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Tout le monde reconnaît que les médias sont en crise. Les journaux ont licencié leurs salariés par les milliers. Les médias exclusivement en ligne, comme Huffington Post aux États-Unis et Médiapart en France, existent précairement grâce aux dons de ses lecteurs et des revenus publicitaires qui continuent de baisser. Les médias traditionnels, comme le Washington Post, ont été achetés par des milliardaires comme Jeff Bezos et pendant que leurs investissements ont sauvé ces institutions à court terme, il n'est pas du tout clair s'il y a d'autres motivations qui planent dans les ténèbres.
Julia Cagé, une professeure à Sciences Po et experte en économie des médias, a écrit une analyse forte et polémique. Elle a essayé de repenser comment gérer des entreprises médiatiques à cette époque de finances précaires. Pour Cagé, il n'y a aucune raison pour laquelle il faut gérer des journaux et des stations de radio, ainsi que d'autres formes de médias dédiées à fournir l'information au public, comme des entreprises qui ont pour but de maximiser leur profit. D'après son apte analyse, il y a une contradiction entre la capacité de fournir l'information claire et raisonnable et le désir d'accroître le chiffre d'affaires.
Pour ceux qui ont travaillé dans les médias, il est clair qu'à cette époque-ci de la concurrence impitoyable l'agrégation de contenu écrite par les agences de presse et la réécriture des articles à peine changées d'autres journaux ou sites web coûtent moins que la création de nouveau contenu ou de journalisme d'investigation. Il y a trop de concurrence médiatique de ce mauvais genre, trop d'espace publicitaire (qui crée trop d'offre et pas d'assez de demande) et trop de consolidation des médias importants. Nous sommes au point où personne ne sait à qui faire confiance.
Il est temps de repenser la création d'information comme un bien public et de reformuler les médias comme associations à but non-lucratif. Cagé sépare soigneusement les médias respectés et gouvernés par un fort code d’éthique journalistique comme The Boston Globe et Le Monde, qui peuvent bénéficier d'un nouveau type de management, d'avec les hebdos commercials et les publications qui se livrent au trafic de fake news comme ce canard de mythes américains, The National Enquirer.
Il faut créer, d'après Cagé, des "sociétés de médias" qui sont un hybride d'une société d'actions traditionnelle et d'une fondation publique. Sans entrer dans les petits détails, ce nouveau type d’entreprise est comme une fondation parce qu'il ne permet pas aux donateurs de retirer leurs dons et les vendre au plus offrant. Dès que l'on donne de l'argent à la société, il reste là-bas. Les plus petits donateurs, y compris ceux qui ont participé à crowdfunding en ligne, ont leurs droits de vote garanties s'il y a une recapitalisation jugée nécessaire parce que le principe d'une action, une voix ne tient plus après qu'une personne a investi 10 % de la valeur de l’entreprise. Grâce à ce principe, il est par exemple impossible pour un milliardaire de prendre le contrôle total d'un journal. De plus, tous les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, qui permet à l'association d'augmenter les salaries des journalistes ainsi que le nombre de reportages d'investigations, qui sont chers mais nécessaires au bon fonctionnement d'une démocratie.
La situation que font face les médias est ardue mais pas insurmontable. Il n'est pas clair si le modèle de Cagé sera la grâce salvatrice du monde médiatique. Tout ce que je sais, c'est qu'il faut innover ou nous risquons de perdre le plus grand frein et contrepoids qui fait fonctionner nos démocraties. Cagé présente un chemin vers l'avenir et vers l'espoir que nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer.
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Everyone recognizes that the media is in crisis. Newspapers have fired their full-time staff by the thousands. Online only media, like HuffPo in the U.S. and Médiapart in France, precariously exist thanks to gifts from their readers and advertising revenue which continues to fall. The traditional media players, like WaPo, have been bought by billionaires like Jeff Bezos, and while their investments saved these institutions in the short term, it’s not at all clear if there are other motivations lurking in the darkness.
Julia Cagé, a professor at Sciences Po and an expert in media economics, has written a strong and polemical analysis. She has tried to rethink how to manage media companies in this era of precarious finances. For Cagé, there is no reason why we have to manage newspapers and radio stations, as well as other forms of media dedicated to supplying information to the public, like businesses whose only goal is to maximize profit. According to her apt analysis, there is a contradiction between the ability to supply clear and reasonable information and the desire to increase revenue.
For those who have worked in the media, it’s clear that in our era of relentless competition the aggregation of content written by newswires and the rewriting of articles barely changed from other newspapers or websites cost less than the creation of new content or investigative journalism. There is too much media competition of the bad kind, too much space for ads (which creates too much supply and not enough demand), and too much consolidation. We are at the point where no one knows who to trust.
It’s time to rethink the creation of information as a public good and to reformulate the informative media as non-profit associations. Cagé carefully separates respected media governed by a strong code of journalistic ethics, like the Boston Globe and Le Monde, which can benefit from a new type of management, from the commercial weeklies and the publications which traffic in fake news, like that rag of American myths, The National Enquirer.
It’s necessary to create, according to Cagé, “sociétés de médias” which are a hybrid of a company owned by shareholders and a public foundation. Without getting into the nitty gritty, this new type of enterprise is like a foundation because it doesn’t allow donors to take their gifts back and sell them to the highest bidder. As soon as you give money to the organization, it stays there. Also, the smallest donors, including those who participated in online crowdfunding, have their voting rights guaranteed if a recapitalization is judged necessary because the principle “one share, one vote” becomes moot after a person has invested 10% of the value of the enterprise. Thanks to this principal, it is impossible, for example, for a billionaire to take complete control of a newspaper. Moreover, all of the profits are reinvested in the enterprise, which allows the association to increase journalists’ salaries as well as the number of investigative reports, which are expensive but necessary for a functioning democracy.
The situation that the media faces today is formidable but not insurmountable. It’s not clear if Cagé’s model will be the saving grace of the media. All I know is that it’s necessary to innovate, or we risk losing the greatest check and balance which makes our democracy function. Cagé presents a path towards the future and towards hope that we cannot ignore.