Je suis assez fier.e de moi d’avoir persévéré et d’être allé.e jusqu’au bout de cet essai parce que c’était pas simple du tout, ça m’a pris beaucoup d’énergie et de neurones et j’ai mis longtemps avant de rentrer dedans et m’habituer au langage particulier de l’autrice.
L’organisation des chapitres et leur introduction au départ faisait aucun sens pour moi, c’est seulement une fois que j’étais assez loin dans le livre que j’ai pu avoir une compréhension plus complète des idées exprimées au fil de son écriture. Quand tu regardes le sommaire à la toute fin tu comprends enfin le cheminement de pensée globale et tu te dis ah yes c’était pas si mal réfléchi que ca et pas bête du tout et l’autrice savait donc bien où elle voulait aller.
Mais y a plein de moments pendant ma lecture ou son écriture et l’organisation à l’intérieur des chapitres me perdait complètement. Entre façon un peu alambiquée d’exprimer des idées qui n’étaient pas si compliquées que ça, gros blocs de citations en plein milieu d’une phrase, apartés à foison, énormes notes de bas de page qui s’étalent sur plusieurs pages (oui), sans compter beaucoup trop de références culturelles pointues que j’avais pas, c’était difficile de pas perdre le fil du raisonnement. Y avait un chemin bien tracé dans le développement de l’idée centrale du livre, mais simplement beaucoup, beaucoup de détours en route, certains intéressants, d’autres pas vraiment, et ça fait que même si ça vaut le coup, faut vraiment s’accrocher pour pas se décourager.
J’ai quand même pris mon temps et finalement j’ai fini par… Étrangement apprécier ma lecture a posteriori alors que les défauts de ce livre sont d’habitude rédhibitoire pour moi. Surtout dans un livre où on parle de comment le langage est monopolisé par les élites en tant qu’arme c’est difficile de pas trouver… « ironique » que l’autrice décide d’assumer que son lecteur peut comprendre tout ce qu’elle raconte alors que c’est pas vraiment toujours accessible comme manière d’écrire.
Mais oui, ceci étant dit, j’ai du coup quand même vraiment aimer lire ce livre parce que au delà de tout ça, c’était super intéressant et ça m’a appris quelques trucs, et fait réfléchir sur d’autres. J’ai bien aimé découvrir des œuvres que je connaissais pas ou très peu, et que je ne serais pas nécessairement aller consulter par moi même, car, même si ce n’était pas toujours le cas, certaines étaient quand même parfois bien amenées et incorporées au cœur du texte.
Le point fort du livre, c’est qu’il a cette caractéristique qui fait pour moi un bon essai de remettre en question le pouvoir oppressif et désamorcer sa crédibilité acquise, en se questionnant sur l’origine historique des arguments qu’il offre pour justifier l’oppression des minorités. Ça vient fouiller dans les archives du passé pour sortir de l’ombre les choses immémoriales (mot appris dans ce livre) et je trouve ça incroyablement satisfaisant comme procédé.
Le but principal de cet essai c’était de trouver un moyen de rire de l’oppresseur, de le rendre ridicule et le déposséder de ses pouvoirs, en mettant en lumière les mécanismes du gaslighting notamment misogyne pour retourner la machine et se libérer de l’envoûtement qu’il cause. Ce que l’autrice réussit plutôt bien à faire. Et bien que j’ai trouvé l’organisation de l’écriture super chaotique et parfois même redondante, le fait que cet essai parvienne à son objectif, même à travers des moyens alambiqués de ouf, en fait pour moi un essai plutôt abouti. Ce qui est aussi ce pour quoi je suis capable de passer outre ce que j’ai trouvé agaçant dedans et, de me concentrer sur ses qualités plus globales qui en font un livre assez complet qui a des choses très intéressantes à offrir et que je suis content.e d’avoir lu en entier.