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Les soldats de la honte

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Placés dans des conditions effroyables, confrontés au spectacle quotidien de la mort, bien des poilus ne se sont jamais remis de leur première fois sur le Front. Certains sont restés hagards à vie, hurlant, criant sans raison apparente; d'autres sourds, pliés en deux, incapables de se relever. En Angleterre, on appela ce syndrome: le shell shock. Ces blessés-là furent si nombreux qu'on estime pour la seule France leur chiffre au minimum à 100.000.
D'abord on ne sut pas quoi en faire. Puis les médecins se sont penchés sur leurs cas, convaincus qu'ils mentaient. Pour le vérifier, l'un d'eux imagine de les soigner à l'électricité, un choc pour un autre choc... On baptise cette technique le " torpillage " ! Baptiste Deschamps qui ne se sent pas fou refuse ce soin qui est abominable de surcroît et fait horriblement souffrir ! Un député vient à son secours et déclenche une bataille médiatique d'une ampleur immense qui rappelle un temps celle de l'affaire Dreyfus. Le poilu gagnera son procès mais la médecine têtue et ignorante poursuit ses expériences avec le soutien du gouvernement! Et d'ailleurs qui écouterait les divagations d'un certain Freud, cet autrichien pour qui la guerre explique seule ces névroses nouvelles ? Car, pour les aliénistes, nul doute que la folie est bien dans le camp des Allemands !

220 pages, Paperback

First published February 17, 2011

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About the author

Jean-Yves Le Naour

167 books10 followers
Historien, né en 1972 à Meaux (Seine et Marne), docteur en histoire, spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'histoire du XXe siècle . Il est l'auteur de plusieurs films documentaires portant sur la Grande Guerre ainsi que sur le XXe siècle.
Deux de ses essais ont reçu un prix : L'affaire Malvy a remporté le prix Henri Hertz 2008, Les soldats de la honte, le Grand-Prix du livre d'histoire Ouest-France-Société Générale 2011 ainsi qu'une seconde distinction : le prix de l'Académie de Médecine Jean-Charles Sournia qui récompense "un travail original récent consacré à l'histoire de la Médecine".

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38 reviews
October 29, 2021
C'est 14-18, et un cas gêne la médecine militaire, celui des soldats qui, sans lésions apprentes, sont dans l'incapacité de combattre - comportements incohérents, peur évidente ou dos complètement courbé. Si pendant deux ans on tente une explication tissulaire à ces cas, c'est qu'on ne veut pas croire que l'homme français pourrait être si lâche qu'il éprouve une peur du combat, et que l'hystérie est une maladie féminine. Plus que les récits des soldats (qui, c'est mon opinion, manquent un peu), c'est une histoire du discours médical que Le Naour écrit ici, discours marqué par les valeurs viriles, patriotiques de son époque, et d'une certaine arrogance de savants, en fait incompatible avec l'esprit du doute scientifique. Ainsi, après avoir accepté l'explication émotionnelle (neurologique) des troubles des poilus, la chasse est ouverte aux simulateurs, exagerateurs, semi-simulateurs, simulateurs inconscients (sic!)... lesquels sont de toute façon des prédisposés (la guerre n'y est pour rien, ou presque!) La contre-suggestion comme guérison s'appuie de plus en plus sur une électrothérapie qui, au départ indolore devient rapidement considérée comme devant produire de la douleur pour avoir un effet plus marqué. Gare à qui refuse le traitement, comme le soldat Deschamps, après avoir subi des mois durant ces séances de torture! La question est entière de la liberté du soldat à refuser un traitement, et du droit du médecin militaire à le lui imposer. Le médecin alterne en effet avec la déontologie médicale, difficilement compatible avec l'exigence pragmatique, conséquentialiste, de la guerre. Très rares sont les voix comptissantes avec le sort de ces poilus, et prônant leur réforme avec indemnités entières -- nombreuses sont celles conspuant les soldats de "mauvaise volonté" (car en effet s'ils en avaient la volonté, ils guériraient - dit-on) Au sortir de la guerre, la psychose reste une maladie infâmante et si des méthodes douces, comme la psychanalyse freudienne, commencent à faire parler d'elles, il faudra néanmoins attendre la guerre du Vietnam pour qu'ailleurs, aux États-Unis, le syndrome de stress post-traumatique soit reconnu comme maladie directement engendrée par la guerre.
Profile Image for Christine Van Heertum.
598 reviews17 followers
January 13, 2018
1914-1918. La guerre des tranchées marque physiquement et psychologiquement. De très nombreux blessés arrivent dans les hôpitaux, et les médecins sont perplexes face aux soldats sans aucune blessure corporelle. Ces poilus, hagards, hurlent, crient sans raison. Certains sont plicaturés et marchent pliés en deux, ne pouvant plus se redresser. La plupart présentent les symptômes de l’hystérie. Mais l’hystérie est propre aux femmes, il ne peut donc s’agir de cela. Freud émet l’hypothèse que la guerre peut rendre fou et que les soldats subissent un choc psychique. Mais Freud est Autrichien, il est l’ennemi, et il est impensable que les soldats qui combattent l’Empire allemand, soient faibles et souffrent de choc psychique. Ces poilus ne sont donc que des simulateurs, des profiteurs, des « embusqués du cerveau » qui ne veulent pas rester au front, et il faut les convaincre de se remettre d’aplomb, et au plus vite, car le pays a besoin d’eux. Pour les réveiller de leur état de simulation, un seul remède : la violence, en les soumettant à des décharges électriques, une technique dénommée « torpillage ». Baptiste Deschamps, poilu, plicaturé, refuse le traitement par torpillage et est conduit au conseil de guerre. Un député, révolté par la situation, dévoile à la presse l’histoire de Deschamps et de ses compagnons d’infortune. Deschamps gagne le procès mais les médecins continueront d’utiliser la technique du torpillage durant de nombreuses années.
Un excellent livre qui revient sur un aspect méconnu de la Grand Guerre, les tâtonnement de la médecine concernant les troubles psychologiques durant une période où le devoir du médecin était de renvoyer les soldats au front, et ce le plus vite possible, au détriment des blessés du cerveau. Car si les poilus marqués dans la chair sont traités comme de véritables victimes du conflit, les soldats de la honte, ceux qui souffrent d’ "obusite" (le choc provoqué par le passage d’un obus), ou de névrose de guerre, n’ont rencontré que dédain, incompréhension, rejet, et souffrance.
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