"Alléger sa penderie, partir du travail le soir avec le sentiment du devoir accompli et non une culpabilité écrasante, refaire sa déco sans se ruiner et avec la certitude de ne pas avoir contribué un peu plus à épuiser les ressources de la planète, c'est assez jubilatoire. Tout comme de parler gentiment à son voisin dans le métro, à venir sans effort vestimentaire particulier à un anniversaire ou encore partir en vacances pas loin de chez soi. Quel soulagement soudain de vivre sainement et pleinement. De faire fi de codes sociaux exigeants au profit de plus de spontanéité. D'apprendre à apprécier ce que l'on a déjà, en arrêtant de vouloir toujours plus, toujours mieux."(p.22)
"La société suédoise est imprégnée par le Jantelagen ou "loi de Jante", un code de conduite propre aux pays nordiques inspiré par le roman "Un fugitif recoupe ses traces" (En flygtning krydser sit spor), dans lequel l'écrivain dano-norvégien Aksel Sandemose, en 1933, formula les règles qui, selon lui, régissaient sa petite ville natale, dans le Jutland, impliquant une certaine forme de modestie accompagnée d'égard pour les autres.
En d'autres termes, cela consiste à faire en sorte que les autres ne se sentent pas inférieurs. Et pour éviter à son voisin de se sentir nul, le Suédois va faire attention à rester dans la moyenne, à ne pas se montrer écrasant ni prétentieux. Le Suédois va ainsi éviter d'acheter la plus belle maison du quartier ou d'avoir une plus grosse voiture que tout le monde ou encore d'habiller ses enfants avec des marques de luxe ou de porter des bijoux très chers qui pourraient peiner quelqu'un, oui lui donner la sensation d'être minable."(p.32-33)
"La mode suédoise possède donc cette incroyable capacité à offrir ce que nous pourrions appeler des basiques qui se révèlent d'un style fou, une fois portés. Bien loin des pièces hors de prix de créateurs, chacun possède ici le goût du lagom pour choisir ses vêtements et se faire son propre style... dans tous les sens du terme. (...) Assez sage, peut-être, mais au tombé toujours parfait qui permet de se fondre gentiment dans la masse. Attention, n'allez pas croire que c'est un point négatif, au contraire ! Vous l'aurez compris, c'est précisément le but recherché : en Suède, peu de couleurs criardes, de style XXL ou d'expériences vestimentaires incertaines. Couleurs sobres et matières de qualité finissent de signer la silhouette suédoise par excellence.(p.45-46)
"En effet, cette modération chic dont les détails font toutes la différence ferait presque passer le lagom pour du snobisme, s'il ne nous laissait pas admiratifs par tant de naturel. Car la justesse du look tient à ce qu'il n'ait même pas l'air travaillé ! (...) Le style lagom possède cette facette "cool facile" qui semble aller de soi, et enlève à la mode toute idée de compétition.(p.46)
"Pour avoir les faveurs des Suédois, les enseignes doivent afficher une réelle éthique tout au long de leur processus de production, depuis les conditions de travail de la main d'oeuvre, même à l'étranger, jusqu'aux matériaux utilisés qui doivent être "propres", en passant par des points de vente éco-conçus. En bonus, les marques sont engagées dans des causes qu'elles soutiennent via les ventes. Le Suédois a donc non-seulement la conscience écologique tranquille quand il achète un pull dont il a vérifié auparavant que la laine était obtenue sans mauvais traitement des moutons, mais aussi la satisfaction de faire de son achat une bonne action puisqu'il sait q'une partie sera par exemple reversé à une association."(p.52)
"Et la Constitution suédoise donne à chacun le droit d'accéder à la nature, où qu'il soit ! Concrètement, les habitants ont le droit d'aller absolument partout à l'exception des jardins particuliers. On peut donc se promener à-travers bois, forêts, lacs, montagnes, sur le littoral mais aussi à travers champs, même sur des terrains privés, et y faire du vélo, skier, ou y planter sa tente librement ! Cette tradition millénaire inclut un droit de passage et de cueillette : chacun peut donc cueillir des fruits, des champignons ainsi que les plantes comestibles sauvages. La seule limite est l'engagement de ne pas "déranger" la nature et de respecter les propriétés privées, la faune et la flore, tant d'un point de vue sonore que visuel."(p.109)
"En Suède, de nombreuses familles disposent d'une résidence secondaire appelée stuga, nichée au cœur de grands espaces de nature, sans barrières autour du terrain. Là-bas, avoir une "maison à la campagne" n'est pas réservé aux gens les plus aisés. Il s'agit la plupart du temps de toutes petites maisons de bois rouge, parfois d'anciennes maisons de pêcheur, où le confort est réduit au strict minimum. On y trouve par exemple l'eau à la pompe et des "toilettes sèches" à l'extérieur, dans une minuscule cabane, souvent sans électricité ni eau courante. Les Suédois y passent alors quasiment tous leurs week-ends, profitant de moments contemplatifs de grand calme. De quoi s'oxygéner le corps et l'esprit. Ces petites maisons traditionnelles leur suffisent : pas question de travaux pharaoniques, d'afficher le plus grand jardin ou le plus grand salon aux yeux des voisins. D'ailleurs, souvent il n'y en a pas, merci aux vastes étendues de verdure : pas de compétition. Juste l'essentiel."(p.110)
"On est aussi lagom dans le choix des aliments et les manières traditionnelles de les conserver. En Suède, nous avons un long passé d'hivers isolés et rudes, pendant lesquels on ne pouvait pas consommer d'aliments frais, alors on a mis au point le système 1-2-3. On mélange 1 portion de vinaigre Ättika, 2 portions de sucre et 3 portions d'eau pour conserver parfaitement les légumes et leur donner un goût suédois inimitable."(p.144)
"Plus efficaces, plus heureux au travail, mieux compris par leur hiérarchie, les Suédois sont l'exemple même d'un management positif basé sur la confiance et le respect de l'équilibre personnel. Il n'est pas rare par exemple de voir un restaurant fermé pendant un mois entier l'été, en juillet, pendant que les employés sont en vacances pendant quatre semaines d'affilée, quand ce n'est pas six ! Tout le monde comprend. C'est normal. C'est lagom. Notez que les entreprises ne s'en portent pas plus mal et que ce qui peut sembler "permissif" chez nous n'a jamais empêché les Suédois d'être cratifs et leurs entreprises d'être super compétitives."(p.148)
"Autre exemple, en 2007 déjà, la BBC a élu Växjö, une petite ville dynamique du sud de la Suède, "ville la plus verte d'Europe" en raison de ses efforts en matière de développement durable. Depuis, elle sert d'exemple et remporte régulièrement des prix environnementaux. Cette ville, qui a commencé à épurer ses lacs pollués dès 1970, entend se passer totalement des carburants d'origine fossile dès 2030, augmenter sa part d'énergies renouvelables et construire des bâtiments passifs chauffés par la chaleur corporelle et par des applications électriques."(p.172)
"Quand je suis arrivée en Suède en 1966, j'ai tout de suite été fascinée par les différences que j'observais. Je me trouvais plongée dans "le lagom" suédois : il n'y a pas de bruits intempestifs, on respecte l'espace physique de l'autre, il n'y a pas de volets mais la nuit tombée, personne n'est curieux de votre intimité, on ne s'adresse pas non plus la parole indûment... Il m'a donc fallu essayer de mettre une sourdine à une vie trop extravertie, essayer de toujours "rester dans la moyenne". Dans la rue, pas d'excentricités : en hiver tout le monde a une doudoune discrète même dans les quartiers "chics". On ne distingue pas un grand patron de ses employés. Alors -envers du décor- tout est brun, gris, noir, marine, ce n'est pas folichon, surtout pendant le long hiver où les journées sont trop courtes. Il n'y a pas de lagom en météo ! Par contre, dès les premiers rayons de soleil tout change. Pour un étranger, la modération paraît alors ne plus exister quand il admire les Suédoises et les Suédois grands, blonds, bronzés en mini-tenues d'été en pleine ville. Mais s'ils donnent soudain l'impression d'abandonner toute retenue, cela viendrait plutôt de leur besoin de communier avec la nature et personne ne s'en offusque."(p.178)
"Comme la femme est au centre de la famille, elle ne va pas accepter un homme qui ne participerait pas aux tâches ménagères, il serait mis dehors toute de suite, ce serait impensable ! C'est dans notre culture de partager toutes les tâches. A la naissance, on choisit qui prend le congé, et c'est très courant que ce soit les hommes qui le prennent ! On voit ainsi beaucoup d'hommes avec des nouveaux-nés. Sinon, on sort souvent en famille : sortir en couple sans les enfants, ce serait les exclure. En fait, le couple sort rarement en tête à tête finalement... Soit les enfants sont inclus, soit les parents sortent séparément. Par exemple, les femmes sortent beaucoup entre copines le vendredi soir pendant que les papas gardent les enfants. D'autres fois les papas vont sortir de leurs côtés. C'est vraiment une société où la parité est tellement imprégnée de féminisme qu'elle est presque matriarcale. Une fille pourra apprendre à couper du bois avec son grand-père dans la maison de famille, pendant qu'un garçon fera un gâteau à la cuisine."(p.193)