Il y a ces politiques qui ne cessent d’exhorter les femmes à se dévoiler. Les médias qui véhiculent l’imaginaire de la « beurette » ou du « garçon arabe » en jogging baskets empreint de sexisme et de racisme. Ou encore le legs colonial qui érotise le corps des personnes racisées : les femmes comme objet de fantasme et de domination et les hommes pour leur hypervirilité.
Refusant de se plier à ces stéréotypes et enraciné dans sa propre expérience en tant qu’homme arabe musulman en France, Jamal Ouazzani entreprend dans cet essai plus que nécessaire un voyage intime et politique dans une société marquée par des divisions profondes et systémiques. En explorant et en s’inspirant de quatorze siècles de culture arabe et/ou musulmane, il dévoile la richesse d’un héritage souvent méconnu qui offre un espace d’inclusion à toutes les identités et nous invite à repenser nos conceptions de l’amour.
« Aimer contre vents et marées, contre les protocoles et les frontières, par-delà les sexes et les genres, les croyances et les couleurs. »
Diplômé de l’Essec et titulaire d’un master en cinéma de la Sorbonne, Jamal Ouazzani a passé plus de dix ans dans des grandes agences de publicité à l’international. Aujourd’hui, en tant que militant pour les droits humains, consultant en stratégie, conférencier, scénariste et réalisateur, il se consacre à la promotion de l’inclusion et de l’équité. Voix vibrante du podcast JINS parlant d’amour, de sexualités et de genre pour les personnes arabes et/ou musulmanes, il ouvre le dialogue sur des sujets inédits et pose les bases d’une réflexion transformative autour de l’amour.
En commençant la lecture de cet essai, j'y cherchais des pistes pour formuler avec cohérence quelques réflexions qui m'étaient venues sur le féminisme et l'islam et les manières de vivre une identité LGBTI dans une famille/société musulmane. Le livre est très stimulant sur ce point-là car il mentionne une très grande quantité de travaux sur ces sujets, ce qui en fait une bonne porte d'entrée pour explorer ces thèmes. Il ouvre aussi pas mal de questionnements intéressants à creuser par soi-même et le fil conducteur de l'essai, penser les relations (entre les genres, entre les membres d'une famille, entre les membres d'une communauté) et la religion par l'amour, est bien ramené aux différentes sections du texte.
Cependant, je ne sais pas si c'est parce que je lis peu d'essais d'habitude, mais j'ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans la façon dont les raisonnements sont menés. J'ai eu l'impression que les références, bien que nombreuses et pertinentes, n'étaient pas suffisamment exploitées. Lorsqu'une idée externe était abordée, elle était brièvement présentée et ensuite, on passait directement soit à une autre idée, soit à une reformulation du fil conducteur de l'amour. J'ai été assez frustrée sur ce point-là car ce texte aurait été une occasion en or de rendre accessible des travaux dont on entend peu parler. Au lieu de cela, j'ai eu l'impression que l'auteur essayait à chaque chapitre de nous convaincre du bien-fondé de son approche, alors que ce travail a déjà été fait de façon efficace en introduction, et cela rendait beaucoup de passages redondants. J'ai apprécié la section sur le soufisme justement car cette fois-ci, l'auteur a pris le temps de rentrer dans les nuances du sujet et d'en présenter suffisamment d'aspects pour qu'à la fin du chapitre, on soit convaincu de l'importance d'aborder cette piste dans la réflexion sur l'amour. Je pense que le problème réside dans le fait qu'on ne sait jamais vraiment quel est l'objectif du livre : proposer des pistes à destination des musulmans/arabes pour réfléchir sur l'amour à partir d'enseignements de leur religion/culture (mon objectif à l'origine), ou présenter à un public "profane" (ce n'est pas employé de façon péjorative, je n'avais pas d'autre idée pour désigner des personnes peu familières à ces thèmes) la possibilité d'une conciliation entre islam et progressisme en matière de droits des minorités de genre. Cela paraît anodin, mais je pense que pour cet essai, la nuance entre les deux points de départ est importante. Dans le premier cas, on part du principe que le lecteur est ouvert à réfléchir sur sa vision de sa religion/culture, on peut donc entrer dans le vif du sujet et aller beaucoup plus en profondeur pour évaluer les différentes pistes. Dans le deuxième cas, on part du principe que le lecteur est soit sceptique (en France, on demande des concessions aux féministes musulmanes) soit peu renseigné sur les bases, notamment en matière de féminisme intersectionnel. Ainsi en partant de là, il est tout à fait logique d'une part de rappeler les concepts fondateurs comme l'intersectionnalité, et d'autre part d'avoir l'impression de marcher sur des œufs lorsque des sujets vus comme polémiques, comme la place des femmes dans l'islam, sont abordés. Cela donne lieu à des passages qui donnent l'impression d'être des sortes de preuves de bonne foi, ou à d'autres qui s'expriment directement sur des conflits qui ont lieu dans le milieu militant et qui sont parfois assez éloignés du thème de la section. Je n'ai plus les passages exacts car j'ai passé le livre à quelqu'un d'autre, mais j'ai plusieurs fois été frustrée lorsqu'au lieu d'approfondir le raisonnement sur un thème intéressant, l'auteur déviait sur une prise de position spécifique à des désaccords terrain. Il est important de faire valoir sa voix sur ces sujets, ce n'est pas ça le problème. Mais à plusieurs reprise, j'ai trouvé que ce n'était pas le bon moment pour le faire, à la fois car sortie de nulle part, cette prise de position était moins impactante, mais aussi car elle réduisait malgré elle l'idée développée juste avant à un argument de plus dans un conflit qui reste très situé dans le temps, lui faisant perdre de sa portée. Je ne sais pas dans quel contexte cet essai a été écrit, peut-être qu'il justifie ce choix. Le livre aurait sûrement rencontré un écho plus limité s'il s'adressait au premier public que j'ai évoqué, mais il aurait aussi pu avoir un meilleur impact car l'approche qu'il propose est assez rare et mérite d'être considérée plus en profondeur.
Je me suis un peu attardée sur les points faibles du livre, mais cela reste une lecture très intéressante qui a éveillé chez moi beaucoup de réflexions que je continue à creuser. Le style est facile à suivre, même si parfois trop poétique à mon goût mais c'est une question de préférences personnelles. Je le recommande donc pour découvrir les liens entre islam et amour, surtout si le thème est nouveau.
Enfin de nouvelles idées qui déconstruisent nos stéréotypes islamophobes et racistes sur l’Islam! Ça fait du bien de lire des choses aussi sensées et intelligentes qui puisent leurs sources dans le Coran certes, mais aussi dans l’histoire arabo-musulmane. Beaucoup d’idées féministes et antiracistes sont ici expliquées et mise en lien avec le Coran, et on se rend compte que énormément de courants de pensées sont compatibles, alléluia ! Gare aux fashos, leurs idées dégueulasses seront détruites en deux temps trois mouvements! Par contre, le livre est riche en informations et comme beaucoup d’idées novatrices de notre époque (luttes queer, féministes, antiracistes,..) y sont citées et expliquées, ça en fait un livre très dense et peut être parfois redondant pour la grande lectrice d’essais que je suis, mais très bien pour un.e novice de sociologie ?