Pour la faire courte : le livre tente de s'imposer en tant que bible sur le racisme anti-asiatique mais il contient plein d'écueils.
Ce que j'ai aimé : la partie historique qui retrace les différents parcours migratoires des communautés asiatiquetées par période, la partie sur les mouvements militants antiracistes et asiatiquetées.
Pour le reste, particulièrement la première partie, il fait un tableau de nuances et de la diversité des personnes asiatiques en France mais ne donne la parole qu'aux mêmes personnes (les plus visibles et mainstream) ce qui fait plutôt le tableau d'un entresoi de personnalités asiatiquetées qui s'entrevalident. C'est dérangeant et peu représentatif.
Terminer par Olivier Faure m'a honnêtement achevé mais c'est surtout le fait de donner principalement la parole aux personnes qui penchent vers l'entrepreneuriat, le girl boss, et produire une multitude de podcasts de témoignages qui contribuent certes à servir de contre-récit, mais qui ne se font surtout pas antiracistes, ni en soutien à d'autres communautés et luttes.
Je pense qu'il pourrait plaire au grand public, aux personnes blanches qui veulent s'y intéresser mais c'est tout.
Une bonne synthèse de toute la littérature sur le racisme anti-asiatique en France, dont j'ignorais la richesse et l'actualité ! J'ai plus de clés qu'avant sur le sujet (notamment sur la double face des clichés sur la "minorité modèle") et ça a donne envie d'en lire et d'en écouter plus grâce à la bibliographie précise.
Merci Linh-Lan Dao d’avoir fait ce travail plus que nécessaire, c’était une super lecture. J’ai appris des choses, j’ai reconnu des vécus, je me suis senti.e compris.e, j’ai ris et j’ai surtout beaucoup pleuré. Pleins de sujets différents sont abordés et c’est une super entrée en matière pour continuer à traiter le racisme anti-asiats dans toutes ses formes. Seule critique: même si elle se situe maintenant dans un anti racisme radical, Linh-lan Dao semble venir d’un héritage du sud vietnam, donc beaucoup moins orienté vers une approche communiste des luttes sociales. De plus elle semble aussi héritée d’un milieu social privilégié (financièrement, culturellement) ce qui fait que ces propos sont un peu trop libéraux à mes yeux. À part cela, super travail, bravo !!
Je ne suis pas français ; j’ai choisi d’explorer ce livre quand je suis tombé sur un reel d’Instagram de FranceCulture sur un entretien avec l’auteure. Pourtant j’ai remarqué tants de similarités avec mon vécu en tant qu’Asio-américain. Je me suis depuis toujours demandé s’il était mieux d’être asiat en Europe qu’aux États-Unis, mais grâce à cette enquête, il est clair que, même séparés par une océan, les Asio-occidentaux sont unis par la même galère racisée. Comment je me suis reconnu dans tellement d’anecdotes personnelles ici.
Le sentiment de « “toujours se regarder à travers les yeux” d’une société blanche » (p. 115) demeure pareil outre-Atlantique et pour moi était doublé quand je m’étais mis à chercher des correspondants francophones. Comme le cas d’Emmanuelle, étudiante en langue japonaise, qui « devait être sélectionnée d’office pour une bourse d’études d'un an dans une université de femmes au Japon » mais dont « sa candidature est refusée car elle n’est pas assez “française” » à être rejetée pour « sa camarade Héloïse, blonde aux yeux bleus » (p. 25–26), j’étais moi aussi hyper-conscient de la perception possible de ne pas être l’Amerloque blanc apple-pie classique désiré des correspondants français. En parcourant ce livre, c’est comme si je dialoguais avec une correspondante française qui, malgré l’éducation gauloise, comprend tous les complexes nuancés de grandir asiat en occident avec des récits si aigus tels que :
* le désir de « faire plus française que française [...] se mettre à distance de ses origines vietnamiennes [...] à éviter les autres Asiatiques, afin de ne pas être associé à eux » (p. 31–32) le racisme intériorisé : « [I]l est rentré de l’école en pleurant : “Je ne suis pas chinois, je ne veux pas être chinois.” » (p. 118) * le sentiment d’infériorité auprès des blancs : « [J]e me demandais : “Si je n’étais pas asiatique, mais blonde aux yeux bleus, peut-être que les garçons s’intéresserait plus à moi ?” » (p. 117) * le sentiment d’infériorité auprès d’autres Asiats des origines plus romancées : « On peut également anticiper une certaine hiérarchisation entre populations asiatiques [... “]Pourquoi tu ne dis pas que t’es japonaise ? C’est plus stylé que le Laos, parce que ça pue la merde, ça ![”] » (p. 162) * le sentiment bizarre de se sentir étranger même dans son propre domicile : « [Un enfant asiatique] avait un peu honte de l’accent de sa grand-mère [...] ressentait de la gêne à l’idée de ramener des gens à la maison » (p. 119) * la menace du stéréotype : « [T]out faire pour ne pas coller aux clichés. [...] Son racisme intériorisé fait qu’elle a refusé de sortir ou de se marier avec un Asiatique[. … C]ela faisait “trop cliché”. [...] peur ressentie quand on est dans une situation où l’on risque de confirmer un stéréotype négatif associé à son groupe » (p. 119) * l’existence des hommes asiats en dehors de la construction occidentale de la masculinité : « [L]’homme asiatique est dévirilisé dans l’imaginaire occidental. “Je me sous-estimais. Je ne me trouvais pas beau, pas désirable, car je ne ressemblais pas à l’image qu’on se fait d’un homme en Occident » (p. 178) ; « masculinités japonaises : des hommes grands, minces et plutôt doux. Ces profils n'étaient pas forcément mis en avant en Europe » (p. 295) ; « Dans les séries coréennes, les hommes sont sveltes, apprêtés et romantiques, sans que leur virilité soit remise en question. [...] Ça a permis à des hommes asiatiques en France, mal dans leur peau, qui se sentaient perçus comme asexués, de se tourner vers d'autres modèles » (p. 298).
Bien sûr, le livre, étant une enquête correctement académique, parsème les récits confessionnels avec les statistiques, l’historique et la politique. C’était intéressant de, par procuration, rencontrer les personnages clés dans la lutte en France, de vivre les tragédies tournantes dans l'Hexagone, de participer à une histoire parallèle qui reflète le parcours américain comme un miroir sombre. J’ai appris également sur moi-même et sur mes cousins d’outre-mer.
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Un cheminement de plus de 10 ans de combat et de militantisme. Quand on voit le chemin parcouru, de l'état des lieux il y a à peine une décennie, on mesure le travail énorme de tous ces gens qui se sont tenu debout, contre vents et marées, pour exister pleinement. Il reste encore une longue route à parcourir, mais on espère qu'on a programmé un GPS qui indique les bonnes directions pour les générations qui arrivent derrière.