Pas facile de vivre en société quand on est différent...Imagine : autour de toi, des personnes qui parlent dans une autre langue que la tienne depuis ta naissance, qui se comprennent et plaisantent entre elles. Tu es là, tu les regardes faire, mais sans comprendre. Parfois, tu aimerais bien entrer dans la danse, faire partie de ce joyeux brouhaha, mais une frontière invisible que tu es seule à voir vous sépare. La plupart du temps, cette distance n’est pas gênante. Tu n’as jamais eu conscience de ne pas faire partie des leurs, jusqu’au jour où on te l’a hurlé, jusqu’au jour où quelqu’un t’a démasquée et que tous les regards se sont tournés vers toi avec suspicion. Tu ne sais pas exactement quand c’est arrivé, en revanche tu as appris la leçon : passer inaperçue, te fondre dans la masse, performer la normalité. Tout cela n’était pas négociable, c’était même devenu une question de survie. Des années plus tard, j’ai appris à me créer ce « joyeux brouhaha », à m’inventer une danse sociale bien à moi et, mieux encore, à y entraîner par inadvertance ceux qui croisaient distraitement mon chemin. Ce livre est dédié à tous les chelous, les ratés, les tarés, les anormaux, les excentriques, les fous, les incorrigibles, les inéducables, les pas sortables… Et à tous ceux qui, derrière leur écran de normalité, se regardent seuls dans le miroir en se demandant : « C’est quoi, mon problème ? ».Découvrez le témoignage authentique et haut en couleurs d'une jeune fille autiste !EXTRAITLa première fois que j’ai lu un article sur le syndrome d’Asperger, j’ai pleuré pendant deux heures, abattue : tous ces efforts, cette lutte permanente contre moi-même, mes années passées à étudier les gens autour de moi et à les imiter, à essayer de comprendre leur langage, tout cela avait donc été vain ? Je serai comme cela pour toujours ? Je lis sur des forums des témoignages qui me brisent le cœur, des personnes qui découvrent être Asperger passé la cinquantaine et qui ont souffert toute leur vie. Je refuse que cela m’arrive, je souffre déjà trop. Je me doute bien que je suis en train de plonger dans la dépression : je dors beaucoup trop, suis fatiguée. Mes passions habituelles – dont mon sujet de master à la fac – me laissent froide, et j’éprouve toujours cette douleur atroce en moi, comme une ombre qui me rongerait et m’écraserait en permanence. Je comprends à présent que des personnes préfèrent mettre fin à leurs jours plutôt que d’endurer cette souffrance une minute de plus. Je sais aussi que je risque l’internement si je formule cette pensée à voix haute face à un psy. Je ne connais rien du monde psychiatrique, mais j’y vois un danger, un enfermement de force possible, et j’écoute cette petite voix en moi qui me dit de fuir les « soignants » comme la peste.Puisque je ne peux pas changer qui je suis, il me faut changer mon quotidien. Je dois fuir cette vie assommante, fuir ces gens qui ne me comprennent pas, partir loin.
Un livre parfait, avec une écriture légère comme la crème, et parfois drôle, pleine de dérision, et surtout, un témoignage comme on en entend peu. Je suis assez estomaqué d'apprendre tout ce qu'a vécu l'auteure, Julia March, et j'ai de l'admiration pour elle. Je la remercie également, elle et d'autres comme Julie Dachez, d'apporter une nouvelle voix à l'autisme, dans laquelle je me suis retrouvé.
PS : plein de câlins à tous les autistes tardivement diagnostiqués comme moi et qui se mettent à dévorer tout ce qu'ils trouvent sur le sujet, comme ce superbe livre !
Un livre honnête qui valorise l'expérience autiste Asperger
En tant que femme autiste, je me suis reconnue dans les pages de ce livre, surtout quand il s'agissait de l'enfance solitaire et plain de frustration. L'écriture est drôle et captivante.
Si comme moi vous aimiez la prose de Julia March sur son blog, vous aimerez probablement ce livre également. Son style est fluide, agréable à lire, et il y a toujours beaucoup d'humour même quand les sujets abordés sont durs. On ne s'ennuie pas une ligne, je l'ai dévoré en trois jours d'une traite. Ce livre est un témoignage, un récit de l'enfance, l'adolescence et les années de jeune adulte de Julia March ; le livre qu'elle aurait aimé lire, comme elle le précise au début. Harcèlement scolaire, prosopagnosie, violences intrafamiliales, misogynie, sectarisme, dyscalculie, classisme, médiation animale : beaucoup de thèmes sont traités. C'est vraiment chouette de lire ce témoignage d'une femme autiste francophone. Les quelques dernières pages en particulier envoient valser le modèle médical du handicap et les discours de langue de bois sur l'autisme. Bien que très personnel, c'est un livre très engagé à n'en pas douter (que ce soit sur le validisme, le féminisme ou le classisme, entre autres), ce que j'ai beaucoup apprécié en tant que personne concernée par tout ça. J'espère de tout cœur que Julia March écrira et publiera davantage.
Je l'ai lu en 24h, je suis tombée dedans comme dans une boite de chocolats. Ce livre témoignage est tellement riche en exemples concrets, en ressentis, c'est une pépite. Je suis peut-être concernée (en cours de diag) et je ne suis pas plus avancée après cette lecture à ce sujet parce qu'il s'agit d'un récit personnel. On y apprend aussi la vie des témoins de Jéhovah, très intéressant.
La fille pas sympa (March, J., 2017) est le pendant autobiographique de La différence invisible. L’ouvrage est parfaitement lisible, composé de chapitre impeccablement rédigés. Plusieurs formulent resteront – ainsi, de la « copine paravent », ces copines que Julia, pendant toute sa scolarité, utilisait tout à la fois comme modèle de comportement à calquer, brise-glace social, etc. Ayant par ailleurs grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah, l’auteure montre très bien comment le syndrome d’Asperger peut être tout à la fois un facteur de fragilisation à la sujétion, en ritualisant certaines habitudes infantiles ; mais aussi d’émancipation, par l’hyper-rationalisation de certains fonctionnements cognitifs, mais surtout par la prégnance moindre du joug social. Avec Je suis à l’est !, c’est sans aucun doute le récit de vie le plus emblématique dans l’errance et les difficultés d’identification dont ces profils très compétents ont pu avoir à souffrir avant leur diagnostic tardif.