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Histoire du Front populaire: L'échapée belle (HISTOIRE DE)

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Grèves, manifestations, tribunes politiques et syndicales…Par un puissant mouvement social, le Front populaire change la vie des Français : congés payés, semaine de 40 heures, hausse des salaires… Dans un élan d’espérance sans pareil, c’est tout un peuple qui retrouve la foi dans un avenir meilleur.

De 1936 à 1938, les gouvernements du Front populaire, et notam-ment celui de Léon Blum, lancent des réformes historiques. L’objectif : défendre et renforcer la République dans une Europe minée par la crise économique et sociale et l’expansion des régimes autoritaires et fas-cistes. Tant dans les villes que dans les campagnes, c’est la liesse. Les ouvriers occupent les usines, les paysans luttent contre les saisies, les familles partent en vacances, les femmes et les jeunes gagnent une plus grande place dans la société.

Néanmoins, si l’image de la joie collective frappe encore les esprits, elle masque les tensions sociales, politiques et internationales, la peur du désordre et de l’entrave à la propriété privée, voire d’un complot venu de l’étranger. De l’espoir au désenchantement, le Front populaire a suscité des sentiments variés et son bilan est aujourd’hui discuté.

En s’appuyant sur de nouvelles archives, Jean Vigreux nous fait revivre le mythique Front populaire et prouve que, loin d’être une parenthèse, cette « échappée belle » a été une expérience gouvernementale fon-damentale pour comprendre l’histoire sociale et politique de la France contemporaine.

347 pages, Kindle Edition

Published May 2, 2016

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Jean Vigreux

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July 5, 2024
Un livre d'histoire académique rigoureux et sourcé sur le (premier) Front Populaire.
L'approche est essentiellement chronologique. L'auteur commence en présentant la situation économique de la France à l'aube de l'union du Front Populaire. La crise déflationnaire qui touche la France a la particularité d'être plus tardive, mais aussi plus intense qu'au Royaume-Uni et en Allemagne.

Le livre est assez serré dans le temps et dans l'espace, tout en prenant soin d'analyser les effets du Front Populaire dans les colonies, ainsi que sur la période juste avant et juste après.

La France est alors essentiellement agraire. Vigreux montre comment la crise favorise la montée à la fois du PCF dans les campagnes et dans le bassin minier, mais aussi d'une certaine forme de fascisme paysan, incarné par les "chemises vertes" d'Henri Dorgères.

Le récit de la création du Front Populaire met l'accent sur sa naissance à la base, tout d'abord sous la forme de cortèges communs, de comités d'entreaide entre socialistes et communistes, puis au niveau des partis. En particulier, l'hésitation de Moscou est évoqué. Selon Vigreux, cette hésitation a permis au PCF de prendre une certaine liberté d'action, de devenir alors un parti de masse, et de s'intégrer à la société française. Un discours de Maurice Thorez est utilisé pour montrer la politique de la "main tendue" aux catholiques et aux Croix-de-Feu, et l'adoption par le PCF de symboles de la révolution française, en particulier le bonnet phrygien.

Vigreux utilise également (principalement en épigraphes) des extraits des journaux d'extrême-droite (Je Suis Partout, Gringoire...) pour montrer la violence verbale et idéologique de la période. Cela est visible dans la chronique du gouvernement du Front Populaire : le suicide de l'un des minsitres, Salengro est évoqué.

L'union à la base a été l'un des moteurs du Front Populaire. L'action spontannée et disciplinée des syndicats d'ouvriers, en particulier les occupations d'usine - ou l'alcool était strictement interdit ! - en est un autre. Pour Vigreux, cela inaugure une forme du dialogue social "à la Française", où l'État agit comme intermédiaire entre le patronat et les syndicats. La discipline des syndicats, et en particulier, leur capacité à "terminer une grève" est selon Vigreux l'une des causes des victoires du Front Populaire.
D'autres actions politiques sont citées : l'introduction de l'EPS à l'école et des cantines scolaires, la culture de masse, le service public de la radio (à l'époque destiné à instruire les gens !), l'embryon du CNRS, la fin de l'usage des décrets-lois... Vigreux montre le nombre impressionant de victoires acquises par cette courte période.

La fin du Front Populaire y est décrite comme une scission entre bellicistes et anti-bellicistes, entre radicaux apeurés par les "partageux" et les communistes. La narration cesse lorsque les radicaux forment une majorité "d'union nationale" avec la droite. Un dernier chapitre s'intéresse à l'aspect culturel du Front Populaire : il montre que les opinions étaient moins tranchées que les préjugés l'indiquent. Par exemple, une large partie de l'intelligensia est hostile au Front Populaire en raison des occupations d'usine (vues comme une atteinte intolérable au droit à la propriété), mais il y bénéfice aussi d'un fort soutien. Les femmes gagnent un ministère pour la première fois, mais leur droit de vote est bloqué au Sénat. Surtout, les colonies voient naître un immense espoir d'émancipation au sein de la Répulique avec le mandat Léon Blum, qui est douché par les radicaux et les violences coloniales. Vigreux y voit une cause de radicalisation des mouvements anti-colionalistes.

Le livre conclut sur une question plus historiographique : faut-il voir 1936 comme une forme de révolution ? Selon lui, non : au contraire, il s'agit davantage d'un ancrage de partis jusque là révolutionnaires (PCF et une frange de la SFIO) dans le gouvernement et la légalité républicaine. Il souligne que le gouvernement du Front Populaire n'a pas hésité à briser certaines grèves et à expulser certains "meneurs étrangers" (la peur des grand patrons). De même, le gouvernement de 1936 amorce un parlementarisme "de travail", puisque plus de lois sont votées en 1 an que dans plusieurs législatures précédentes. La comparison avec l'Espagne montre toutefois que la frange révolutionnaire du Front Populaire existait bel et bien.

Au delà de l'aspect historique, le livre est intéressant à lire dans le contexte de nos législatives surprises de 2024. Le rôle de la presse, la peur du partage, le rôle de la masse, racisme et antisémitisme : l'histoire ne se répète pas, mais elle rime, et on peut projeter un bel éclairage sur la situation actuelle avec le regard du passé. Un seule critique, un aspect trop chronologique et un style un peu plat - mais tout le monde ne peut pas écrire l'histoire comme Richard Evans.
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