points de vue, l'auteur nous met aussi bien dans la peau des colons que dans celle des colonisés. L'immersion est ainsi totale. On goûte à la défiance, à l'incompréhension, à l'intolérance, inévitables lorsque deux cultures se rencontrent pour la première fois. Cela génère souvent des déceptions et des conflits. Emmanuel Chastellière explore d'ailleurs avec beaucoup de talent cette délicate situation.
L'autre élément important au cœur de ce texte est la place qu'occupent la religion et les cultes. La diversité des croyances provoquent des étincelles et des heurts. Pour preuve, l'abandon des anciennes croyances au profit du culte du Soleil au sein de l'empire du Léopard démontre bien la faille d'un tel agissement. On ne peut nier les cultures des uns et des autres sous peine de recevoir un terrible retour de bâton.
L'Empire du Léopard est un récit enlevé et intense qui nous tient totalement en haleine. Emmanuel Chastellière y dresse le portrait de nombreux personnages aux personnalités variées. On s'attache à eux au fil des pages. On apprécie leurs petites histoires ainsi que les complots qui ne manquent pas d'éclore ici ou là. Une pléiade de héros qui, avec leur singularité, pimentent bien ce récit, à l'instar du personnage majeur qu'est Cérès Orkatz. Militaire accomplie et guerrière-née, elle peut aussi faire preuve d'une grande humanité. Meneuse d'hommes, elle sait fidéliser ses troupes. Pour autant, elle n'est pas un soldat sans âme et nous dévoile au fur et à mesure du livre ses zones d'ombre, ses doutes, ses fêlures et ses attachements. Elle est un personnage complexe qui donne la mesure du travail accompli par l'auteur pour offrir à son histoire des personnages fouillés.
L'Empire du Léopard, c'est le gage d'une lecture passionnante, fruit d'un auteur de talent dont on n'a pas fini d'entendre parler.