J'ai dévoré le bouquin en moins de 3 jours, c'est prenant, très bien écrit (en tout cas ça se lit tout seul). Quand j'ai fermé ce livre, je me suis même dit "Mais si le Cosplay pouvait être mis au point, j'aurais voulu qu'il soit mis en place dans un de mes anciens jobs". Imaginez un lieu où chaque employé d'une société est libre, sans règle mais surtout anonyme. Que feriez-vous si vous aviez la possibilité de raconter ce que vous voulez, de faire savoir ce qu'il ne vous plait pas mais également ce qu'il vous plait. Oh bien sûr, la nature humaine étant ce qu'elle est et vu la société actuelle, les hostilités fuseraient, ça serait la curée. Mais après, une fois que le mauvais génie est sorti de sa lampe, qu'il a fait le grand ménage, il vous reste quoi? Nous ne sommes pas des animaux solitaires, nous préférons vivre en groupe et pour qu'un groupe vive ensemble, il faut qu'il ait un objectif, des règles, des limites. Si ces limites n'existent pas, allez-vous les écrire ou bien continuer à tout détruire? Le collectif l'emportera-t-il sur l'individu?
Toutes ces questions sont abordées dans la mise en scène du Cosplay. Bien que l'histoire se passe dans un futur moyennement éloigné, où Internet a explosé, où les grandes entreprises actuelles que sont Microsoft, Google et autres aient toutes disparues, le sujet pourrait se passer ici et maintenant. Petites magouilles dans la société, arriviste patenté, escroc, tyran, faveurs sexuelles, tout y passe dans ce petit microcosme, sorte de bouillon de culture de ce qu'il se fait de pire en terme de petits chefs carriéristes mais qui se fichent royalement que leur boite fabrique des micro-processeurs ou vendent des fruits. L'avantage d'avoir le Cosplay comme univers de jeu et de narration permet de décrire des comportements sociaux mais également les envies des personnages sans pour autant se plonger dans la tête de tel ou tel personnage. Ce sont leurs actions au sein du Cosplay qui servent à comprendre leurs motivations, leurs envies ou peurs. On y retrouve aussi comment une société tente de se structurer à partir du carnage.
Bien que certains personnages se révèlent plus ou moins conformes à ce qu'on peut attendre dès le départ, j'avais tout de même envie de savoir si j'avais vu juste. Pratiquement tous ont un caractère fort, voire caricatural par moment afin de grossir un peu le trait mais on peut s'identifier aux personnages qui évoluent dans cet univers.
Je pense que l'environnement, la Capitale, n'est pas obligatoire pour que le livre fonctionne, cette vision est une préfiguration ce que pourrait devenir notre société. Une guerre extra territoriale a eu lieu puis une insurrection civile (la Commune) ont changé le pays. Il y a à présent la Capitale, ville en pleine reconstruction mais minée par son oligarchie et cachée derrière son mur défensif, la Zone, bordure proche du Mur où les gens sont pauvres et marginalisés et l'extérieur qui est à peine effleuré. Le parallèle avec Paris, la banlieue et la province est tout trouvé. Mais les guerres et la Commune ont ici débouché sur un Etat totalitaire, représenté par le ministère des Libertés qui scrute tout ce qu'il se passe, qui peut écouter aux portes ou au téléphone, où Internet n'existe plus et où la diffusion de l'information est contrôlée. Si vous sentez un air de ressemblance ou d'anticipation avec une situation actuelle, c'est normal!