A lire: Les derniers Indiens de Marie-Hélène Lafon. Marie et Jean Santoire sont "les derniers Indiens" dans un village près de Riom. Leurs parents sont morts, leur frère Pierre est décédé en 1968 des suites d'une longue maladie.
Leur mère a toujours méprisé leurs voisins, ouvriers agricoles enrichis, qu'elle trouvait vulgaires, parvenus. L'une de leurs filles, Alice, a même été assassinée, probablement parce qu'elle n'était pas farouche.
Marie et Jean n'ont jamais rattrapé le temps perdu à la mort de leur mère. Ils s'enferment dans leurs habitudes, dans les vêtements des morts, dans les torchons, les serviettes, les draps…
Marie-Hélène Lafon joue les entomologistes, observe chaque geste de Marie avec une certaine affection jusqu'à la découverte finale.
Un livre plein de douceur mais aussi et surtout d'une profonde tristesse.
La douceur. La douceur de Marie qui vit sa vie, sans faire de bruits, avec retenue, sans exister ailleurs que dans ses pensées, habituée à s'y cacher de sa mère. De son frère Jean on ne sait presque rien, mais il semble identique à sa sœur, écrasé sous le joug de la mère, à essayer de se faire le plus petit possible, à exister le moins possible, mais aussi rempli de colère de rancoeur contrairement à Marie.
La tristesse. La tristesse de leurs vies qui se sont écoulées sans avoir été vécues, sans amour, sans joie, sans émotions, dans la solitude. A attendre, attendre de graver leurs dates sur la pierre.
Et ils assistent avec envie, regrets et résignation à l'étalage de tout ce qu'ils n'ont pas et ne goûteront jamais, juste là, de l'autre côté du chemin. En spectateur impuissant, résignés quant à leur vies, destin immuable tracé par La mère. Face à ceux qui se saisiront de tout une fois que ce sera fini. Ils attendent.
Face à cela il y a le mystère de l'Alice, évènement central des ruminations de Marie. Que se cache t-il derrière? La peur que cela aurait pu lui arriver à elle? Ou au contraire une envie inavouable? Le refus de voir et d'intégrer une glaçante et possible vérité qui bouleverserait sa vie et son quotidien?
Ce livre décrit tellement bien la vie ordinaire des paysans du XX ème siècle. Rien que la première page avec le placement de chaque même de la famille à table est une preuve du sens de l’observation et de la description de Marie-Hélène Lafon.
Le rythme qui pourrait être lent car décrivant une vie ordinaire ne l’est pas du tout et nous happe très rapidement et nous emmène au cœur de cette famille, de ces deux vieux survivants d’un monde révolu qui doivent vivre et vieillir face a leurs voisins qui saisissent à pleine mains la modernité. La description est très fine de ces deux destins familiaux, de ces deux familles de voisins qui vivent l’une en face de l’autre pendant des années, en parallèle et en miroir l’une avec l’autre : celle qui décline n’étant pas celle que l’on croit. J’ai enfin trouvé que l’autrice savait parler de la campagne sans ce petit côté snob qui peut pondre souvent dans ce genre de récit.