La littérature fantastique a pris beaucoup d’ampleur depuis les années 90. Grâce à Harry Potter de JK Rowling, le Trône de Fer de George RR Martin, le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien, Les Chroniques de Narnia de CS Lewis et d’autres classiques de ce genre littéraire, de nombreuses maisons d’éditions ont décidé de présenter des textes de cet acabit. Chez la maison d’édition Gulf Stream, de belles brochettes de textes fantastiques sont offerts autant pour les adolescents que les jeunes adultes. Pour ces derniers, le Lion de Chrysos exemplifie une thématique fantastique particulière, soit la Romantasy médiévale.
Dans son intrigue, ce récit unitaire se déroule dans le royaume de Chrysos, un continent colonisé où se trouve plusieurs villages, monts, clairières, fleuve, îles et cités. Notamment Chant-du-Ciel, dans laquelle réside le roi Fastja, la reine Miza, leur famille et Protec, leur grand chevalier attitré à leur protection. De ce dernier, celui-ci quitte le royaume après que la reine bien-aimé a été massacrée et dévorée par son premier fils; le prince Sylf, qui s’avère être un inhumain, c’est-à-dire une personne capable de se transformer en un animal particulier. De ce don maudit méprisé à travers le royaume, Protec le possède aussi puisqu’il est capable de se transformer en lion. Mais comme Neal, le mage du Roi Fastja, a complètement scellé ce don depuis sa naissance, Protec n’a pas à se préoccuper de ce fardeau. Sur une recherche de sept années, Protec parcourt le royaume, cherchant le prince sans grand succès. Mais suite à une rencontre avec Lethé, un homme qui aurait une piste potentielle sur ce monstre déchu, Protec accompagne Lethé et ces compagnons dans une recherche se déroulant dans des montagnes nordiques. Mais durant cette recherche, de sérieuses tensions amoureuses se développent entre les deux amants, lesquelles exploseront quand de sérieux événements et révélations se dérouleront, affectant leur amour ainsi que le futur de ce royaume.
Ainsi, l’intrigue ne s’étale pas sur plusieurs romans, mais se compile en un seul volume; sur 503 pages. Doté d’une très belle couverture présentant Protec et Léthé et ce qui semble être le trône de Chrysos, on a de quoi intéresser les lecteurs et lectrices à cette aventure. Même chose pour les pages de garde. Celle qui introduit le livre montre une carte détaillée du royaume de Chrysos et des terres d’Oratz alors que celle qui conclu le livre nous présente un moment émouvant entre Protec et Léthé. Ces images nous prépare à une aventure fantastique et romantique dans un univers parallèle. Un univers présentant des thèmes sociaux, soit les discriminations et tensions entre les inhumains et les humains, ce qui rappelle les moldus et les sorciers dans Harry Potter. Tout comme dans cette saga incroyable de JK Rowling, Le Lion de Chrysos suit le point de vue de Protec. Jamais nous ne changeons de perspective, et c’est pour le mieux car en quittant celui-ci, certains mystères seraient dévoilés trop rapidement et cela gâcherait les coups de théâtre dans ce roman qui offre son lot de surprise pour notre héros; que certains lecteurs et lectrices disent avoir déjà identifier pendant leur lecture.
À travers ce texte, nous découvrons comment le dévouement profond d’un chevalier envers ses monarques affecte son jugement et sa réflexion critique. Car en refusant de percevoir la moindre critique ou négativité en ce monarque qui l’a recueillit depuis sa naissance, Protec n’est pas assez attentif sur certains éléments se déroulant autour de lui. C’est quelqu’un de tourmenté par ses dilemmes et culpabilités, au point que l’on se demande si celui-ci n’a pas subit de la manipulation psychologique pendant sa vie. Ainsi, le roman explore autant un univers fantastique que le psychisme d’un homme solitaire et mélancholique. Nous y découvrons de nombreux lieux visités par le protagoniste et ses camarades, ainsi que le folklore, la géographie, la faune et la flore qui s’y retrouvent. C’est donc un roman très descriptif dans lequel la romancière veut vraiment nous plonger dans cet univers, et dont les tourments amoureux et psychologiques du protagoniste ajoutent une belle dose de conflit dans l’intrigue.
Néanmoins, cette prose extrêmement descriptive est un défaut qui nuit au texte.
En effet, chaque chapitre est enrichi de nombreuses descriptions d’incidents, de personnages, de créatures, de lieux, et d’action. Ce qui est pratique pour un roman et pour toute personne qui souhaite avoir tous les détails. Mais quand la description surcharge le récit, cela peut alourdir la lecture et rendre celle-ci moins fluide. Car à beaucoup de moments, je trouvais que des détails auraient pu être plus concis, focalisant sur l’essentiel et laissant des libertés visuelles aux lecteurs alors qu’ils découvrent l’histoire. À d’autres moments donnés, certaines discussions auraient pu être narrés par des dialogues plutôt que par des résumés sommaires. Notamment durant un dialogue entre Protec et un personnage important où son dialogue est entièrement résumé dans un long paragraphe descriptif. Ce qui est dommage puisque cela nous détache de l’importante révélation qui y est faite. Comme c’est une scène cruciale, un dialogue nous aurait mieux plongé dans l’action alors qu’un résumé descriptif affecte la tension de la scène. Évidemment, je peux comprendre que l’auteur veut, à travers ses descriptions, nous faire découvrir toutes les couleurs, parfums, paysages et images qui s’y retrouvent. Mais en voulant trop décrire, cela a fatigué ma lecture et au lieu de la finir sur une semaine ou deux, je l’ai étalé sur un mois car cette surcharge descriptive m’a empêché de mieux apprécier l’intrigue.
D’ailleurs, il est dommage que l’auteur nous présente les codes mensuels de cet univers sans vraiment nous orienter leurs parrallèles avec les nôtres. Si elle avait présenté en annexe une feuille identifiant tous les mois et leurs liens avec les nôtres, cela aurait pu nous aider à mieux plonger dans le texte. Même des pages d’infos exclusives sur certains lieux auraient pu nous aider à mieux plonger dans cet univers. Surtout quand certains lieux sont mentionnés dans la carte, mais ne sont pas du tout explorés ou sont à peine abordés par certains individus. Car au final, le roman se déroule dans le Nord-Ouest du royaume alors que le Sud-Ouest et les Terres d’Oratz ne sont pas du tout explorés. Ce qui est dommage parce qu’on perd un potentiel d’en apprendre plus sur ce monde que l’on ne découvre que durant un roman. Alors si jamais l’auteure aurait envie d’écrire de nouveaux récits dans le royaume de Chrysos, elle ne devrait pas négliger cette chance car celui-ci est riche en potentiels narratifs.
Quant à la relation entre Protec et Léthé, je l’ai trouvé très correcte, mais pas aussi incroyable que cela. Ayant joué à des jeux vidéos comme Dragon Age ou Mass Effect, je trouvais que l’intrigue romantique était conventionnelle et proche de celles dans ces jeux vidéos. Alors je me demande si l’histoire amoureuse n’aurait pas pu sortir de codes trop présents dans ces récits fantastiques. Car oui, il y a une évolution dans cette histoire d’amour et les choses ne sont pas précipitées, mais d’autres détails sont un peu prévisibles. Ainsi donc, ceux et celles qui voudraient s’attendre à avoir un texte différent du lot risque de retrouver des formules prévisibles dans cette romance.
Évidemment, le livre n’est pas médiocre. C’est une lecture qui m’a permis de découvrir un univers avec un excellent potentiel d’écriture pour de nouvelles aventures. Mais c’est un roman qui présente des codes prévisibles, des descriptions surchargées ou inutiles, et un récit qui aurait pu être plus concis, sortir des sentiers battus du récit Romantasy et ne focaliser que sur l’essentiel, voire présenter d’autres scènes méritant de l’attention. Comme le passé de Protec et ses interactions avec la famille royale; qui est à peine effleurée en survol. Ainsi, on aurait pu mieux comprendre pourquoi il s’attache tant à cet entourage.
Pour ce qui en est de l’ajout d’une playlist par l’auteure en fin de récit pour aider ses lecteurs et lectrices à mieux plonger dans l’ambiance du texte, c’est une addition pertinente pour accompagner la lecture. Quoique de mon côté, cette musique ne me rejoignait pas du tout. Alors j’ai opté pour un autre que j’ai découvert sur Spotify.
Pour conclure, les néophytes au récit fantastique devraient adorer cette histoire. Mais ceux et celles qui s’y connaissent beaucoup sur le sujet risquent de le trouver un peu prévisible. Malgré tout, c’est un livre adéquat pour les bibliothèques publiques ou scolaires (lycées, Universités, etc.). C’est une histoire parfaite pour ces lectorats, mais elle aurait pu être rédigée en 400 pages ou être divisée en deux romans. De plus, il y a un très beau potentiel pour de futurs romans et j’espère que l’écrivaine y replongera son auditoire dans d’autres aventures dans ces mêmes lieux ou avec d’autres personnages secondaires liés à ceux-ci. Cela enrichirait l’univers et de découvrir d’autres éléments qui auraient des parallèles avec l’épopée du lion de Chrysos.