Quelques citations tirées du livre et qui ciblent (selon moi) l'essentiel de ce qu'est l'anarchisme (racines psychologiques/historiques, particularismes, son telos) :
- « Les premiers anarchistes disent, au contraire, que la liberté, l’égalité, la solidarité, et même l’ordre social n’existent réellement que lorsqu’il n’y a plus de distinction entre gouvernants et gouvernés, et que tout le monde peut participer aux décisions collectives. Tant qu’il y aura des chefs et des subalternes, il y aura des tensions et des conflits sociaux, mais évidemment ni liberté ni égalité. »
- « Aujourd’hui, voter semble être un geste sacré, et ne pas voter constitue en quelque sorte un péché. Cette condamnation publique de l’abstention a quelque chose de curieux. Le taux de participation électorale n’a jamais affecté réellement la capacité d’un État à fonctionner. Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne est la plus grande puissance du monde libéral, alors que seulement 15 % des hommes adultes ont le droit de vote. Même si les politiciens qui nous gouvernent sont élus par seulement 40 % ou 30 % des suffrages, rien n’empêche l’État de fonctionner, c’est-à-dire de mener des guerres, de signer des traités internationaux, de lever des impôts et de prélever des taxes, de payer les fonctionnaires qui vont administrer des tribunaux, des écoles, des prisons et gérer de grands travaux publics. Je crois que ce que l’abstentionnisme a de si insultant aux yeux de celles et ceux qui votent, c’est qu’il vient miner la crédibilité d’un geste auquel on accorde tant d’importance. »
- « L’anarchisme, ce n’est pas seulement une affaire de valeurs déclarées ou de connaissances engrangées, c’est aussi une exigence éthique qui nécessite de rejeter les statuts privilégiés que propose le système culturel élitiste et les avantages qu’ils nous confèrent. En anarchie, il n’y aurait plus de distinction entre maîtres et disciples, entre intellectuels et travailleurs manuels ».
- « Mais là encore, on ne peut que proposer de manière un peu réductrice de diviser l’anarchisme en courants ou tendances, même si dans la réalité les frontières les séparant ne sont pas toujours très claires. Il est possible d’identifier l’anarcho-communisme, l’anarcho-syndicalisme, l’insurrectionnalisme, l’anarchisme individualiste, l’anarcha-féminisme et l’anarcho-écologisme. Tu comprendras donc que les anarchistes peuvent avoir différentes conceptions de la politique, de la société et des priorités militantes. »
- « Benjamin Constant, cherchait à distinguer la liberté des modernes de celle des anciens. Il rappelait que les Grecs de l’Antiquité se considéraient libres si et seulement s’ils pouvaient participer aux assemblées à l’agora et prendre tous ensemble des décisions politiques. Or selon Constant, cette conception de la liberté aurait été abandonnée, avec la modernité et le libéralisme, pour une autre, à savoir qu’un individu se croit libre s’il n’a pas l’obligation de s’occuper de politique puisqu’un autre s’en occupe à sa place (un chef d’État ou un député, par exemple). Cette distinction est très séduisante et correspond bien à l’expérience de plusieurs «modernes» qui se plaignent que les assemblées et les réunions militantes sont ennuyeuses et prennent vraiment trop de temps. Mais le diagnostic de Constant comporte au moins trois failles : premièrement, il oublie de mentionner que le capitalisme exige de consacrer beaucoup plus d’heures au travail, laissant peu de temps pour la politique ; ensuite, il est pour le moins problématique pour des individus «modernes» qui ne s’intéresseraient pas à la politique de laisser le pouvoir à un autre individu moderne, qui risquerait alors de gérer les affaires communes selon ses intérêts personnels »
- « Deuxièmement, le néolibéralisme prône une liberté individuelle n’ayant d’autres objectifs que d’avoir, c’est-à-dire de consommer et d’accumuler des biens et de la richesse, alors que la liberté individuelle des anarchistes doit aller de pair avec l’égalité et l’entraide. Pour les anarchistes, être et faire collectivement est plus important qu’avoir individuellement. »
- « La domination, l’oppression, l’inégalité sont autant de venins qui polluent notre psyché et nos relations sociales, brouillent notre conscience et minent notre estime de soi, ce qui a pour effet de rendre difficile d’imaginer la vie autrement, d’imaginer se révolter pour être autonome, individuellement et collectivement.»
- « Grâce à ce dialogue avec toi, j’ai pris mes distances avec le côté traditionnellement et uniquement négatif rattaché à l’anarchie et j’ai pu me rendre compte que c’est plutôt un concept chargé d’espoir. Voulant se débarrasser de l’autorité, synonyme de pouvoir, sous toutes ses formes, elle vise une société libertaire et égalitaire. L’autorité parentale, on s’en libère naturellement si l’on reçoit l’éducation appropriée ; l’autorité de l’État, on peut essayer de n’en garder que ce qu’on appelle la Providence, soit l’entraide ; contre l’autorité de la religion, on peut adopter une attitude anticléricale et essayer de vivre dans une société où les athées ont leur place et où la religion reste dans le domaine privé ; contre l’autorité patriarcale, on peut soutenir et encourager le féminisme ; contre l’autorité du capitalisme, la lutte se fait dans la mesure du possible par l’entraide et par le mouvement altermondialiste ; contre le racisme sous toutes ses formes, il faut se montrer vigilant et déconstruire les théories prônant la supériorité d’une race sur les autres. Et pourquoi, finalement, ces luttes et ces combats de tous les instants ? Pour en arriver, même si c’est une utopie, à une société dont la devise serait ''Liberté, égalité, entraide et justice ''. Reprenons donc en conclusion cette belle définition de Louise Michel, qu’on aurait pu placer en exergue : ''L’anarchie c’est l’ordre par l’harmonie.'' Mais n’oublions pas que, comme le pense Noam Chomsky, ''la définition de l’anarchie n’appatient à personne''. »