Dès les premières pages, on ressent toute la tristesse de cette mère de famille, complètement anéantie depuis le départ de sa fille, Elea, pour la Syrie. Le manque est omniprésent, l'incompréhension est immense face à cet échec de n'avoir rien vu, ni entendu, malgré quelques signes avant-coureurs qui flottaient déjà autour de cette famille et, surtout, l'impuissance de ne pas savoir quoi faire pour la retrouver. Alors, tous les jours, cette maman écrit dans son journal. Elle se confie à Eléa, lui parle du quotidien, de sa peine, de son manque d'elle, de son père Samir, qui, depuis son départ, a perdu la tête et séjourne en hôpital psychiatrique. On jongle entre les points de vue de la mère, du père et de cette adolescente.
D'un côté, nous avons toutes les démarches effectuées et le combat de Laurence, la mère afin de retrouver son enfant, ainsi que les rencontres avec les autres parents qui sont dans la même situation. Pis, nous avons le père, une fois interné, vit entre rêves et cauchemars, délires et sérieux, songes et la réalité, l'Algérie et la France. Il fait un peu sourire par sa folie, mais c'est le coeur brisé qui l'a rendu ainsi et qui a brisé le mien également. Et, il y a Elea, qui tient son journal intime depuis un an, qui raconte ses amourettes, sa haine pour le système, les parents, les amis, les sorties. Une ado normale, jusqu'à sa rencontre via les réseaux sociaux, avec ce jeune homme. Etape par étape, on suit tout le processus mis en place par cet homme pour l'accaparer dans ses filets, la manipuler par des mots gentils, par les sourates du coran et la travailler par ses failles, ses peurs, pour qu'elle se perde dans son identité, au point de tout rejeter et devenir quelqu'un d'autre. Finalement, l'emprise psychologique est incroyablement efficace, puisqu'elle ne peut plus se passer de lui et ce, jusqu'à une totale soumission. L'embrigadement.
CITATION : On ne sait jamais ce qui fait d'une personne une proie, ni pourquoi l'emprise fonctionne sur un individu et pas sur un autre. Une sensibilité particulière, sans doute... Un moment aussi, évidemment.
Bien que l' histoire soit fictive, elle reflète très bien notre société actuelle, nous mettant en garde contre les réseaux sociaux et tous ces pièges qui en regorgent pour attirer, séduire, manipuler, embrigader nos enfants, nos ados, nos jeunes afin qu'ils se sentent spéciaux, différents et importants. Et il suffit d'un rien pour être une bonne cible. Un récit qui fait réfléchir.