À l’heure où l’on installe les premières tombes connectées permettant de converser avec les personnes défuntes, Marie Février sera votre guide dans les allées d’un cimetière qui devient un lieu de vie et de rencontres, vous donnant à voir l’envers du décor, ses histoires d’amour, ses joies quotidiennes, sa langueur monotone.
Ce roman atypique nous interroge sur l’usage que nous faisons de la technologie, car, en créant des tombes qui permettent de conserver un lien avec les personnes défuntes, sommes-nous en train de repenser le deuil ou bien de seulement le repousser, pour plus de souffrance encore ?
Premier titre de la collection Novellapse, (Dés)incarnations vous propose un huis clos un peu particulier, de la SF engagée, de la romance et des relations humaines contrariées !
Née en 1990, Julia Richard a vécu la majorité de son enfance entre la Hollande, le Gabon et la Libye. Elle découvre l’écriture à 8 ans dans le cadre d’un concours sur le thème de l’an 2000. À cette occasion, elle fait une composition sur une invasion d’aliens, de zombies du Titanic et de plantes carnivores. Elle s'est par la suite - un peu - assagie, et, après avoir publié son premier roman en 2016, elle propose avec Carne une fable sociale mordante.
3.5/5 J'avoue que je ne sais pas trop quoi penser de ce texte ! J'ai beaucoup aimé l'écriture et le point de vue de cette pierre tombale sur les évolutions technologiques et l'IA. Pas sure d'avoir vraiment compris certaines position face à l'IA, étant quelqu'un vraiment réfractaire à cette technologie j'ai trouvé que peut-être parfois le regard était un peu trop doux à mon gout. Malgré tout un bon texte et j'aime toujours autant la plume et les idées originales de l'autrice
(Dés)incarnations est une novella qui ne m’aura pas laissé de marbre. C’est un texte surprenant pour sa narration en huis-clos extérieur, pour son personnage principal, pour sa tonalité douce-amère et pour ses thématiques. C’est un récit très beau sur la mort, sur la recherche du lien à l’autre, sur le deuil et les IA. J’aurai aimé passer plus de temps dans ce cimetière. C’était d’une tendresse surprenante et apaisante.
En trois textes découverts avec elle, j’ai l’impression que Julia Richard aime jouer avec les concepts marquants. Quoi de mieux pour lancer un nouvel éditeur !
Avec ses textes courts et modernes, Timelapse est un éditeur qui veut promouvoir des fictions engagées au sein des littératures de l’imaginaire. Ça tombe bien, j’adore cela. Alors après les novella SF du Bélial (UHL), celles féminines d’Argyll (RéciFs), place à celles, peut-être plus punk, de Timelapse. Bienvenue !
(Dés)incarnations de Julia Richard est donc la première de leur catalogue et avec son crâne descendant dans un nuage de rose – violet, on peut dire qu’elle interpelle. Son idée, et quelle idée originale, mettre en scène un cimetière, ce lieu de désincarnations auquel elle souhaite redonner son lustre et montrer que c’est aussi un lieu d’incarnation. Et quand on y pense c’est tout à fait ça. Oui, on y enterre des gens mais c’est aussi un lieu de rencontre et parfois de réflexion sur soi-même. Bien vu !
Pour mettre en scène cela, une riche idée : donner vie à ce cimetière avec des tombes connectées dont les habitants s’incarneraient dans une tablette-IA qui aurait récupéré leurs souvenirs via les données possiblement transférables à la société. Attention, cela risque de donner des idées à des entreprises tant l’idée est géniale ! J’ai adoré suivre ainsi la vie de ce cimetière et en particulier d’une de ses habitantes, Marie Février, qui va être le témoin de l’incarnation de ses voisines dans ce projet fou. Elle assistera ainsi à ses relations avec sa famille, sa petite fille, son époux décédé, mais aussi ses romances, ses mélodrames, etc.
C’est loufoque, c’est barré, c’est ludique et terriblement malin. On s’intéresse ainsi aux dérives de l’IA, à ce côté réconfortant qu’elle peut avoir et dont on voit déjà les dérives actuellement, avec ceux qui en font un confident voire plus. Ici, on a quand même du drame, de la romance, de la séparation, de l’arnaque comme dans la vraie vie, tel un soap, dans ce cimetière qui devient un nouveau lieu de sociabilité. Alors en même temps, j’adore parce que cela redonne vraiment vie à ce lieu, nous montrant une fonction qu’on a peu à peu oublié, mais j’ai également peur car cela peut annoncer une dérive à venir. C’est crédible. Le besoin de réconfort, de dialogue, d’échange, même avec quelque chose de désincarné, certains en ont besoin et y trouve une incarnation que je ne partage pas mais qui leur fait du bien. C’est donc brillant comme idée !
Le seul hic, je dirais, de l’histoire, c’est que l’intrigue est assez mince. Les relances ne sont pas toujours naturelles. On sent qu’on est plus sur une chasse aux idées que sur une histoire construite avec une introduction, un développement, un nourrissement, un pourrissement puis une fin. Il y a ces éléments mais vite fait et ce n’est pas que dû au format, selon moi. C’est un choix.
Tout comme le choix de donner une atmosphère très féminine au texte, ce que j’ai adoré et j’ai été frappée de découvrir le pourquoi du comment de ce sentiment dans la postface de l’éditrice. Bravo ! Ça remet bien l’église au centre du village et ça redonne sa place aux femmes dans les relations sociales, elles souvent les grandes oubliées, alors que pourtant ! Bien joué.
Très bon choix de texte pour lancer une collection qui se veut engagée. C’est un texte puissant, malin, percutant, qu’on n’oublie pas avec une anticipation qui fait un peu froid dans le dos tout en proposant une évolution qui pourrait être réconfortante et pertinente pour redonner vie à nos sociétés. Je salue l’engagement de l’autrice et de l’éditrice, décrit, dans la postface, pour en faire un texte au féminin. C’est parfaitement réussi, très fin, bien dosé et malin une fois de plus. On adore ❤
C’est un texte qui aborde sous forme légère - au pire douce-amère - les thèmes de la mort, du deuil et du souvenir, mais aussi, dans un niveau de lecture plus subtil, la place des femmes dans la sociéte et l’espace publique, ainsi que le peu de disponibilité les uns pour les autres que nous impose nos sociétés capitalistes. C’est ma première lecture de l’autrice et je suis contente de la découvrir grâce à ce texte qui me donnera peut-être le courage de lire ses écrits plus longs et plus intimidants car les thèmes semblent traités plus sombrement, plus dans la cahir, plus près de l’os. Mention spéciale à l’éditrice et à sa note en fin d’ouvrage sur les régles de grammaire et de vocabulaire qu’autrice et équipe de relecture ont choisi de suivre pour la rédaction.