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La langue rapaillée. Combattre l'insécurité linguistique des Québécois

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Présenter le français québécois comme du joual, comme du mauvais français ou comme un simple registre populaire, qui contrevient au contenu des sacro-saints ouvrages de référence, c'est entacher l'identité québécoise d'une profonde insécurité. Le présenter comme une variété de langue légitime, dans toute sa complexité, avec toutes ses variations, pour laquelle les locuteurs ont un droit de regard, c'est nettoyer cette tache. C'est donner à l'identité québécoise tout le lustre dont elle a besoin pour s’épanouir.

120 pages, Paperback

First published April 20, 2015

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Anne-Marie Beaudoin-Bégin

5 books12 followers

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9 (2%)
Displaying 1 - 30 of 52 reviews
Profile Image for Mireille Duval.
1,714 reviews107 followers
August 13, 2015
Wow! Tout le monde devrait lire cette petite plaquette qui nous réconcilie tellement avec cette belle langue qui est la nôtre. Plein d'exemples pour illustrer un propos quand même complexe rendu très clair, plusieurs "coups de gueule" très bien argumentés... Ce livre m'a aussi fait réaliser que le français est une langue beaucoup moins permissive que d'autres (comme l'anglais), tout en m'expliquant les raisons pour ça. L'argument que la plupart des termes québécois qualifiés comme "fautifs" viennent simplement d'un registre différent que le registre soigné est très pertinent.

J'en aurais pris deux fois plus long! (Mais sa petite taille facilite la tâche de convaincre toute la province de lire cet ouvrage, alors, un mal pour un bien.)

Grand défi de littérature québécoise : Catégorie 2015. 3 points (total: 258 points).
Profile Image for Catherine.
70 reviews2 followers
February 22, 2016
Comme d'autres l'ont dit, ce livre est d'utilité publique. Si tout le monde pouvait le lire et le comprendre, ca nous guérirait peut-être de notre insécurité en question.
Personnellement, même si j'ai toujours su au fond de moi que mon vernaculaire était aussi valable que n'importe quel autre, même si ca va faire 5 ans que j'étudie la sociolinguistique, le propos de Beaudoin-Bégin m'a mis du baume au coeur. Merci.
Profile Image for Sara Houle.
237 reviews18 followers
March 13, 2019
Quelle libération, pour une (ex-)traductrice, de lire ce livre! Ça a fait éclater le corset de mon insécurité linguistique. Clair, concis, bien vulgarisé et parsemé de pépites d'humour! Excellente lecture!
Profile Image for Myriam St-Denis Lisée.
552 reviews68 followers
November 9, 2015
Si j'étais le Père Noël, c'est ce livre que je déposerais sous le sapin dans l'ensemble des foyers au Québec. Un livre pertinent et nécessaire!
Profile Image for Joëlle Tétreault.
133 reviews9 followers
April 1, 2018
Depuis que je suis dotée de pensée critique, je ne cesse de me poser des questions sur ma langue: celle que ma mère m'a apprise, celle que ma grand-mère lui avait transmise. Les bonnes prononciations, les bonnes règles, le choix des bons mots, l'exclusion des moins bons; le recours au Dictionnaire, cet objet qui a régi nos soirées de Scrabble, Boggle et j'en passe.

Sans vouloir à tout prix être à contre-courant, j'ai toujours cru que les prescriptions et les jugements du choix de langue/langage nuisaient à l'affirmation de soi, à la liberté individuelle-intellectuelle des locuteurs du français, au Québec. N'étant pas linguiste, j'ai toutefois ben de la misère à exprimer toutes ces pensées virevoltantes.

Mes études en traduction sont venues foutre le bordel encore plus dans ma tête. Moi qui aime tant le français, qui le conjugue avec précision, qui le maîtrise avec attention, suis-je vraiment la bonne personne pour réviser un texte et dire aux autres ce qui se dit et ce qui ne se dit pas? Et que dire de cette prétendue référence par excellence, notre OQLF bien aimé.

La linguiste en crisse, comme j'aime bien l'appeler, m'a permis de continuer à me faire une tête sur cet épineux sujet. Elle nous amène à plusieurs endroits de la question, sans toutefois y répondre directement, car ce serait d'être prescriptif que de le faire...

J'aurais profondément aimé faire lire cet ouvrage à feue ma marraine et discutailler avec elle, pour avoir son point de vue et son histoire, avec sa langue courtoise mêlée de crise d'octobre.

L'ouvrage n'apporte pas de réponse, en tant que telle, mais ouvre des portes de réflexions, avec maints exemples concrets, en déconstruisant avec de simples procédés rhétoriques les arguments mainstream sur la préservation de notre langue.

J'aurais toutefois aimé en avoir plus, avec plus de structure. J'aurais aimé qu'on parle de l'insécurité linguistique, mais pas juste dans le choix des mots ou de l'oralité. Parler de langue écrite; celle qu'on s'astreint à enseigner correctement, mais qui répugne une grande majorité des gens.

L'auteure parvient à captiver, avec ses commentaires simplifiés mais combien puissants. La conclusion, avec l'image du petit salon propre dont on prend soin, est parfaitement ce que je pense ma langue.
Profile Image for Sylvain Bérubé.
400 reviews39 followers
October 8, 2015
Huge brain crush. J'en ai complété sa lecture en rêvant d'une politique nationale de diffusion massive de cet écrit d'Anne-Marie Beaudoin-Bégin. J'irais même jusqu'à amender la dite proposition pour y inclure les oeuvres futures de la dite Anne-Marie.

Parce que, bon.
Profile Image for Kath.
13 reviews
November 13, 2023
J'ai adoré. Cet essai met des mots sur l'inconfort et la frustration que je ressens quand des puristes critiquent le français québécois. J'aime la distinction faite entre les registres de langue, entre l'oral et l'écrit, entre mythe et histoire. Je recommande à tout le monde de lire cet essai qui se lit si bien et qui peut nous aider à aimer notre langue sans la dévaloriser.
Profile Image for Julie Garand.
173 reviews3 followers
February 1, 2024
Si intéressant, si pertinent. C'est l'aspect qui me tient le plus à coeur du français québécois. J'aurais aimé des pistes de solutions pour faire valoir le français québécois auprès de québécois qui valorisent le français hexagonal.

Citations :

"Il n'y a pas UNE langue française. Il y a DES langues françaises. Et c'est l'amalgame de toutes ces langues françaises qui donne la Langue Française."

"J'en ai déjà parlé: plus on s'approche du registre familier, plus les variétés de langue (le français du Québec, le français de la Belgique, le français de la France, le français de la Suisse, etc.) s'éloignent les unes des autres. En prétendant uniformiser ces variétés, ce qu'on désire, en fait, c'est s'attaquer au registre familier."

"si on cessait de déprécier le registre familier, si on cessait de prétendre qu'il faut absolument et constamment s'exprimer en obéissant à toutes les règles du registre soigné, chose utopique s'il en est, peut-être les locuteurs seraient-ils plus enclins à faire des efforts pour maîtriser ce registre soigné?"

"Pourquoi aurait-on deux mots pour exprimer la négation? Un seul suffit. Le fait de supprimer le ne ne change rien au message: «je ne le sais pas» et «je le sais pas» ont le meme sens. En registre familier, le fond compte beaucoup plus que la forme. Si le message se rend à l'interlocuteur, le but de la communication est atteint."

"En fait, si on voulait être d'une précision absolue, on dirait qu'il y a une langue différente par locuteur."
Profile Image for Stoffia.
437 reviews6 followers
August 12, 2023
Les trois petits essais de AMBB dont ceci est le premier sont d'une importance capitale pour quiconque souhaite comprendre le rapport du Québec au français (mais conserver son intérêt pour le lecteur français).

AMBB est une sociolinguiste qui enseigne à l'Université Laval et ce livre permet d'aborder les bases de la discipline.

Ainsi, le français souffre d'être l'une des langues qui donne le plus de légitimité aux prescriptivistes. Ces gens et institutions dont le rôle est de dire quelles sont les manières acceptable ou non d'écrire et de parler. Les puristes, quoi. Sauf que le langage est une chose qui évolue naturellement. Que ce soit pour s'adapter à un monde changeant, ou simplement parce que les plus jeunes n'aiment pas parler comme leurs parents.

Le Québec souffre encore plus de cette situation puisque les termes qui finissent par être acceptés par les institutions proviennent habituellement de Paris. Et, au contraire, des termes toujours utilisés au Québec se voient souvent déclarés banni, désuet ou archaïque.

Autrement dit, le parlé québécois dérive de plus en plus de la norme acceptée puisque cette dernière évolue dans une direction qui ne tient pas compte de son existence. Toute expression originale est vue comme un nivellement par le bas.

Bref, on passe tout notre cheminement scolaire à se faire dire que notre français est mauvais alors qu'il a simplement évolué dans une direction différente du français de l'Hexagone.

Et tout ceci a des répercussions négatives sur la culture québécoise, car cela nous empêche d'en apprécier la richesse et d'en accepter la spécificité.

C'est l'une des raisons pour laquelle AMBB préfère une approche descriptive : c'est-à-dire de simplement considérer la langue comme ce que parlent locuteurs. Le rôle des institutions ne devrait pas être de trier les bons des mauvais usages, mais bien de rendre compte des façons dont la langue est utilisée.
156 reviews
August 9, 2022
Dans cet essai, Anne-Marie Beaudoin-Bégin présente plusieurs arguments pour défendre le Québécois comme variété de français aussi légitime qu'une autre et remettre en question l'idée d'un français standard pur. J'ai trouvé que les arguments étaient bons, si parfois un peu répétitifs. Le texte est écrit de façon à être facile à suivre pour des gens n'ayant pas une solide base de linguistique sans être paternaliste.

J'avoue que, étant franco-ontarienne, j'ai été un peu déçue (mais pas surprise) qu'il n'y ait aucune allusion aux autres variétés de français au Canada. Il y aurait eu des parallèles intéressants à faire et je crois que certains arguments auraient pu être renforcés en faisant référence à l'insécurité linguistique vécue dans les communautés francophones en situation minoritaire.

La dimension de classes sociales en est une autre que j'aurais aimé voir aborder en plus de profondeur.
Profile Image for Fábio de Carvalho.
246 reviews14 followers
April 14, 2017
La langue rapaillée est un essai intéressant, mais un peu répétitif que j'ai acheté puisque je partage en grandes lignes l'opinion de son auteure sur la langue française. Dans son essai, Anne-Marie Beaudoin-Bégin a l'attitude nécessaire pour qu'une telle oeuvre ne soit pas qu'une prédication dans sa paroisse, mais bien une tentative sérieuse de convaincre ses lecteurs de son point de vue et de les y rallier.
Profile Image for Blanche Bérubé.
2 reviews
October 22, 2024
Au début du livre j’étais emballée par ce que l’auteur disait et j’appréciais beaucoup son propos. Malheureusement, j’ai trouvé ce livre trop long. À la fin, je n’étais plus captivée et je trouvais même le sujet lourd. Mais c’était tout de même un bon livre que je conseille, car j’en ai beaucoup apris en le lisant
Profile Image for Karyne M.
58 reviews
August 9, 2025
Wow! Sa-vou-reux. Un "must-read" pour tous les Québécois et tous les Français qui ont décidé de vivre au Québec. Je viens de passer un week-end à me faire reprendre par une fille du Saguenay qui ne tolérait pas que je dise que les choses font du sens alors je me suis mise de mon côté à lui reprocher chaque fois qu'elle disait qu'elle amenait une chose... un délire inutile puisqu'on se comprenait très bien l'une et l'autre et que ça ne faisait que créer de la friction. Merci Anne-Marie alléluia nous serons guéries haha
Profile Image for Elijah Zarsadias.
21 reviews
July 28, 2023
je n’aurais jamais imaginé que la situation linguistique en québec pourrait être si nuancée et si semblable à celle de ma domicile. après cette lecture, je ressens aujourd’hui une nouvelle appréciation envers les défis de cette variation linguistique ❤️
Profile Image for Méliane Gagnon.
13 reviews1 follower
October 16, 2024
J’étais réticente à lire ce livre. Pourtant, je fais partie de ceux qui sont parfois gênés de parler un français dit québécois devant des personnes qui parlent un français de France. Non seulement ce livre m’a éclairée sur la provenance de la langue française, mais il a aussi mis en lumière la raison de la gêne ou de l’incertitude que je peux ressentir.
Profile Image for Sombraline.
152 reviews5 followers
July 13, 2024
Une lecture intéressante qui soulève plusieurs points intéressants concernant la situation de la langue française au Québec, et surtout les différents regards qu'elle reçoit.
42 reviews3 followers
October 13, 2017
Il y aura, pour moi, un avant, et un après La Langue rapaillée. Ce que j’aime de ce court essai de la linguiste Anne-Marie Beaudoin-Bégin, c’est qu’il s’attaque à ce qui menace le plus le français parlé au Québec : son statut, les préjugés dont il est l’objet, voire le mépris. Je pense, ici, à la remarque d’Eugénie Bouchard, il y a quelques années, ou celle de Thierry Ardisson, sur le plateau de Tout le monde en parle. Beaudoin-Bégin remonte plus loin, au frère Untel, pour qui le joual, c’est-à-dire le français québécois familier, est « une langue désossée », « un cas de notre inexistence ». L’auteure cite aussi cette blague qui circule encore sur Facebook, où, sur trois colonnes, des mots anglais sont comparés à leurs équivalents en français soigné, puis en « Québécois » familier : « right here », « ici même », « drette là »... Mais, aussi bien, le mépris se voit chez ceux qui trouve le français d’ici « pittoresque », « cute »…

Cette situation a des causes historiques, mais s’explique aussi par la prépondérance d’une certaine idée de la langue française, qui serait si « belle, esthétique, grande, prestigieuse ». Pour déconstruire ce mythe, Beaudoin-Bégin rappelle d’abord quelques évidences : toutes les langues évoluent, elles sont vivantes, hors de tout essentialisme, et toutes possèdent deux registres : le registre soigné, ou soutenu, et le registre familier, dont aucun n’est supérieur à l’autre, chacun ayant sa valeur, son utilité. Le problème, c’est que les puristes comme Guy Bertrand, premier conseiller linguistique de Radio-Canada, appliquent au registre familier, celui de la langue parlée au quotidien, en situation informelle, les règles plus strictes du registre soigné, réservé aux situations « formelles ». Or, le registre familier se définit par sa liberté, le fait, précisément, que chacun peut utiliser la langue comme il veut, employer l'épenthèse, modifier des mots, en utiliser certains plutôt que d’autres, comme des anglicismes, des archaïsmes : « Lorsque les puristes viennent affirmer que tel ou tel mot est acceptable en registre familier, ils sortent de leur juridiction. Personne, sauf les locuteurs, ne peut gérer le registre familier ». Une seule contrainte : être compris de son interlocuteur.

Beaudoin-Bégin se montre particulièrement convaincante lorsqu’elle met en lumière, à partir de plusieurs exemples, l’incohérence des puristes dans leur critique des anglicismes, et le peu de valeur de leurs arguments, qu’ils tentent d’appuyer sur l’étymologie, sur la logique, alors que la langue est truffée d’illogismes. Si certaines formes ne sont pas acceptées, inutile de chercher « des explications plus approfondies que le fait que ces formes ne sont pas acceptées ». Point. « La norme prescriptive est un ensemble de règles auxquelles la société accorde une valeur ».

Si sa critique des puristes, aussi appelés « prescriptifs », est si sévère, c’est qu’ils « ont bel et bien réussi à profondément inculquer dans l’imaginaire linguistique des Québécois l’idée que la plupart des formes caractéristiques à cette communauté linguistique sont les symptômes de l’étiolement de la langue »

Cet essai réhabilite le français québécois, non pas comme langue distincte, comme le suggère le terme « joual », mais en tant que variation du français. Une variation parmi les autres variations, ni dégradée, ni étiolée. Car, en matière de langue, il ne peut y avoir rien d’autre que cela : des variations. Et aucune n’est supérieure à l’autre, pas même la variation française, élevée au statut de norme de référence au Québec depuis le rapport Durham, au XIXe siècle. Toutes ont leur registre soigné et leur familier, toutes sont composées de mots anciens et modernes, toutes évoluent, toutes expriment une identité. Les mépriser, c’est mépriser les gens qui en font usage.
Profile Image for Rosalie St-Onge.
45 reviews
April 8, 2025
C’est intéressant, je me rappelle l’avoir lu dès ma première année de cégep en 2017 et je l’avais probablement pas terminée, bref cette fois-ci oui! Et j’ai bien aimé comment la langue québécoise était mise en valeur, ça fait du bien à entendre. Il faut être confiant de notre langue !
Profile Image for Patricia.
267 reviews
January 28, 2021
Je ne sais pas si ce livre à lui seul sera suffisant pour se débarrasser complètement de l'insécurité linguistique québécoise (parce que peu importe l'estime qu'on peut avoir pour notre propre dialecte, les commentaires condescendants qui viennent d'outre-mer peuvent miner notre confiance), mais du moins ils nous apportent plusieurs outils très intéressants pour nous défendre. Et à ne pas rester silencieux devant les Québécois qui se convainquent entre eux que leur variété de français est inférieure à l'européenne.

Comme elle le faisait déjà si bien sur les réseaux sociaux, Beaudoin-Bégin me donne toujours plus envie d'être militante et de casser les idées préconçues sur la langue. Par exemple, promouvoir le concept de créer un nouveau mot si l'envie nous prend et si on peut se faire (mieux) comprendre ainsi.

« … Parler, comme certains Français et, même, comme certains Québécois le font au sujet du français québécois, d'une langue pittoresque, imagée, singulière, particulière, sympathique… Ces adjectifs, qui peuvent sembler positifs, ne cachent pas moins un jugement de valeur, voire de la condescendance. » Elle décrie aussi les espèces de « dictionnaires du français québécois » (généralement fait par des Français): « Ce genre d'ouvrage ne rend pas hommage au français québécois. Lorsqu'il ne le ridiculise pas, il le folklorise. Parler du français québécois comme d'une langue pittoresque, d'une langue issue d'une "culture agréablement imagée et parfois complètement fantaisiste", ce n'est pas positif. C'est paternaliste. C'est rabaisser le système complet d'une variété de langue au niveau de l'anecdote attachante, voire cute. Le français québécois n'est pas cute. »

« Croire que la langue elle-même se résume à la langue standard incluse dans les ouvrages de référence et, par le fait même, que tout ce qui en diverge n'appartient pas à la langue. Dire, par exemple, que ce qui n'est pas dans le dictionnaire n'est pas français ou pire, n'existe pas. » (elle avance ailleurs l'argument qu'on devrait parler de registres de langue plutôt que de l'existence même des mots) Il y a une autre idée très répandue qui dit que « l'écrit soit la forme la plus pure de la langue française » et que tout ce qui dérive de cette forme est une dégradation est aussi absurde. C'est plutôt l'écrit qui découle du français parlé que le contraire.

« Si des locuteurs se comprennent mutuellement lorsqu'ils utilisent un mot, performer, par exemple, ou rempirer […], c'est que ce mot existe. Comment pourrait-on, logiquement, utiliser un mot qui n'existe pas et se faire comprendre quand même? Le fait que ce mot soit absent des ouvrages de référence, ou qu'il y soit condamné, ne veut pas dire qu'il est absent de la langue. Cela veut simplement dire que les gens qui sont responsables de la gestion des règles qui gouvernent le registre soigné ne l'ont pas accepté et que, probablement, ce n'est pas recommandé de l'utiliser dans des contextes qui appellent ce registre. »

Un Européen ne comprendrait pas « Je tripe ben raide sur cette toune-là » mais pourrait comprendre « J'aime énormément cette chance ». Un Québécois aurait de la difficulté a comprendre « J'ai kiffé la teuf! » mais comprendrait « J'ai beaucoup aimé la fête! ». Il suffit de passer du registre familier au registre soigné pour se faire comprendre.

L'idée qui a commencé à véhiculer vers le 19e siècle que les Canadiens français [Québécois] étaient un peuple sans littérature et ne parlaient pas le français mais un French Canadian Patois (tel que décrié par un certain Lord Durham) a servi à justifier le projet d'assimilation de l'Angleterre.

La partie que j'ai trouvé la plus intéressante:
« Cette vision fermée qu'ont les francophones de leur langue, cette non-acceptation de la variation peut s'expliquer historiquement. Elle vient de la période qui suit la Révolution française, période durant laquelle la France était fortement dialectalisée. Les autorités françaises, voulant doter le pays d'une langue nationale, ont mis en place des mesures qui visaient ni plus ni moins l'éradication des dialectes, donc, de la variation. C'est même physiquement que les locuteurs de l'époque pouvaient être punis s'ils continuaient à employer leur dialecte, puisque le faire était perçu comme réactionnaire. Ces mesures coercitives ont eu l'effet souhaité: la langue des Français est maintenant, dans la vaste majorité des cas, le français. Mais ces mesures ont aussi profondément marqué la manière de voir la langue en France: les Français ont acquis l'idée que tout ce qui dévie de la langue standard est nécessairement mauvais. » Le Français moyen a seulement à sa disposition une terminologie lourdement empreinte de jugements de valeur hérités d'une longue et puissante tradition de normativisme. « C'est donc dire que les francophones (car cette attitude n'est pas restreinte aux Français, elle a essaimé un peu partout) n'ont aucun autre outil pour décrire la variation que des remarques normatives. »

Par rapport au commentaire récurrent que les Québécois parlent encore le français du 17e siècle, d'abord, on peut se mettre d'accord sur le fait que notre prononciation a divergé légèrement mais, aussi, « si on dit cela, on peut également dire que les Français parlent le français du 17e siècle, car ils emploient des mots "anciens" que les Québécois n'emploient pas. Par exemple, potiron date d'environ 1500, pastèque de 1619, serpillère de 1403 et moufle de 1220. […] Pourquoi, lorsqu'on utilise à ct'heure, itou et moé, on parle le français du 17e, mais pas lorsqu'on utilise potiron, pastèque ou serpillère? » 

(D'ailleurs, j'ai appris que bécosse vient de back house, redigonte vient de riding coat et flirt vient de … fleureter [en français])

Beaucoup de Canadiens envient le Québec de sa langue. Parce qu'ils ont du mal à bloquer l'envahissement de masse de la culture étasunienne. Le français du Québec sert d'une sorte de bouclier. Soyons-en fier et parlons-la sans vergogne.

J'ai envie de tout lire ce que Beaudoin-Bégin nous proposera. J'ai souvent vu le commentaire que ses livres se répétaient pas mal, ce qui est dommage.
Profile Image for Gaby.
42 reviews1 follower
March 7, 2025
Lecture obligatoire pour mon cours de langue et société.
C’est très intéressant!
Profile Image for Rosamund.
389 reviews20 followers
December 1, 2016
Je ne suis pas Québécoise. Je ne suis même pas francophone (ben, pas au niveau maternel). Mais le plus de temps que j'ai demeuré dans un milieu francophone, c'était dans la Belle Province. En fait, ça fait cinq ans que j'ai passé mon dernier séjour en France ou dans un autre pays européen où se parle le français, bien que ce soit le continent que j'habite présentement. Du coup, quand je rencontre des Français et j'admets que je connais peu de la France, ou que je me sens plus à l'aise avec la variété québécoise du français, ils sont au mieux surpris, ils disent au pire que eux là-bas, ils ne parlent pas un français correct. Et je soupirai et je serai un peu gênée de mon accent légèrement québécois (ce qui est, pour un anglophone en tout cas, beaucoup plus facile à énoncer).

J'ai aimé surtout le ton de cet essai. J'avais le sentiment qu'il était écrit avec la fin de faire les Québécois porter un regard critique à leur langue même s'ils ne s'intéressent pas à la linguistique, ce qui est certainement bien. Mais dans l'ensemble c'était trop analytique. J'ai trouvé que dans chaque chapitre il s'agissait toujours de la même chose, quasiment - de "pourquoi les Français aussi ne se questionnent-ils pas sur l'orthographe de ce mot-ci?". J'avais attendu quelque chose de... je ne sais pas, des études sur la classe sociale, sur les allophones. Un argument un peu plus solide, réel.

J'étais déçue qu'il n'y avais pas même une toute petite mention du français acadien ou ontarien, comme si les Québécois étaient les seuls qui ont à faire face à une lutte sociolinguistique (je pense particulièrement à une amie de moi du Nouveau-Brunswick, habitant à Montréal, qui s'est faite instruire en français, qui se fait régulièrement demander par des Québécois: "Mais t'es anglophone à la base?").
Vers la fin du livre, l'auteure nous raconte de ses étudiants en français langue étrangère, dont la plupart sont des Canadiens anglais. Elle prétend qu'ils "peinent à faire reconnaître la péculiarité de leur culture ... à bloquer l'envahissement de la culture de masse américaine".
Désolée, mais c'est tout simplement paresseux. La zone linguistique anglaise du Canada est beaucoup plus grande que le Québec, et pourtant elle avait parlé plus tôt dans le livre de la manière dont la variété du français se diffère autour du Québec (à Montréal, à Gaspé...)
Profile Image for Aly.
2,944 reviews86 followers
February 11, 2024
"Il faut comprendre que la sauvegarde d'une langue ne dépend pas de la langue elle-même mais bien des locuteurs qui la parlent. Une langue ne disparaît pas quand elle s'éloigne de la forme prescriptive elle disparaît quand elle n'est plus utilisée, point."

Je n'ai jamais ressenti d'insécurité linguiste par rapport au français québécois, mais je me doute que ça serait probablement différent si je n'avais pas grandi et vécu dans une province et une ville majoritairement francophone. J'ai eu envie de lire ce livre parce que le sujet m'intéressait (et pour entendre parler du français au Québec avec d'autres "arguments" qu'elle est en danger et qu'on pointe toujours du doigt les mêmes boucs émissaires).

Le point de vue de l'essayiste est intéressant et fait beaucoup réfléchir. Mais comme le livre est fait de très courts textes, j'aurais aimé que certaines idées soient plus développées. Je serais aussi très curieuse de voir un débat avec les angles abordés dans cet ouvrage.

Profile Image for Pascal Scallon-Chouinard.
422 reviews8 followers
August 30, 2020
Ayant commencé par la troisième publication de cette série (La langue racontée), j’ai trouvé cet essai un peu moins bien ficelé et répétitif, mais tout de même fort pertinent. L’autrice parvient à bien vulgariser ce que représente le phénomène de l’insécurité linguistique au Québec, relevant les préjugés, voire le mépris, qui entourent parfois (et depuis longtemps) le français québécois et ses usages. Elle met en lumière les origines de cette anxiété collective et ce qui a pu l’alimenter au fil du temps, que ce soit l’autorité accordée aux ouvrages de référence, la constante comparaison avec le français hexagonal, la quête identitaire ou la dévaluation du registre familier au profit du registre soigné. Ce court ouvrage se veut une belle introduction à la sociolinguistique et à l’histoire du français au Québec, et permet de mieux saisir notre réalité linguistique.
Profile Image for Ariane.
68 reviews1 follower
November 2, 2019
Je suis (dans le sens de "follow") Anne-Marie Beaudoin-Bégin (L'Insolente linguiste) en ligne et je jubile à chacune de ses publications, donc lire son livre a vraiment été un gros party dans ma tête (da-da-da-danse dans ma tête!).

J'ai envie d'en acheter des tonnes et des tonnes de copie et les donner avec un gros sourire à chaque personne qui a un ton trop pointu quand elle me parle de la qualité piètre de la langue au Québec, et du fait que c'est "triste" qu'on soit le seul pays francophone dont les films doivent être sous-titrés quand ils sont projetés en France (gros mensonge plein de bullshit, en passant).

J'ai hâte de lire le deuxième ouvrage de l'auteure!
Profile Image for Sylvain St-Onge.
14 reviews1 follower
August 16, 2020
Un petit livre qui, à la fois, aide pleinement à faire face aux insécurités quant à l’usage d’un français québécois d’ordre familier tout en déconstruisant les préjugés d’infériorité. Des anecdotes intéressantes, des faits historiques, une foule d’exemples appliqués et de nombreuses raisons de croire qu’il serait tout à notre avantage de cultiver, d’accepter et d’entretenir nos québécismes. Assumons nos couleurs et soyons un peuple coloré, distingué et rayonnant.
Profile Image for Barthélémy Beau.
160 reviews
May 22, 2021
Un petit essai très bien ficellé par l'autrice linguiste Anne-Marie Beaudoin-Bégin. Il permet rapidement de faire un survol de la perception négative qu'on les Québécois de leur langue, les raisons pour cela et comment s'en sortir. En expliquant divers concepts sur la compréhension d'une langue et ses usages contextuels, on comprend vite les effets pervers qu'on les puristes du Français sur l'insécurité linguistique ressentie. À lire, et surtout à donner!
Profile Image for Bac À  Composte.
2 reviews1 follower
January 9, 2025
J'ai eu la chance de croiser le chemin de ce livre qui met des mots sur un sentiment qui me suit depuis qu'une de mes profs de français du secondaire avait lancé l'année en déclarant que quiconque nous disait qu'on parlait mal pouvait bien "manger de la marde". Ça m'avait bien plu.

Sinon ce livre est une belle introduction pour ceux et celles qui souhaiteraient aussi s'ouvrir aux différentes variétés de français qui existent à travers le monde.
Displaying 1 - 30 of 52 reviews

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