Les filles sont des filles parce qu’elles sont en série.
Des corps féminins en rangées. Ils se meuvent en synchronie. Ils ne se distinguent que par le détail d’un vêtement, d’une courbe, d’une teinte de cheveux. Les filles en série sont mises à leur place et créent l’illusion de la perfection. Ce sont des filles-machines, des filles-marchandises, des filles-ornements. Toutes reproduites mécaniquement par l’usine ordinaire de la misogynie.
Mais la figure des filles en série est double : à la fois serial girls et serial killersde l’identité qu’on cherche à leur imposer. Casseuses de party, ingouvernables, elles libèrent la poupée et se mettent à courir. Entre aliénation et contestation, les filles en série résistent à leur chosification, à l’instar des grévistes féministes de 2012. Cet essai percutant se déploie comme une chaîne qui se fait et se défait, depuis les Cariatides jusqu'aux Pussy Riot.
Martine Delvaux est née en 1968. Romancière et essayiste, elle a publié à ce jour chez Héliotrope trois romans remarqués : C’est quand le bonheur ? (2007), Rose amer (2009) et Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage (2012).
3.5 *à noter que j'ai lu l'édition revue et augmentée* le livre commence sur le concept phare de delvaux : celui des filles en série. comment elles sont autant le produit de l'oppression et de la reproduction de celle-ci qu'une possibilité à la sororité. aussi : ce que la sérialité veut dire sur le plan du genre, de la fabrication des filles/femmes dans notre société. en soi, ce concept a beaucoup de potentiel et je crois même que delvaux a pu mettre le doigt sur quelque chose de très pertinent et fécond dans l'univers de l'analyse féministe et de l'émancipation. cependant, dès notre sortie du chapitre introducteur où les bases conceptuelles sont posées, on ne va pas plus loin dans l'élaboration des filles en série, se limitant plutôt à une somme d'exemples éparpillés, et parfois même illuminés dans un angle qui ne semble pas être le plus évocateur de la figure. références multiples à des films, contenus, livres, pensées : on peut aimer et trouver pertinent, mais comme aucune n'est particulièrement phare, on en vient à rester un peu en surface chaque fois on évoque les princesses de disney, super, je crois aussi que c'est un bon exemple : pourquoi passer tout notre temps sur le petit chaperon rouge? au final, c'est comme si delvaux ne faisait que pointer des moments qui lui avaient fait penser à son concept pourtant bien parti, sans aller plus loin dans la quête de signifiants, résultant parfois même sur des passages qui ne nous en disent pas tellement plus sur les fameuses filles en série. ça nous laisse sur un espèce de féminisme plus mainstream, moins dans l'approfondissement de la cause. en gros : on reste trop dans les analyses de cas sans tisser des concepts reliés entre eux et utiles au développement de la thèse... ok, oui, les filles en série, mais quoi après? une simple somme d'exemples? les approfondissements ne suffisent pas à consolider un univers conceptuel qui ferait de la figure des filles en série quelque chose de plus qu'un argument anecdotique.
ceci est aussi accentué par ma critique principale du livre, c'est-à-dire le manque total de perspective sur les réalités non-blanches. je sais que la réédition se veut plus inclusive, et pointe peut-être avec trop d'évidence la lacune, mais dans tous les cas le concept en soi de la sérialité évoque selon moi une réalité de la blanchité sans adresser cette particularité ontologique. ma réflexion durant ma lecture ne pouvait pas s'éloigner de : si les filles en série sont une forme de production de la féminité, des femmes, ne paraît-elle pas évidemment seulement accessible aux femmes blanches? comme quoi on ne tolère la femme que lorsqu'elle est blanche, et que les filles en série seraient, en quelque sorte, la production finale de plusieurs femmes parfaites selon le patriarcat? on évoque les féminités sérielles des élites, seulement accessibles à certaines. il faudrait plutôt mettre en question : pourquoi est-il possible qu'une certaine classe de femmes puisse "réussir" la féminité, et en masse en plus? remplir la fonction sans faute, le feminine mystique? on fait des commentaires sur les femmes racisées en occultant trop souvent les réalités qui ne sont pas noires, on a un arrière goût d'after-thought, qui encore une fois souligne le fait que l'on ne peut pas détacher le concept de la fille en série de la blanchité. là, peut-être, on aurait eu une meilleure analyse des mécanismes de création des féminités, et surtout de celles sérielles qui sont acceptées dans la société (pour leur fonction). sinon, on a plus l'impression paradoxale qu'on étudie les filles en série à travers le prisme de "la" femme, de la réalité déconnectée du privilège blanc.
dans tous les cas, plusieurs réflexions dans ce livre sont définitivement pertinentes, surtout en deuxième partie, notamment la réflexion sur la sororité, sur l'échappement aux filles en série pour privilégier les filles (femmes libérées) en série (en grand nombre, qui s'associent entre elles pour refuser d'entrer dans la société des hommes), sur l'image et les dédoublements, sur nelly arcan, sur la pornographie, etc. mais encore une fois, on reste très large autour du cadre conceptuel. je dirais que ce livre est plutôt une graine à planter par sa lecture, prendre le concept des filles en série et explorer les pistes présentées, continuer à voir ce que ça peut donner quand on se pose d'autres questions sur les raisons d'être de ces filles. un peu en mode : prendre le concept, et poursuivre la réflexion par nous même comme apport principal du livre plutôt que la totalité de l'analyse en soi comme apport. sans dire qu'il n'y a rien de bon : seulement, le concept en soi mérite d'être beaucoup plus examiné. un peu surprise, honnêtement, on disait que c'était un incroyable banger. au final, je me sens un peu comme après avoir lu le 2e sexe, mais version québec. peut-être aussi parce que delvaux feele très beauvoirienne malgré son non-essentialisme. une discussion à continuer, moi qui me disait que quelques lignes suffiraient
Cet essai se penche sur la représentation du corps féminin et sur la sérialité des femmes : ces filles en série comme dirait Martine Delvaux.
À travers l’essai, elle explore les figures de filles en série en passant par les Barbies, les Pussy Riot, par exemple. Delvaux mélange cette écriture poétique et essayistique. Elle argumente son ouvrage en dialectisant ses propos avec les autres.
Pour en apprendre un peu plus, cet essai est à lire. Absolument!
Une lecture intéressante sur un sujet qui a le mérite d’être bien approfondi.
Du Martine Delvaux, quoi ! 🫶🏻
Au début, je dois avouer que j’étais perdue. Beaucoup d’exemples, beaucoup de citations, beaucoup de notes en bas de page. J’avais peur de ne pas retenir l’essentiel. J’avais peur de ne pas comprendre les subtilités cachées derrière le texte.
Plus on avance dans cette lecture, et plus toutes ces peurs tombent. Par chance.
Ce que j’aime de l’auteure, c’est la facilité avec laquelle elle parvient à nous exposer ses idées, ses recherches. Les exemples sont concrets, actuels et on peut les référer, pour la majorité, à des éléments du « quotidien ».
J’aime aussi le fait qu’elle puisse écrire à partir d’œuvres culturelles qui vont de l’antiquité à la modernité. Limite, ça donne du poids aux propos. C’est choquant de vérité et de prise de conscience. C’est vraiment plaisant d’avoir des référents connus, oui, mais c’est aussi intéressant d’en connaitre de nouveaux. Les idées véhiculées dans le livre semblent alors prendre vie.
Ce que j’ai moins aimé, c’est le début de l’essai. Les filles en série est développé comme un concept clé, mais en comprendre l’organisation / la manière dont il agit, s’exprime dans la société est difficile. Je voyais le tout comme un thème lourd et défaitiste. Ce n’est qu’avec les chapitres portant sur ces différentes copies de filles que j’ai compris où voulait en venir l’auteure. Cela m’aura donc pris plusieurs heures pour saisir le sujet amené / défendu. J’aurais aimé qu’il soit davantage explicité dans les premières pages.
Sinon, j’ai adoré les derniers chapitres. Ils sont puissants. Ils expriment bien la manière dont je vois le féminisme. Ils sont porteurs d’une voix. J’aime cette idée de pouvoir déranger le moule, les standards attendus.
Je recommande : mais ATTENTION. L’essai a eu droit à une mise à jour en 2018… chose que je ne savais pas avant d’en être à la moitié de ce livre-ci. J’imagine que le nouveau livre mérite d’être priorisé !
Cet essai, d'un genre assez unique, explore la représentation des corps féminins dans la culture populaire, sous le thème de la sérialité. Basé sur l'idée que les filles sont souvent représentées sous forme de série, d'images interchangeables, dépersonnalisées et objectifiées — comme les mannequins dans un défilé, les danseuses d'un corps de ballet ou les poupées Barbie —, le livre dénonce le conformisme imposé aux filles, tout en exposant la révolte qu'il génère.
Le texte est très bien documenté, avec de nombreuses références à toutes sortes d'œuvres : certaines très connues, d'autres beaucoup moins. Le contraste entre le style académique du texte et la plume plutôt "littéraire" de l'auteure est parfois déconcertant! j'ai apprécié la pertinence du sujet et l'originalité de sa facture, ainsi que la verve de l'auteure. Plusieurs extraits mériteraient d'être placardés sur les murs et hurlés dans des mégaphones!
LES HAUTS : Un angle inédit, des images fortes, un sujet d'actualité et un talent indéniable...
LES BAS : Les nombreuses citations et notes de bas de page rendent le texte assez lourd...
Le livre de Martine Delvaux soulève énormément de points intéressants, qui sont, à mon avis, malheureusement difficiles à extraire de la lecture. Simultanément très précis et vague, son texte manque d'exemples concrets pour le lecteur lambda, alors qu'il cite une multitude de sources intéressantes et évidemment recherchées, assumant une connaissance première de celles-ci. J'ai bénéficié de cette lecture, mais j'aurais aimé le faire davantage, en profitant d'anecdotes et de propos parfois moins abstraits pour rendre le propos plus accessible. Peut-être que je le relirai dans quelques années, en espérant être mieux outillée!
"Au-delà de la déliaison que force l'État, déliaison entre les hommes et les femmes, les regardants et les regardées, et entre les femmes elles-mêmes qu'oppose entre elles la misogynie ambiante, les filles en série font corps malgré tout. C'est ainsi qu'elles survivent, chacune et toutes ensemble, résistantes. Clignotements d'existence, battements de coeur, frémissements: les filles sont des survivances."
coeur coeur pour martine delvaux et ses filles en série.
Les filles en série est un essai féministe à la théorie solide sans être lourd qui s’attarde à des représentations culturelles du féminin de nature diverse : écrits, films, TV, architecture, publicité, célébrités, etc. Cependant, ce qui le démarque, c’est avant tout le style d’écriture de son auteure Martine Delvaux, littéraire sans trop en faire. Ainsi, c’est avec une maîtrise consommée qu’elle montre que si la figure des filles en série est héritée d’une croyance misogyne, il s’agit aussi d'un lieu de subversion. Avis lecture complet sur lilitherature.com.
Découvrez sur lilitherature.com un extrait où Martine Delvaux cite Les mots et les femmes de Marina Yaguello au sujet de la connotation du mot « fille ».
Plutôt un 3.5, parce que les arguments de Martine Delvaux sont particulièrement pertinents et que son livre fait prendre conscience de plusieurs petits détails sur le féminisme et les droits des femmes. Mon seul bémol vient du fait qu'elle généralise beaucoup, surtout au début de l'ouvrage. Peut-être que je suis trop naïve, mais j'ai l'impression qu'elle prête parfois de mauvaises intentions là ou il n'y en a pas...
J’ai lu 100 pages sur les 270 présents dans le livre et ça m’a amplement suffit à me faire une idée sur le livre. C’est très rare que je ne finisse pas un livre mais étant donné la daube que s’est, j’arrête. Les arguments vont dans tous les sens sont aucun conducteur parfois et très dur de glisser ironie d’un argumentaire. C’est très bas gris, ça fait de long détour pour dire quelque chose de très simple.
Exemple : « tout ce qu’elle consommait comme nourriture à l’intérieur d’une journée » qui parle comme ça ? Qui écrit comme ça ?
Je me suis même demandé si c’était une mauvaise traduction mais non.
Et quand on a droit à des arguments ce n’est qu’un ramassis de victimisation, de philosophie et de paranoïa.
« Les filles sont des filles parce qu’elles sont en série. » Mannequins, poupées gonflables, Barbies, Tiller girls, ballerines, Playboy bunnies, actrices porno, Femen…les exemples se multiplient. Livre méga pertinent (malgré que le concept de « sérialité » des femmes aurait pu être explicité dès le début). J’ai ajouté plein de livres à ma liste à lire. Love you Martine. Faut que je lise ses autres bouquins asap.
Pis l’ironie du truc, c’est que la journée où je termine le livre, on annonce un 5e féminicide au Québec depuis janvier. Jsuis à boutte.
Un essai avec une vision large du féminisme. Des exemples concrets; les Barbies notamment qui font réfléchir à des actions, gestes du quotidiens qu'on n'aurait pas cru dicté par le patriarcat. Une lecture confrontante devant tout le travail à accomplir pour atteindre l'égalité, et ce malgré des décennies de victoires et d'avancement. Bien que ce livre soit intéressant, il n'est pas adapté à des lecteurs peu expérimentés dans ce style qui pourraient se perdre et perdre intérêt s'ils ne prennent pas leur temps. Je recommande sans hésitation.
Un peu comme dans le cas de Le boys club, j'ai passé par dessus quelques chapitres qui traitaient d’œuvres que je n'ai pas vu/lu. Les parties sur les cariatides et les Barbies m'ont jetée par terre!
Vision très intéressante du rôle des femmes dans la société et de leur place. Cependant il y avait BEAUCOUP de citations et de notes de bas de pages. Aurait put être plus court pour que le message passe mieu.
J'ai eu du mal à entrer dans cette lecture, vu la quantité d'infos et de thèses décortiquées. Par petites doses, ultra intéressant sur la sérialité des femmes, à la fois carcan, prison et exutoire de la condition des femmes, des filles, des ladies.
Une lecture incontournable, stimulante, vivifiante... qui donne envie d'en faire un paquet d'autres. Et de me taper, une fois pour toutes, Thelma et Louise. J'ai adoré. À lire!