Serge Le Chenadec doit se rendre à l'évidence : sa femme le méprise, ses enfants le fuient ou, au mieux, l'ignorent. Clément, en apparence, va mieux. Il vient d'accepter un projet éditorial étrange : rendre les classiques conformes aux normes morales d'aujourd'hui. Il s'y plie, de mauvaise grâce. Les deux hommes ne se connaissent pas et n'auraient jamais dû se rencontrer. Pourtant, la fiction et la réalité vont tisser entre eux ce lien unique que seuls les livres peuvent créer. Patrice Jean vit à Guérande. L'Homme surnuméraire est son quatrième roman.
Voici le meilleur livre que j'ai lu cette année autant sur la forme et le fond.
Ce livre est un diptyque entre deux récits.
Le premier récit est un roman qui s'appelle L'homme surnuméraire, c'est un roman dans le roman : une mise en abyme. Cette histoire raconte la vie de Serge, agent immobilier un peu bof qui voit sa femme et ses enfants devenant de plus en plus bobos s'éloigner de lui.
Le deuxième récit est l'histoire de Clément : un intellectuel un peu raté qui échoue dans une maison d'édition humaniste et qui va tomber sur le roman en question.
Le roman a pour thème les rapports humains non seulement dans le roman ayant pour sujet Serge mais au sein de l'entourage de Clément. Il s'en suit une analyse de ces rapports en société : du snobisme de certains jugeant la populace, de l'intellectualisme sans queue ni tête, sur la vacuité de la vie et de l'impossibilité d'un amour parfait. La littérature est alors vue comme le seul outil pour décrire avec acuité ces rapports tant les sciences comme la sociologie sont désincarnés et fade. Ce livre est une critique assez juste de notre société contemporaine divisée en winners et en losers, en dominants et dominés, une division de la société en castes en fonction du diplôme, du capital culturel, du salaire. Celle-ci mine les rapports sociaux entre collègues, amis, amants, famille entre écrivains et lecteurs.
Les personnages sont vraiment convaincants, la structure extraordinaire, la prouesse littéraire est sans commune mesure. Les phrases et le vocabulaire sont magnifiques. Ce livre est pour moi un vrai chef d'oeuvre.
Si on ne fait pas attention, on peut tomber dans le piège de "l'intelligence" du propos de l'auteur. Il est si fort ce protagoniste (double de Patrice Jean) qui ferme le clapet à ces intellectuels et à la gauche... Sauf que c'est facile de gagner quand les arguments des contradicteurs sont médiocres. Ah ils n'ont rien à répondre ! Bah oui car l'auteur leur refuse une véritable intelligence. Bref, en dissertation il aurait 02/20.
Je passerai vite fait sur les personnages féminins du bouquin pour me concentrer sur la copine du protagoniste. Universitaire et intelligente, MAIS ATTENTION, moins intelligente que le protagoniste quand même. Comme ça, elle écoute les monologues de son mec et y répond mollement (en étant beaucoup trop émotive). Et puis aussi, elle se trompe et le protagoniste peut la corriger car il est très très intelligent.
En lisant le bouquin, j'ai beaucoup pensé à "La Grève" de Ayn Rand. Cette même malhonnêteté intellectuelle pour faire passer des idées ni brillantes ni recherchées. Face à la bêtise des "communistes" (et donc contradicteurs), la protagoniste de La Grève a l'air incroyablement intelligente. Comme on dit: Au pays des aveugles, les borgnes sont rois.
Une satire grinçante et réussie sur l'amour et la littérature, dont les idéaux s'engluent de concert dans l'hypocrisie et la folie de la société contemporaine. Toujours inactuel et mutin, Patrice Jean s'en donne à cœur joie, dans son style si pince-sans-rire, pour nous faire rire de la trajectoire tragique des modestes destinées humaines gouvernées par l'absurde.
C’est un livre qui ne m’a pas laissée indifférente. Il questionne quant au « bien-penser » et les extrêmes dans lesquels il peut nous amener. L’écriture est belle, riche ; je l’ai trouvée très agréable. La structure du livre, avec une bascule entre deux univers très différents qui se nourrissent l’un de l’autre et se rencontrent, sous une forme originale. Pourtant, je trouve certaines prises de position dérangeante (c’est sans doute l’intention de Patrice Jean), envahissantes et finalement un peu « facile », soutenues par un humour grinçant qui rend la contradiction ridicule. L’écrivain utilise lui-même la caricature pour nombre de ses personnages. Il y a des bienfaits à s’interroger sur le risque de l’extrême, mais il y a aussi une nécessité à avoir un discours un peu radical pour faire bouger la société, me semble-t-il.
Je suis rarement aussi sévère mais là quelle perte de temps, du faussement intellectuel, une structure et des idées qui auraient pu être intéressantes si l’histoire n’avait pas été polluée de vulgaire. Visiblement une des raisons du déclin de l’homme (genre) est à la fois sa naïveté mais aussi et surtout le féminisme (on aurait presque l’impression que l’auteur rappelle le bon temps de la femme à la cuisine tant son personnage principal a un souvenir ému de son schéma familial classique et suranné) - parce que visiblement un homme ne peut y adhérer que pour, encore une fois, céder à ses pulsions sexuelles (le personnage si secondaire d’Olivier) … tout est affaire de goût et ce livre est loin des miens.