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Les Désenchantées: Roman des harems turcs contemporains

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Constantinople, 1901. Un romancier français, André Lhéry, se voit convié à des rendez-vous clandestins par trois jeunes Ottomanes voilées - la troublante Djénane et ses cousines Mélek et Zeyneb -, qui lui confient les souffrances causées par leur vie cloîtrée. Entre ces personnages s'établit bientôt un subtil jeu de séduction. Ecrit dans une langue élégante, bâti sur une structure narrative résolument moderne, ce roman né d'un chassé-croisé entre fiction et réalité a connu un immense succès à sa parution en 1906.


Il a ravi les amateurs d'orientalisme par son histoire d'amour exotique et ses magnifiques descriptions de Constantinople. Mais Les Désenchantées est avant tout le récit d'une révolte, qui plaide en faveur de l'émancipation de la femme musulmane et offre du harem au début du XXe siècle une vision bien éloignée des clichés et des fantasmes.

443 pages, Mass Market Paperback

First published January 1, 1906

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About the author

Pierre Loti

819 books85 followers
Louis Marie-Julien Viaud was a writer, who used the pseudonym Pierre Loti.

Viaud was born in Rochefort, Charente-Maritime, France, to an old Protestant family. His education began in Rochefort, but at the age of seventeen, being destined for the navy, he entered the naval school in Brest and studied on Le Borda. He gradually rose in his profession, attaining the rank of captain in 1906. In January 1910 he went on the reserve list.

His pseudonym has been said to be due to his extreme shyness and reserve in early life, which made his comrades call him after "le Loti", an Indian flower which loves to blush unseen. Other explanations have been put forth by scholars. It is also said that he got the name in Tahiti where he got a sun burn and was called Roti (because he was all red like a local flower), he couldn't pronounce the r well so he stuck with Loti. He was in the habit of claiming that he never read books (when he was received at the Académie française, he said, "Loti ne sait pas lire" ("Loti doesn't know how to read"), but testimony from friends and acquaintances proves otherwise, as does his library, much of which is preserved in his house in Rochefort. In 1876 fellow naval officers persuaded him to turn into a novel passages in his diary dealing with some curious experiences at Istanbul. The result was Aziyadé, a novel which, like so many of Loti's, is part romance, part autobiography, like the work of his admirer, Marcel Proust, after him. (There is a popular cafe in current-day Istanbul dedicated to the time Loti spent in Turkey.) He proceeded to the South Seas as part of his naval training, and several years after leaving Tahiti published the Polynesian idyll originally named Rarahu (1880), which was reprinted as Le Mariage de Loti, the first book to introduce him to the wider public. This was followed by Le Roman d'un spahi (1881), a record of the melancholy adventures of a soldier in Senegambia.

Loti on the day of his reception at the Académie française on 7 April, 1892. In 1882, Loti issued a collection of four shorter pieces, three stories and a travel piece, under the general title of Fleurs d'ennui (Flowers of Boredom).

In 1883 he entered the wider public spotlight. First, he publish the critically acclaimed Mon frere Yves (My Brother Yves), a novel describing the life of a French naval officer (Pierre Loti), and a Breton sailor (Yves Kermadec), described by Edmund Gosse as "one of his most characteristic productions".[1] Second, while taking part as a naval officer in the undeclared hostilities that preceded the outbreak of the Sino-French War (August 1884 to April 1885), Loti wrote an article in the newspaper Le Figaro about atrocities that occurred during the French bombardment of the Thuan An forts that guarded the approaches to Hue (August 1883), and was threatened with suspension from the service, thus gaining wider public notoriety.

In 1886 he published a novel of life among the Breton fisherfolk, called Pêcheur d'Islande (Iceland Fisherman), which Edmund Gosse characterized as "the most popular and finest of all his writings."[1] It shows Loti adapting some of the Impressionist techniques of contemporary painters, especially Monet, to prose, and is a classic of French literature. In 1887 he brought out a volume "of extraordinary merit, which has not received the attention it deserves",[1] Propos d'exil, a series of short studies of exotic places, in his characteristic semi-autobiographic style. The novel of Japanese manners, Madame Chrysanthème— a precursor to Madame Butterfly and Miss Saigon and a work that is a combination of narrative and travelog— was published the same year.

During 1890 he published Au Maroc, the record of a journey to Fez in company with a French embassy, and Le Roman d'un enfant (The Story of a Child), a somewhat fictionalized recollection of Loti's childhood that would greatly influence Marcel Proust. A collection

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Profile Image for Candice.
52 reviews8 followers
May 4, 2022
Découverte d’Istanbul (Constantinople) : les longues descriptions nous donnent envie d’y être, si ce n’est que les femmes y sont enfermées, et n’ont aucune liberté (à part celle de l’âme?).
Il m’a fallu un temps d’adaptation pour me familiariser avec le champ lexical du Moyen Orient (mihrab, fanal, odalisque, talika, élégie, catafalque, derviche…).
Mais rien à faire, quelque chose me gêne. Même si l’auteur se veut loin du « fantasme orientaliste » de la femme turque, il ne peut s’empêcher d’érotiser le corps de ces « 3 petits fantômes malheureux » malgré leurs « 3 couches de voile noir ».
Ok, elles lui rappellent sa jeunesse avec « Nedjibé », mais moi ça me met juste mal à l’aise. Surtout le regard de cet homme vieillissant sur le corps de jeunes femmes. De plus, il a un comportement ambigu : il compatit à la situation de ses amies, mais il semble regretter l’occidentalisation de la Turquie, avec les levantines et les perotes qu’il trouve vulgaires. Bref, je ne l’aime pas beaucoup cet André Lhery!
Je me rappelle cependant que ce roman a été écrit en 1906 et je lui reconnais le mérite de faire la lumière sur la condition des femmes musulmanes de la haute société du début du 20e siècle, dans leur prison dorée des harems.
J’ai lu l’édition de Sophie Basch avec une longue préface de 50 pages, et je regrette d’avoir été spoilée de ce coup de théâtre : les 3 petites âmes sont en réalité une féministe française et 2 de ses amies parfaitement francophones, qui auraient manipulé l’auteur afin de le faire écrire sur le sujet !
This entire review has been hidden because of spoilers.
Profile Image for Luis Celhay.
28 reviews1 follower
October 14, 2019
Una historia de tres damitas de Estambul y un escritor francés. Descriptiva, lenta y meláncolica con final al estilo de Dickens.
Contradictoria en el sentido de que destila amor y odio a Oriente (Occidente), que el autor equipara a ignorancia (conocimiento) y felicidad (tristeza).
Profile Image for Elisa.
168 reviews32 followers
October 27, 2013
« Il n’y a de vrai que la haute culture intellectuelle répandue aujourd’hui dans les harems de Turquie, et la souffrance qui en résulte.
Cette souffrance-là, apparue peut-être d’une manière plus frappante à mes yeux d’étranger, mes chers amis les Turcs s’en inquiètent déjà et voudraient l’adoucir.
Le remède, je n’ai, bien entendu, aucune prétention à l’avoir découvert, quand de profonds penseurs, là-bas, le cherchent encore. Mais, comme eux, je suis convaincu qu’il existe et se trouvera, car le merveilleux prophète de l’Islam, qui fut avant tout un être de lumière et de charité, ne peut pas vouloir que des règles édictées par lui jadis, deviennent, avec l’inévitable évolution du temps, des motifs de souffrir. »

« Stamboul ! Dans ce seul mot, quel sortilège évocateur !... »

« Et, comme déjà si souvent en rêve, une silhouette de ville s’esquissa devant ses yeux qui avaient vu toute la terre, qui avaient contemplé l’infinie diversité du monde : la ville des minarets et des dômes, la majestueuse et l’unique, l’incomparable encore dans sa décrépitude sans retour, profilée hautement sur le ciel, avec le cercle bleu de la Marmara fermant l’horizon… »

« Combien la Marmara, revue en souvenir, était plus douce, plus apaisante et endormeuse, avec ce mystère d’Islam tout autour sur ces rives ! »

« Oh ! là-bas à Stamboul, combien davantage il y avait de passé et d’ancien rêve humain, persistant à l’ombre des hautes mosquées, des cimetières où les veilleuses à petite flamme jaune s’allument le soir par milliers pour les âmes des morts. Oh ! ces deux rives qui se regardent, l’Europe et l’Asie, se montrant l’une à l’autre des minarets et des palais tout le long du Bosphore, avec de continuels changements d’aspect, aux jeux de la lumière orientale ! Auprès de la féerie du Levant, quoi de plus morne et de plus âpre que ce golfe de Gascogne ! Comment donc y demeurait-il au lieu d’être là-bas ? Quelle inconséquence de perdre ici les jours comptés de la vie, quand là-bas était le pays des enchantements légers, des griseries tristes et exquises par quoi la fuite du temps est oubliée !...
Mais c’était ici, au bord de ce golfe incolore, battu par les rafales et les ondées de l’Océan, que ses yeux s’étaient ouverts au spectacle du monde, ici que la conscience lui avait été donnée pour quelques raisons furtives ; donc, les choses d’ici, il les aimait désespérément quand même, et il savait bien qu’elles lui manquaient lorsqu’il était ailleurs.
Alors, ce matin d’avril, André Lhéry sentit une fois de plus l’irrémédiable souffrance de s’être éparpillé chez tous les peuples, d’avoir été un nomade sur toute la terre, s’attachant cà et là par le cœur. Mon Dieu, pourquoi fallait-il qu’il eût maintenant deux patries : la sienne propre, et puis l’autre, sa patrie d’Orient ?.... »

« Dans un lit laqué de blanc, – où de vagues fleurs avaient été esquissées, avec un mélange de gaucherie primitive et de préciosité japonaise, par quelque décorateur en vogue de Londres ou de Paris, – la jeune fille dormait toujours : au milieu d’un désordre de cheveux blonds, tout petit visage, d’un ovale exquis, d’un ovale tellement pur qu’on eût dit une statuette en cire, un peu invraisemblable pour être trop jolie ; tout petit nez aux ailes presque trop délicates, imperceptiblement courbé en bec de faucon ; grands yeux de madone et très longs sourcils inclinés vers les tempes comme ceux de la Vierge des Douleurs. Un excès de dentelles peut-être aux draps et aux oreillers, un excès de bagues étincelantes aux mains délicates, abandonnées sur la couverture de satin, trop de richesse, eût-on dit chez nous, pour une enfant de cet âge ; à part cela, tout répondait bien, autour d’elle, aux plus récentes conceptions de notre luxe occidental. Cependant il y avait aux fenêtres ces barreaux de fer, et puis ces quadrillages de bois, – choses scellées, faites pour ne jamais s’ouvrir, – qui jetaient sur cette élégance claire un malaise, presque une angoisse de prison. »

« Sur un petit bureau laqué de blanc, une bougie oubliée brûlait encore, parmi des feuillets manuscrits, des lettres toutes prêtes dans des enveloppes aux monogrammes dorés. Il y avait là aussi du papier à musique sur lequel des notes avaient été griffonnées, comme dans la fièvre de composer. Et quelques livres traînaient parmi de frêles bibelots de Saxe : le dernier de la comtesse de Noailles, voisinant avec des poésies de Baudelaire et de Verlaine, la philosophie de Kant et celle de Nietzsche… Sans doute, une mère n’était point dans cette maison pour veiller aux lectures, modérer le surchauffage de ce jeune cerveau. »

« Et jamais à ce point elle ne s’était sentie prisonnière et révoltée, avide d’indépendance, d’espace, de courses par le monde inconnu… »

« Malgré la tristesse d’un tel enfermement, on l’aimait, ce jardin, parce qu’il était très vieux, avec de la mousse et du lichen sur ses pierres, parce qu’il avait des allées envahies par l’herbe entre leurs bordures de buis, un jet d’eau dans un bassin de marbre à la mode ancienne, et un petit kiosque tout déjeté par le temps, pour rêver à l’ombre sous les platanes noueux, tordus, pleins de nids d’oiseaux. Il avait tout cela, ce jardin d’autrefois, surtout il avait comme une âme nostalgique et douce, une âme qui peu à peu lui serait venue avec les ans, à force de s’être imprégné de nostalgies de jeunes femmes cloîtrées, de nostalgies de jeunes beautés doucement captives. »

« Enfin parut cette dadi, plus imprévue encore dans une telle chambre que le verset du Coran brodé en lettres d’or au-dessus du lit : visage tout noir, tête enveloppée d’un voile lamé d’argent, esclave éthiopienne s’appelant Kondja-Gul (Bouton de rose). Et la jeune fille se mit à lui parler dans une langue lointaine, une langue d’Asie, dont s’étonnaient sûrement les tentures, les meubles et les livres. »

« la jeune fille souffrait plutôt de cet usage de son pays qui veut qu’on n’ait jamais de verrou à sa porte »

« La lourde porte s’ouvrit ; elles se trouvèrent dehors, sur une colline, au clair soleil de onze heures, devant un bois funéraire, planté de cyprès et de tombes aux dorures mourantes, qui dévalait en pente douce jusqu’à un golfe profond chargé de navires. »

« Rien ne semblait en ruine, de cette profusion de minarets et de dômes groupés dans l’air du matin, et cependant il y avait sur tout cela on ne sait quelle indéfinissable empreinte du temps ; malgré la distance et l’un peu éblouissante lumière, la vétusté s’indiquait extrême. Les yeux ne s’y trompaient point : c’était un fantôme, un majestueux fantôme du passé, cette ville encore debout, avec ses innombrables fuseaux de pierre, si sveltes, si élancés qu’on s’étonnait de leur durée. »

« – C’est kif-kif bourricot, – appuyait une autre, une petite rousse au teint de lait, aux yeux narquois, dont l’institutrice avait fréquenté l’Algérie. »

« Et, dans un coin, deux négresses esclaves, en costume asiatique, assises sans façon, se chantaient des airs de leur pays, scandés sur un petit tambourin qu’elles tapaient en sourdine. (Nos farouches démocrates d’Occident pourraient venir prendre des leçons de fraternité dans ce pays débonnaire, qui ne reconnaît en pratique ni castes ni distinctions sociales, et où les plus humbles serviteurs ou servantes sont toujours traités comme gens de la famille.) »

« Chez les femmes turques d’aujourd’hui, il y a une telle solidarité de révolte contre le régime sévère des harems, qu’elles ne se trahissent jamais entre elles ; le manquement fût-il grave, au lieu d’être innocent comme cette fois, ce serait toujours même discrétion, même silence. On se serra pour lire ensemble, cheveux contre cheveux, y compris mademoiselle Bonneau de Saint-Miron, en se tiraillant le papier. »
« Il fallait entendre comment était dit ce mot Pérote (habitante du quartier de Péra). Rien que dans la façon de le prononcer, elle avait mis tout son dédain de pure fille d’Osmanlis pour les Levantins ou Levantines (Arméniens, Grecs ou Juifs) dont le Pérote représente le prototype.
– Ce pauvre Lhéry, – ajouta Kerimé, l’une des jeunes invitées, – il retarde !… Il en est sûrement resté à la Turque des romans de 1830 : narguilé, confitures et divan tout le jour. »
« elles l’aimaient pour avoir parlé avec amour de leur Turquie, et avec respect de leur Islam. »
« On parlait allemand, mais sans plus de peine on eût parlé italien ou anglais, car ces petites Turques lisaient Dante, ou Byron, ou Shakespeare dans le texte original. Plus cultivées que ne le sont chez nous la moyenne des jeunes filles du même monde, à cause de la séquestration sans doute et des longues soirées solitaires, elles dévoraient les classiques anciens et les grands détraqués modernes ; en musique se passionnaient pour Gluck aussi bien que pour César Franck ou Wagner, et déchiffraient les partitions de Vincent d’Indy. Peut-être aussi bénéficiaient-elles des longues tranquillités et somnolences mentales de leurs ascendantes ; dans leur cerveau, composé de matière neuve ou longtemps reposée, tout germait à miracle, comme, en terrain vierge, les hautes herbes folles et les jolies fleurs vénéneuses. »
« d’habitude elle venait trois fois par semaine enseigner à Mélek la littérature arabe et persane. Il va sans dire, pas de leçon aujourd’hui, veille de mariage, jour où les cervelles étaient à l’envers. Mais quand elle eut relevé son voile en cagoule et montré sa jolie figure grave, la conversation tomba sur les vieux poètes de l’Iran, et Mélek, devenue sérieuse, récita un passage du « Pays des roses », de Saadi. »
« le harem de nos jours, c’est tout simplement la partie féminine d’une famille constituée comme chez nous, – et éduquée comme chez nous, sauf la claustration, sauf les voiles épais pour la rue, et l’impossibilité d’échanger une pensée avec un homme, s’il n’est le père, le mari, le frère, ou quelquefois par tolérance le cousin très proche avec qui l’on a joué étant enfant. »
« Pendant cette suprême journée qui lui restait, elle voulait se préparer comme pour la mort, ranger ses papiers et mille petits souvenirs, brûler surtout, brûler par crainte des regards de l’homme inconnu qui serait dans quelques heures son maître. La détresse de son âme était sans recours, et son effroi, sa rébellion allaient croissant. »
« elle charmait par son délicieux petit visage, par sa grâce, par son luxe, et aussi par cet air qu’aucune autre n’eût imité, cet air à la fois vindicatif et doux, à la fois très timide et très hautain. »
« elle s’était adonnée passionnément à l’étude. Et cela avait duré jusqu’à ses vingt-deux ans aujourd’hui près de sonner, cette ardeur à tout connaître, à tout approfondir, littérature, histoire ou transcendante philosophie. Parmi tant de jeunes femmes, ses amies, supérieurement cultivées aussi dans la séquestration propice, elle était devenue une sorte de petite étoile dont on citait l’érudition, les jugements, les innocentes audaces, en même temps que l’on copiait ses élégances coûteuses ; surtout elle était comme le porte-drapeau de l’insurrection féminine contre les sévérités du harem. »
« Mais, depuis environ deux années, cette langue française, qu’elle soignait et épurait le plus possible, était à l’intention d’un lecteur imaginaire. (Un journal de jeune femme est toujours destiné à un lecteur, fictif ou réel, fictif nécessairement s’il s’agit d’une femme turque.) Et le lecteur ici était un personnage lointain, lointain, pour elle à peu près inexistant : le romancier André Lhéry !… Tout s’écrivait maintenant pour lui seul, en imitant même, sans le vouloir, un peu sa manière ; cela prenait forme de lettres à lui adressées, et dans lesquelles, pour se donner mieux l’illusion de le connaître, on l’appelait par son nom : André, tout court, comme un vrai ami, un grand frère. »
« Quelque chose restera toujours en moi de la fille des libres espaces, qui jadis galopait à cheval au cliquetis des armes, ou dansait dans la lumière au tintement des ses ceintures d’argent.

« Et, malgré tout le vernis de la culture européenne, quand mon âme nouvelle, dont j’étais fière, mon âme d’être qui pense, mon âme consciente, quand cette âme donc souffre trop, ce sont les souvenirs de mon enfance qui reviennent me hanter. Ils reparaissent impérieux, colorés et brillants ; ils me montrent une terre lumineuse, un paradis perdu, auquel je ne puis plus ni ne voudrais retourner ; un village circassien, bien loin, au-delà de Koniah, qui s’appelle Karadjiamir. »
«Les jeunes filles circassiennes ne sont pas voilées. »
« Il n’en restait pas moins l’adversaire, le maître imposé qui jamais ne serait admis dans l’intimité de son âme. »
« Pourtant, quelle immobilité sereine, quel calme fataliste et résigné, dans ses entours ! Un parfum d’aromates montait de ce grand bois funéraire, si tranquille devant ses fenêtres, – parfum de la vieille terre turque immuable, parfum de l’herbe rase et des très petites plantes qui s’étaient chauffées depuis le matin au soleil d’avril. »
« (En Turquie, on n’a pas l’effroi des morts, on ne s’en isole point ; au cœur même des villes, partout, on les laisse dormir.) »
« Il leur arrivait aussi de passer leurs doigts au-dehors, par les trous du quadrillage, comme les captives s’amusent toujours à faire, et une folle envie les prenait de voyager, de connaître le monde, – ou rien que de se promener une fois, par une belle nuit comme celle-ci, dans les rues de Constantinople, – ou même seulement d’aller jusque dans ce cimetière, sous leur fenêtre… Mais, le soir, une musulmane n’a point le droit de sortir… »
« Dans ce calme oriental, que ne connaissent point nos villes, un seul bruit de temps en temps s’élevait, bruit caractéristique des nuits de Constantinople, bruit qui ne ressemble à aucun autre, et que les Turcs des siècles antérieurs ont dû connaître tout pareil : tac, tac, tac, tac ! sur les vieux pavés ; un tac, tac, amplifié par la sonorité funèbre des rues où ne passait plus personne. »
« comme presque toutes les femmes turques, elle avait une voix chaude un peu tragique, et qu’elle faisait vibrer avec passion, surtout dans ses belles notes graves. »
« Madame Husnugul, moitié dame de compagnie, moitié surveillante et espionne de la jeunesse, était devenue le bras droit de la vieille maîtresse de céans ; d’ailleurs bien élevée, elle faisait maintenant des visites pour son propre compte chez les dames du voisinage ; elle était admise, tant on est indulgent et égalitaire en Turquie, même dans le meilleur monde. Quantité de familles à Constantinople ont ainsi dans leur sein une madame Husnugul, – ou Gulchinasse (Servante de rose), ou Chemsigul (Rose solaire), ou Purkiémal (La parfaite), ou autre chose dans ce genre, – qui est toujours un fléau. »
« il disait cette phrase, aussi douce que celles de l’Évangile : « Mes péchés sont grands comme les mers, mais ton pardon plus grand encore, ô Allah ! »
« Zeyneb cependant, qui ne dormait pas non plus, parla tout bas. Elle venait de se rappeler qu’on était à certain jour de la semaine nommé par les Turcs Bazar-Guni (correspondant à notre dimanche) et où l’on doit, à la veillée, prier pour les morts, ainsi qu’à la veillée du Tcharchembé (qui correspond à notre jeudi). »
« elles étaient comme la plupart des musulmanes de leur génération et de leur monde, touchées et flétries par le souffle de Darwin, de Schopenhauer et de tant d’autres. »
« Dieu aime tous ceux qui ont une religion. Mais vous, vous êtes ces vraies infidèles dont le Prophète avait si sagement prédit que les temps viendraient. » Infidèles, oui, elles l’étaient, sceptiques et désespérées bien plus que la moyenne des jeunes filles de nos pays. Mais cependant, prier pour les morts leur restait un devoir auquel elles n’osaient point faillir, et d’ailleurs un devoir très doux : même pendant leurs promenades d’été, dans ces villages du Bosphore qui ont des cimetières exquis, à l’ombre des cyprès et des chênes, il leur arrivait de s’arrêter et de prier, sur quelque pauvre tombe inconnue. »
« comme c’est la règle en Orient, dans le monde, il s’efforce de la conquérir avant de la posséder. (Car, si le mariage musulman est brusque et insuffisamment consenti avant la cérémonie, après en revanche il a des ménagements et des pudeurs qui ne sont guère dans nos habitudes occidentales.) »
« Bientôt, dans la maison, un vacarme d’enfer. Des portes qui s’ouvrent et qui se ferment, des pas empressés, des bruits de traînes de soie. »
« Elle se coiffe elle-même, passe fiévreusement sa robe garnie de fleurs d’oranger, qui a trois mètres de queue, met ses diamants, son voile et les longs écheveaux de fils d’or à sa coiffure… Il est une seule chose qu’elle n’a pas le droit de toucher : son diadème.

« Ce lourd diadème de brillants, qui remplace chez nous le piquet de fleurs des Européennes, l’usage veut que, pour le placer, on choisisse parmi les amies présentes une jeune femme ne s’étant mariée qu’une fois, n’ayant pas divorcé, et notoirement heureuse en ménage. Elle doit, cette élue, dire d’abord une courte prière du Coran, puis couronner de ses mains la nouvelle épouse, en lui présentant ses vœux de bonheur, et en lui souhaitant surtout que pareil couronnement ne lui arrive qu’une fois dans la vie. (En d’autres termes, – vous comprenez bien, André, – ni divorce, ni remariage.) »
« Si dans l’avenir tu es appelée à souffrir comme je souffre, il me semblera que c’est ma faute, mon crime… » Alors, celle-là aussi, en apparence la plus heureuse de toutes, celle-là aussi, en détresse !… »
« Le remercier, quand au fond de moi-même je le maudis !… Oh ! c’était donc possible, cette chose affreuse : sentir tout à coup que l’on en veut mortellement à l’être qu’on a le plus chéri !… Oh ! la minute atroce, celle où l’on passe de l’affection la plus tendre à de la haine toute pure… Et je souriais toujours, André, parce que ce jour-là, il faut sourire… »
« un flot de gazes légères, de pierreries, d’épaules nues ; pas un voile sur ces visages, ni sur ces chevelures endiamantées ; tous les tcharchafs sont tombés dès la porte ; on dirait une foule d’Européennes en toilette du soir, – et le marié, qui n’a jamais vu et ne reverra jamais pareille chose, me semble troublé malgré son aisance, seul homme perdu au milieu de cette marée féminine, et point de mire de tous ces regards qui le détaillent. Il a fini, lui ; mais moi, j’en ai pour toute la journée à faire la bête rare et curieuse, sur mon siège de parade. »
« Toutes ces Turques, invisibles aux hommes, sont si fines, élégantes, gracieuses, souples comme des chattes, – j’entends les Turques de la génération nouvelle, naturellement ; – les moins bien ont toujours quelques choses pour elles ; toutes sont agréables à regarder. Il y a aussi les vieilles 1320, évoluant parmi cette jeunesse aux yeux délicieusement mélancoliques ou tourmentés, les bonnes vieilles si étonnantes à présent, avec leur visage placide et grave, leur magnifique chevelure nattée que le travail intellectuel n’a point éclaircie, leur turban de gaze brodé de fleurettes au crochet, et leurs lourdes soies, toujours achetées à Damas pour ne pas faire gagner les marchands de Lyon qui sont des infidèles… »
« « À quatre heures, arrivée des dames européennes : ça, c’est l’épisode le plus pénible de la journée. On les a retenues longtemps au buffet, mangeant des petits fours, buvant du thé ou même fumant des cigarettes ; mais les voilà qui s’avancent en cohorte vers le trône de la bête curieuse. »
« Pour comble, ma voyageuse à moi, celle que le destin me réservait en partage, est une journaliste, qui a gardé aux mains ses gants sales du paquebot : indiscrète, fureteuse, avide de copie pour une feuille nouvellement lancée, elle me pose les questions les plus stupéfiantes, avec un manque de tact absolu. Mon humiliation n’a plus de bornes. »
« Je souris quand même, puisque c’est la consigne ; mais il me semble que ces pimbêches me giflent au sang sur les deux joues… »
« À côté des admirables soies asiatiques étalées par les grand-mères, quantité de robes parisiennes qui semblent
Profile Image for Mouâd Benzahra.
245 reviews5 followers
October 11, 2018
« Un moment de griserie exceptionnelle qui s’est offert à moi en abordant un des romans les plus ensorcelants de Loti, …deux semaines de plein enivrement dans les tréfonds des âmes féminines turques, opprimées dans leurs harems.

Des amitiés étranges mais immaculées se nouent depuis le tout début du récit et jusqu’au dénouement de celui-ci, marquées en cela par les multiples correspondances et rencontres interdites où les trois héroïnes -hautement instruites- , en l’occurrence les « désenchantées » (Djénane/Zeyneb & Mélek) s’épanchent de telle manière à faire frissonner, sans compter les chagrins longuement décrits, causés notamment par l’oppression et captivité exigées par une société musulmane trop conservatrice et inflexible, ….et ce désir d’émancipation hantant tant de femmes cultivées : Désir accentué par les comparaisons établies par ces dernières avec les conditions des femmes d’Occident, et ce au travers de leurs diverses lectures.

D’autre part, les descriptions d’Istanbul (Stamboul) de la fin du XIXème siècle confèrent un éclat particulier au roman, embellies par le style littéraire plein de profondeur de Loti ( écrivant, pour précision, sous les traits romanciers du personnage André Lhéry).
Profile Image for Adri Dosi.
1,956 reviews27 followers
August 4, 2020
Hmmm, jsem se nechala tak trochu nachytat. Kniha byla totiž napsaná před 120 lety. Kdybych to věděla, pozměnila bych si o ní představu. Po tom zjištění mě nakonec vlastně velmi prijemně překvapila. Na tu dobu je velmi dobře napsaná, ten styl je čtivý a smýšlení pokrokové. Kniha nám dává jistý obrázek na jistou situaci. Je tam dost výpisků z deníku a dost dopisů ty mě po čase začali rozčilovat, bylo jich na můj vkus příliš. No a taky mi vadily chyby, což ne u každé knihy tak vnímám. Asi to něco napovídá. No, za přečtení stojí, ale názor si musíte udělat sami. Myslím, že to není pro každého čtenáře.
9 reviews
February 27, 2019
Magnifique écriture, mais finalement au trois quart du roman, tout devient répétitif. Le préjugé favorable de l’auteur face à cette culture d’oppression, et son ambivalence manifeste en regard des bénéfices qu’il en retire rendent difficilement crédible son soi-disant plaidoyer en faveur des femmes des harems.
Profile Image for Bob.
118 reviews1 follower
August 2, 2020
Mi abuela, que era una enamorada de la literatura, me lo leyo en un verano hace casi 30 años mucho antes de yo siquiera comenzar a leer libros. Yo conservo su ejemplar con mucho cariño.
Aparte de esas connotaciones personales, el libro es una maravilla. Y estremece pensar en lo poco que ha cambiado la vida de las "desencantadas" desde entonces. Lo recomiendo.
326 reviews2 followers
March 3, 2020
Un peu lent mais ça donne une assez bonne idée de ce que devait être la vie des jeunes femmes de la bonne société à Istanbul au début du 20e siècle.
Je conseille de le lire pour se mettre dans l'ambiance si on a la chance de prévoir un séjour à Istanbul.
Profile Image for Marie.
36 reviews
October 30, 2024
Magnifique. Poignant. Emouvant. De la pure poésie qui va droit au cœur et dont on ne ressort pas indemne.
Profile Image for Cécile Vangelisti.
176 reviews2 followers
October 29, 2022
tres beau roman tout en delicatesse, poésie, avec de sublimes descriptions de l’Orient sur la vie de ces femmes turques cultivées et avides de découvrir le monde, prisonnières de cette vie imposée. D’une tristesse infinie!
Profile Image for Luislc.
12 reviews7 followers
June 10, 2014
Antes de mais, aviso que li a tradução portuguesa.

Gostei do livro em relação à descrição que faz dos costumes da época e da condição da mulher turca no início século XX. Também positivo são as descrições que são feitas da cidade, das paisagens, dos bairros, que conseguiram criar na minha mente uma imagem vívida do ambiente da história. No entanto, estas descrições tornam-se repetitivas a certo ponto, não acrescentando muito de novo ao que foi escrito. Também o enredo se torna um pouco repetitivo com os constantes encontros secretos e trocas de cartas das personagens.

Concluindo, se são leitores que têm interesse no tema, pode ser que este livro seja de valor. Por outro lado, acredito que existam livros que retratem o mesmo de uma forma mais complexa e mais interessante.

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I've liked the book in that it describes the condition of the turkish women in the begginings of the XX century, which I didn't know. It also has interesting descriptions of some mores of the time and vivid descriptions of the city, the environment, the streets. However, the later descriptions can become quite repetitive and so can the plot, which is quite romantinc.

There are problably better books (I really don't know) about the same theme so I don't really encourage you to read this on unless you're really interested about it. If you're looking for a love story, you can find better.

(I've read the portuguese translation)
Profile Image for Vasco Ribeiro.
408 reviews5 followers
January 1, 2016
André Lhéry, escritor francês que tem um livro sobre uma mulher turca que tinha conhecido nos fins do séC XIX, e pela qual se apaixonara, o que é quase um crime. Tal mulher morrera e ele escrevera um livro chamando-lhe médjé, bem como a sepultara num cemitério. Esse livro lido por muitas mulheres da alta sociedade enclausuradas nos seus haréns e vestes, apesar da sua esmerada educação quase ocidental, faz com que sonhem com outra vida. Por isso uma delas Djénana, lhe escreve, descrevendo-se como uma alma. 2 ou 3 anos depois andré é nomeado para a embaixada francesa em Istambul e começa uma aproximação a esta Djénana e suas duas primas em encontros secretos onde elas lhe dizem ser almas e permanecem com o rosto oculto. A relação vai-se aprofundando, contando as jovens turcas a história da sua vida, os casamentos e os divórcios revelando-lhe muito das suas almas. Também andré se apaixona, num romance que nada tem de físico. Mas a desilusão evolui por não se conseguirem desamarrar das teias da condição aprisionada das mulheres turcas. Isto passa-se em cerca de 2 anos. depois perante o cenário de as quererem casar de novo, a mais nova e aparentemente mais alegre, Mélek morre de uma crise nervosa, a outra irmã zéneth, sentimo-la doente e djénana, na perspetiva de que a vão casar de novo com o marido de que se tinha divorciado, depois da despedida de andré no navio em 30 novembro de 1905, suicida-se com veneno.
Profile Image for Aurélia.
195 reviews33 followers
February 10, 2017
Que se passe-t-il dans un harem ? Et que se passe-t-il dans un harem, quand des femmes éclairées, cultivées, aspirent à la liberté et bravent les interdits ?
Une description d'Istanbul empreinte de rêve et de poésie, de brume de ports et de cimetières mélancoliques, d'ombres sur les murs et de café au soleil. Les désenchantées sont un appel à l'évasion et à l'aventure, et on les suit volontiers, jusqu'au bout.
Profile Image for Asilem.
48 reviews
June 23, 2012
Merece la pena leerlo...es hermoso a su manera.
posee las tardes más tristes y solitarias que he leido, y el final perfecto; agridulce, inclusive amargo, y por eso me encanta; pocas veces se encuentra uno con finales así.

(aunque claro si fuese una romantica incorregible diría que fue horrible...jajajaja pero no lo soy, y por eso testifico absolutamente que fue hermoso.
54 reviews3 followers
January 5, 2017
Un livre a nouveau devenu d'actualite, quand la condition feminine ne fait qu'empirer actuellement dans les pays musulmans.
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