Ion Pillat (1891-1945), poète roumain, se fit connaître, entre autres, par ses monostiches. Son art de la concision, de l'expression indirecte, surprennent toujours aujourd'hui et excitent la curiosité. Cette nouvelle traduction rend enfin un premier volume de son œuvre disponible au lecteur francophone, en regroupant une sélection de ses poèmes.
Voici le genre de poésie que j’aimerais lire plus souvent, voire parfois que je voudrais créer moi-même. Apres avoir lu quelques extraits sur babelio, je savais que ces poèmes allaient me plaire et j’ai découvert Monostiches et autres poèmes d’Ion Pillat avec bonheur.
Toute la première partie (à part le poème d’introduction « Pas un Espar ») est composée de monostiches, des poèmes d’un seul vers, évocateurs et fugaces, comme la brièveté magique d’un instant, d’une émotion, d’une pensée… L’auteur réussit à capter l’attention du lecteur dans le tempo et la respiration d’une simple phrase. Il invite les lecteurs à s’arrêter, s’appesantir… Ce sont des poèmes qui doivent se lire au goutte à goutte pour en apprécier toute l’essence. La deuxième partie comporte des poèmes plus longs assez contemplatifs, évoquant des lieux où il a vécu, qu’il a visité, des peintures, des fresques, des époques avec nostalgie et réflexion. On y retrouve aussi des références à la mythologie grecque et latine. Dans la structure, on retrouve souvent en échos les premiers et derniers vers d’une strophe qui se répètent, ce qui apportent un côté chantant aux poèmes. Les vers peuvent être libres, peuvent comporter des rimes ou pas, mais à chaque fois, ils sont variés et plein d’une émotion tout en retenue.
Je ne sais pas si tous les poèmes sont écrits en roumain dans la version originale (la recueil n’étant pas bilingue). Néanmoins, j’aimerais saluer le travail de traduction de Gabrielle Danoux et Muriel Beauchamp. La poésie est le genre littéraire le plus compliqué à traduire : maintenir le rythme des phrases, la versification, les rimes tout en gardant le sens du texte dans une autre langue que l’original relève parfois de l’exploit.
J’aurai du mal à citer des poèmes en particulier, car je les ai tous trouvés magnifiques. Le diptyque « Soldats de plomb… » « …Poupée de cire » a retenu mon attention, évoquant tour à tour les jeux innocents de l’enfance et la violence de la première guerre mondiale, ce qui crée un contraste saisissant et profond. Le recueil se termine en apothéose sur « Echos Marins » , évoquant en un jeu de questions-réponses, la rencontre de marins sur un trirème avec une sirène, au large de la Grèce, qui m’a laissé comme pour ces marins, le regret de quitter la poésie de ce très beau recueil d’Ion Pillat.
Ion Pillat was a Romanian poet, often regarded as a symbolist. I read the French translation of a selection of his poems. While not a part of the avant-garde, Pillat nevertheless wrote original poems. First, his "monostiches", poems that consist of a single poetic line, echo Romanian popular culture, especially "cimilituri", which are little enigmas or guesses. Pillat's lines may be read to someone else, so that he tries to discover the title. The form usually looks classical, although for his time and the country he lived in, the poems really weren't : they do not always rhyme and the number of syllables is often irregular. The verse dealing with war are among the most impressive, the author was deeply involved, as he fought for his country during the first world war and before. Otherwise, he looks for exoticism, trying to escape, more and more as he grew older : he died in 1945, his son was imprisoned under the comunist regime. He had lived catastrophes, maybe he saw others coming.